Festen (1998) 8.5/10 Thomas Vinterberg

De part son format de type « ancienne vidéo mal définie », et sa prise de vue  » amateur « , on est sur la réserve. Et du coup, on ne voit rien venir. Pourtant c’est du lourd, du très lourd.

Revu ici :

Mise en garde : la critique qui est faite ci-dessous dévoile l’intrigue et prive les primo-spectateurs du plaisir de la découverte. Elle s’adresse donc d’abord à des gens qui l’ont vu.

Les 60 ans du riche patriarche danois (Henning Moritzen) sont l’occasion de festivités (Festen) dans le manoir acquis quelques décennies plus tôt. Il y a les invités et il y a la famille. Cela se passe maintenant (fin des années 90).

D’un côté se sont de vieux parents paisibles et heureux avec une ribambelle de proches.


Et de l’autre, il y a deux fils adultes dysfonctionnels et une fille libertaire d’un âge approchant, la trentaine et demi.

– Michael est le premier qui entre en scène (Thomas Bo Larsen). Il se rend particulièrement antipathique en forçant sa femme à sortir de la voiture pour rentrer à pied avec ses jeunes enfants. C’est violent ! En fait il est alcoolique et caractériel. Il cherche des noises à tout le monde. Il va se montrer intolérant et bagarreur. Il n’a pas si bien réussi que cela dans la vie. Il ne s’est même pas rendu aux obsèques de sa sœur. Ce tyran domestique va continuer faire du foin pour de tout petits riens. C’est pitoyable.

Jadis cet égoïste a séduit une servante et l’a laissé seule avec sa grossesse. Elle est toujours là, mais elle a avorté. Elle le déteste elle aussi. Certes il n’était pas au courant.

Il n’est même pas invité car il a déjà causé des scandales et il est ingérable. Il parvient à s’incruster quand même. Il tente de se rapprocher de son père. Mais celui ci le méprise et garde ostensiblement ses distances. Il lui enjoint de bien se comporter cependant.

– Le second fils, Christian (Ulrich Thomsen), c’est a priori tout le contraire. Il est doux et souple. Il a réussi à l’international. Mais son sourire est forcé. Il n’est pas très heureux visiblement. En fait il cache un grand secret.

Ce beau célibataire est approché par une charmante ex, qui est servante dans ces lieux elle aussi. Ils s’aiment bien.

– La fille de la fratrie est un électron libre qui gère correctement sa vie (Paprika Steen). Elle a fait des études d’anthropologie. Son compagnon qui va les rejoindre plus tard, est noir.

Et le milieu dans lequel il déboule est assez raciste. Mais les parents jouent les personnes sans préjugés.

Elle est finaude et très attaché à Christian. Elle va finir par connaître son secret, grâce à un jeu de piste posthume qu’a laissé la sœur qui s’est suicidée.

– Linda, jumelle de Christian, s’est noyée volontairement dans une baignoire de la maison et cela ne fait pas si longtemps que cela.

La fête commence !

Le père propose discrètement à son fils Christian de postuler dans sa Loge. Il sera approché bientôt. Puis il lui demande de le rejoindre dans son bureau. Le fils est réticent. Pourquoi ?

Toute une équipe de cuisiniers est à demeure. On fait dans le somptueux. Leur chef semble avoir des arrières pensées lui aussi. Il est très proche de Christian.

Les plats s’enchaînent et les ennuis surviennent dès les premiers toasts. Christian se lève pour lire un mot en direction de son père. On s’attend aux éloges classiques, mais badaboum, le fils raconte que son père les a violé lui et sa défunte sœur, quand ils étaient enfants.

On croit à une mauvaise blague mais le fils est sérieux. Les convives passent outre et font comme s’ils n’avaient pas entendu.

Une deuxième tirade du même, plus tard dans les agapes, va continuer dans ce sens. Là le malaise est grand. Les invités font semblant de ne pas comprendre. Le père va accuser le coup à nouveau. Victime ? Bourreau ?

Cela reste assez ambigu car le ton de l’accusateur est monotone et sans haine apparente. De plus on apprend que Christian a été interné jadis en psychiatrie. Et le père n’a vraiment pas l’air d’un mauvais homme. Du coup la balle est au centre. Qui croire ?

La mère (Birthe Neumann), à l’occasion d’un discours, rappellera que gamin, ce garçon là vivait dans ses rêves et s’était créé un curieux personnage de fiction, qu’il pensait être bien présent. Ainsi elle n’hésite pas à l’enfoncer pour tenter de sauver la situation (raison d’état familiale). Affreuse conspiration du mensonge ?

On pourrait penser le problème réglé mais le fils contre-attaque. La mère aurait vu accidentellement une de ces scènes pédophiles et incestueuses mais n’aurait rien dit. Et son père aurait en quelque sorte « assassiné » sa sœur. Le malaise général va grandissant.

Estocade finale, la fille survivante montre le papier-testament écrit par Linda. Lequel laisse peu de doute sur ce papa qui la violait : «  Mon père me prend, en tout cas déjà dans mes rêves…. » . Chacun va dans son coin. Tout le monde boit beaucoup. Michael est bourré comme jamais mais il n’en a pas tous les symptômes vu son haut degré d’alcoolisme. Il va chercher le père dans l’annexe et le force à se mettre couché dehors devant lui et lui assène force baffes. Jamais plus il ne pourra voir ses petits enfants.

Christian semble lui libéré : « Pourquoi as-tu fait cela ? » – Réponse cinglante du père « C’est parce que vous n’aviez aucun talent, vous méritiez juste que je vous traite comme cela »

La dernière scène est le petit déjeuner collectif après cette folle nuit. Les parents osent venir. Le père lucide déclare qu’il comprend que c’est la dernière fois qu’ils se verront et que désormais ces enfants et ses proches vont le haïr.

Michael va lui demander discrètement de partir. La collation se poursuit sans cette ombre.

La pédophilie et l’alcoolisme sont des sujets qui tenaillent notre réalisateur Thomas Vinterberg (La Chasse, Drunk…)

Il traite ces sujets avec une profondeur très inhabituelle. Et le récit est intelligent avec un puzzle qui se construit très progressivement et naturellement. Pourtant les auteurs ne jouent pas avec nous. Ils ne nous font pas le coup du suspense organisé. Et il n’y a pas de remplissage inutile.

Il ne faut pas voir cela comme un film à thème. Ce sont autant de tranches de vie qu’il n’y a de personnages et l’inceste n’est qu’une composante de tout cela. On est bien au-delà du factuel, même si bien sûr cette question est essentielle. Il y a aussi les mensonges des familles avec leurs complicités, ce qui est une question plus générale. On peut y voir l’inhibition sociale avec les dépendances hiérarchiques et bien d’autres sujets transversaux.

Les acteurs sont tous très bons et font parfaitement passer le message.

Le côté super 8 est bien plus savant qu’il n’a l’air à première vue. C’est ici un langage. Paradoxalement ce qui pourrait passer pour une technique datée, contribue à rendre intemporel ce film remarquable. On est légitime à parler de chef d’œuvre.

Décidément il y a quelque chose de pas pourri dans ce royaume du Danemark. On sent même un tas de bonnes choses qui mijotent dans le chaudron du cinéma nordico-viking, en général (je pense aussi au Suédois Östlund et à quelques autres)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Festen

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