Fatima – Avis film. Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Fatima Elayoubi 7/10

Voilà un film puissant, bien fait et servi par des acteurs crédibles (2015)

Il s’en dégage une indéniable sincérité.

Et c’est bien pour cela que certains arguments « victimaires » sont à la limite de me déranger. S’ils sont avérés, ils sont susceptibles de témoigner d’un bien curieux état d’esprit.

C’est le récit du devenir de deux filles d’émigrés arabe, sans doute nées en France, et qui sont l’une et l’autre à une période critique de leur vie.

Kenza Noah Aïche incarne avec talent la plus jeune. C’est une effrontée de 15 ans qui sèche les cours de collège et qui répond vertement aux autorités. C’est une rebelle caractérisée. Elle reproche même à sa mère, qui s’échine comme technicienne de surface, d’avoir accepter ce qu’elle considère comme une position de soumission.

Pourtant cette maman, revendique le salut par le travail. Elle fait tout pour assurer l’avenir de ses enfants. Elle va même en perdre la santé. A noter qu’elle se débrouille difficilement dans ses démarches, parce qu’elle ne parle pas le français.

« Guerre civile idéologique » ? « Lutte des races après la lutte des classes » ? «  Ralliement au régime diversitaire » ?

On ne le dit pas ouvertement, mais on a là quelque chose qui dépasse la volonté de réhabilitation des damnés de la terre et la lutte sociale classique. Bien qu’au final on puisse voir ce récit comme un trajet possible vers l’intégration dans la dignité.

Mais il y a de la haine. Et cela peut aussi se comprendre sous la forme d’une récrimination à peine voilée contre les Français et leur système. Comme s’il y avait chez ce peuple qui a accueilli la première génération, quelque chose de vicié. Voire que cela soit une continuation d’un asservissement post colonial. Si c’est le cas, cet avatar du wokisme aurait tendance à me gonfler.

Bien sûr qu’il existe d’autres révoltes de ce genre qui sont juste des crises d’adolescence. Et de surcroit même la mère s’y met en critiquant notre système de santé.

Ici le mal semble profond et il pourrait y avoir une coloration de type revendication minoritaire. En tout cas cela y ressemble bougrement.

Pour faire le pendant, l’aînée, très bien jouée par Zita Hanrot, tente elle de difficiles études de médecine. Là encore les pressions sont considérables, mais elle n’est pas moins bien lotie que d’autres aspirants à ce noble métier.

On observera que la mère est voilée et qu’elle ne s’est pas donnée la peine d’apprendre le français jusque là. Compte tenu de l’âge de sa progéniture, on pourrait croire que cela témoigne d’une absence de volonté d’intégration. Mais le scénario élude le problème en la montrant comme une femme arrivée tardivement. C’est le mari présent en France qui se serait occupé des filles jusque là.

Cette maman c’est la fameuse Fatima (en tant qu’actrice et comme on le verra en tant qu’écrivaine). L’histoire se veut littéraire, dans la mesure où chemin faisant cette mère courage rédige ses pensées en arabe. Et c’est ce qui donne le film.

Philippe Faucon, cinéaste des minorités, n’est pas suspect.

Il faudrait pouvoir remonter aux sources pour mieux sentir l’intention.

Fatima Elayoubi a écrit Prière à la lune (2006) et Enfin, je peux marcher seule (2011). Le premier livre est clairement à l’origine du film. Elle connaît son affaire puisqu’elle a été femme de ménage à Paris et qu’elle a donné son prénom à l’héroïne. Il est question d’exil et de souffrance des travailleurs pauvres. Elle parle « d’injustice » et se plaint de l’incompréhension des médecins quant à ses besoins d’arrêts de travail ; comme dans le film. On peut dire qu’elle ne cache rien.

On peut comprendre les difficultés du déracinement. Mais pour être juste, il faudrait qu’on nous dise qu’elles sont les conditions réelles dans le pays d’origine, avec tant de chômage, si peu de protection sociale, d’infrastructure et j’en passe.

Selon la lecture que je fais du film, je suis partagé.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2006/08/23/fatima-elayoubi-heroine-du-menage_805627_3224.html

https://www.lemonde.fr/cinema/article/2015/10/05/rencontre-avec-philippe-faucon-cineaste-des-etres-en-marge_4782964_3476.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fatima_(film,_2015)

Soria Zeroual
Zita Hanrot
Kenza Noah Aïche

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