Flic ou voyou (1979) 7/10 Belmondo + Audiard + Lautner

Tout est dans le titre ! A quoi bon révéler plus avant le scénario ?

Je ne me souvenais pas que c’était une œuvre si sympathique. Faut dire que le titre me faisait penser à un de ces films policiers « sérieux » de Belmondo. Lesquels ne sont pas trop ma tasse de thé.

  • Belmondo + Audiard + Lautner : je suis rassuré.

On a coutume de dire : ah bien, il y a Belmondo ! Ah oui, c’est du Audiard ! Ah d’accord, c’est réalisé par Lautner ! Comme si c’étaient de plaisants parents de province, qu’on aimait à retrouver inchangés, à chaque fête de famille.

Or, il n’y a rien de statique et routinier chez ces saltimbanques. A chaque retrouvaille, ils essayent de se réinventer. Ce ne sont pas des redites, mais un déploiement d’inventivité.

Bien sûr vu de loin, Bébel fait du bébel. Ce bonhomme, sur lequel peu auraient misé au départ, a engrangé un incroyable capital de sympathie. Il est sain, franc, direct, agile, sportif, indiscipliné et malin. Une présence incroyable. Un jeu fluide et d’une apparente facilité. Il n’y en a pas deux comme lui.

Et comme toujours, il est bien inspiré dans ses feintes affectations et ses grandiloquences. Mais ce n’est pas de la frime. C’est plus profond.

Ce qui nous parle, c’est qu’il y a là derrière, le panache de Rostand qui parle tant aux Français, et les amples attitudes des grands comédiens de jadis. Ces pylônes qui sont indestructibles, même dans les extrêmes tempêtes : Michel Simon, Jules Berry… un peu de De Funès aussi, mais lui c’est plutôt un roseau.

Ce surdoué que l’on n’attendait pas, est doté d’une double éducation. Neuilly, un père sculpteur de renom, avec à la clef de grandes écoles bourgeoises de Paris – dont il sera régulièrement renvoyé – et d’autre part la délivrance de la rue, à laquelle il aspire (*). Ce double patronage fera de lui un être bien plus complexe qu’on le croit. A chacune de ses répliques et de ses attitudes, on retrouvera cette belle ambivalence.

A la fois policé et voyou.

Ce style s’accorde très bien avec les inventions d’Audiard. Lequel commet des dialogues chatoyants mais très civils, volontairement en porte à faux risqués sur les situations. Ces authentiques créations sont éminemment littéraires, voire même poétiques. De véritables haïkus, en encore plus concis et stylisés ! En fait, il faut plutôt voir du côté de la sagesse chinoise. Audiard, c’est notre Lao-Tseu français (**)

Et surtout, ce n’est jamais de l’argot, contrairement à ce que pensent à tort les béotiens.


De nombreuses répliques sont passées dans le domaine publique. Peu d’écrivains peuvent se vanter d’une telle notoriété.

Et pourtant, dans ce film, il y a peu de répliques cultes. Ce sont les situations le plus souvent qui sont audiardesques.

Lautner marie avec succès pas mal de contraires : l’innocence et le franchise de l’adolescente (Julie Jézéquel, 14 ans en vrai) avec le blindage insolite de ce père, présent en pointillé (Belmondo). Le « métier » des truands et semi-truands (Georges Géret – Balmer – Claude Brosset), en parallèle avec celui des policiers intègres (Galabru). La belle bourgeoisie pas si ridicule que cela (Marie Laforêt), malgré sa Rolls dorée, et qui se permet de jolis pas de côté, avec l’insoumis.

Ce n’est sans doute pas la meilleure comédie qui soit. Mais on passe un bon moment. Ce fut un immense succès en salle.

Il faut parler ici du scénariste qui est sans doute une raison des réserves exprimées – voir cet autre film qui a le même problème : Le Guignolo (1980) 7/10 Belmondo, Audiard, Lautner… mais Jean Herman

(*) Delon fera le chemin inverse, de la rue vers la quête de respectabilité. Avec aussi un résultat troublant.

(**) notre Lao-Tseu français :

On en est plutôt à se demander, qu’est-ce qu’ils vont bien faire pour nous étonner. D’ailleurs, ils n’y parviennent pas toujours.

  • Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent.
  • Quand les gros sont maigres, il y a longtemps que les maigres sont morts (***)
  • Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute.
  • Savoir se contenter de ce que l’on a, c’est être riche (***)
  • La justice, c’est comme la Sainte Vierge, si on la voit pas de temps en temps, le doute s’installe.
  • Un amant exceptionnel ne peut faire qu’un mauvais mari.
  • La délicatesse est une façon de parler et l’amour une façon de faire.
  • Il faut user un grand nombre de femmes bêtes pour oublier une femme intelligente !
  • Un gentleman, c’est celui qui est capable de décrire Sophia Loren sans faire de geste.
  • Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.
  • Il est plus intelligent d’allumer une toute petite lampe que de se plaindre de l’obscurité (***)

(***) = ce bon Lao, pas Audiard

https://fr.wikipedia.org/wiki/Flic_ou_Voyou

Jean-Paul Belmondo
Marie Laforêt
Michel Galabru
Georges Géret
Jean-François Balmer

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