Fanny et Alexandre (1982) 8/10 Bergman

Non, Ingmar Bergman ne se résume pas à du cinéma sinistre pour intellos suicidaires. Ce n’est pas juste des dialogues tristes de personnes derrière une vitre sous la pluie, près de falaises suédoises froides et lugubres. Le tout dans un déprimant noir et blanc et le bruit glaçant du ressac.

Fanny et Alexandre, son dernier film, mais d’abord un roman qu’il a écrit, est un récit réjouissant et encourageant. Le texte est excellent. C’est une œuvre qui aime la vie, la famille, la licence, l’amour et toutes les bonnes choses.

Tout en montrant une belle rigueur et bien plus de solidité qu’un assemblage Ikea, il respecte le rêve, les saltimbanques, les fantômes, les illusions, le doute.

Nous sommes au début de vingtième siècle, lors d’un riche Noël dans une grande demeure de l’aristocratie artistique suédoise. C’est à la fois totalement conforme à ce qu’on attend de ces grandes cérémonies, mais aussi déjanté et loufoque, en raison des caractères originaux présents, qu’on nous expose patiemment. Il y a même quelques touches de pathétique en la personne d’un oncle en faillite. Un autre oncle offre un feu d’artifice aux enfants, sous la forme d’une grandiose série de pets. Dont le dernier éteindra même les bougies. De grandes figures comme la grand-mère tiennent la boutique. Il y a pas mal de tolérance sous ce toit, un personnage vit quasi officiellement avec deux femmes, la légitime et la bonne. De cette diversité sort un grand bouquet vivant.

Ces deux jeunes enfants observent, subissent et agissent dans ce monde d’avant.

Mais à la suite du décès du père de Fanny et Alexandre, les choses changent du tout au tout. Leur mère se remarie avec un évêque rigide et un brin sadique, mais qui se croit bon pasteur. Il veut imposer son ordre monacal. Et ce grand paranoïaque et va mener la vie dure aux enfants et à sa nouvelle épouse. La tension devient tellement forte qu’Alexandre finit par le détester au point de vouloir sa mort. Il pense que le prélat a enfermé son épouse précédente et leurs enfants. Et que ces derniers, qui tentaient de s’échapper, seraient morts dans la rivière en contrebas. Leur mère qui a tenté de les sauver aussi.

L’enfermement progressif autant symbolique que réel finit par se produire à nouveau. Mais Bergman n’enfonce pas complètement ce personnage menaçant et cruel. Il lui donne vers la fin un peu d’humanité, feinte ou non. Il affirmera qu’il y a plus de l’évêque que d’Alexandre en lui. D’ailleurs son père était un homme d’église.

Comme chez Fellini, les enjeux religieux ont de l’importance. L’un et l’autre luttent pour échapper à cette emprise, tout en s’y laissant glisser parfois avec délice. Et bizarrement entre le nordique et le latin, ce n’est pas le seul point commun.

S’en suit pas mal d’étranges péripéties. Il faut juste savoir qu’au final, ils échapperont de cet enfer et rejoindront le premier foyer si généreux et si intéressant, pour leur bonheur et le notre.

Il y a bien entendu une sorte de mélange d’ illusions et de réalité là dedans, à ne plus savoir vraiment ou est le vrai et ou est le faux, qui fait le bien et qui fait le mal (Strindberg) – Mais c’est très bien mené, et quel que soit le point de vue que l’on peut adopter, on ressort grandi de cette belle histoire. Et surtout on ne s’ennuie jamais tout au long de ces 3 heures.

Et bien entendu les artistes sont les grands gagnants. C’est sans doute un grand ultime salut que fait Bergman au monde qui lui a tant apporté.


Lesquels ont tenu à le remercier :

  • Oscar du meilleur film en langue étrangère.
  • Oscar de la meilleure photographie.
  • Oscar de la meilleure direction artistique.
  • Oscar de la meilleure création de costumes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fanny_et_Alexandre

Pernilla Allwin
Bertil Guve
Börje Ahlstedt
Lena Olin
Harriet Andersson
Anna Bergman
Erland Josephson
Mats Bergman

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