Galilée et la naissance de la physique moderne (2021) 7/10

Ces récits sur la vie de grands hommes (*) sont édifiants. Et dans notre jeunesse, nos maîtres ne craignaient pas de nous enseigner cela. L’éducation par l’exemple.

Galileo Galilei incarne dans nos esprits le combat passionné de la raison contre les verrouillages obscurantistes des croyances. La « réaction » ecclésiastique sera une sérieuse épine dans le pied des catholiques, qui n’a pu être enlevée qu’en 1992, par une « opération » de Jean-Paul II !

  • Pour le créationnisme il a fallu attendre 1996 et à nouveau l’intervention de Jean-Paul II. Et ici ou là, la polémique n’est pas encore enterrée.

Ce combat d’un homme seul est édifiant bien entendu, avec un story telling passionnant. Mais il ne résume pas l’histoire. Il ne faut pas oublier la problématique fondamentalement politique qui est sous-jacente. C’est développé ici.

J’ose émettre l’hypothèse qu’il y a de l’affaire Dreyfus dans son cas et l’injustice criante qui va avec. Il suffit de substituer la raison religieuse à la raison d’état. Même si des grands de la curie, dont principalement le cardinal Barberini (futur Pape Urbain VIII) étaient conscients de l’importance des percées conceptuelles de Galilée, ils se devaient de protéger le système. Les menaces étaient nombreuses.

A cette époque la révolution héliocentrique était trop considérable pour pouvoir être acceptée. Pourtant elle a été conçue 70 ans avant par Copernic. C’était un déverrouillage encore à entreprendre mais qui était susceptible de libérer la boite de Pandore.

La religion n’était pas encore prête pour se débarrasser de tout ce fatras mythologique, qu’elle encourageait encore à prendre pour argent comptant. La transformation symbolique était encore au berceau. La méthode scientifique était balbutiante et ne préoccupait pas trop le vulgum pecus (la multitude ignorante, le commun des mortels. Larousse)

Et puis, si l’on croit le documentaire, il y avait aussi de la politique politicienne là derrière. En raison d’alliances internationales discutables, le Pape se devait de lâcher du leste à la pensée dogmatique dominante. C’est la thèse du film. En ne défendant plus son ami Galileo, il pouvait se montrer capable de fermeté et d’esprit de corps. Un compromis assez terrible pour la science mais qui a peut être eu des mérites dans la stratégie globale de maintient de l’institution.

Bien entendu avec une lecture anachronique, on se doit de critiquer ce choix. Qui ne serait pas révolté qu’on sacrifie la science au vieilles légendes. Mais que savons nous des grands équilibres de l’époque dont l’importance sociétale de la religion ?

Le conviction religieuse comme certaines formes de conviction scientifique sont aussi des questions préoccupantes de la psychologie. Surtout qu’il existe aussi un pseudo-rationalisme fou, qui ne doute de rien et qui échappe donc à tout scepticisme raisonnable.

Cela dit, les approches de Galilée étaient également souvent fondées sur son intuition. Et pour tout dire, c’était conviction de l’un contre les convictions des autres. Balle au centre. Il avait certes souvent raison mais il n’était pas toujours capable de le prouver scientifiquement.

  • Contrairement à ce que croient certains, il n’y a qu’une logique opérationnelle, même si elle peut emprunter plusieurs chemins. Cela a peu à voir avec le bon sens et à l’intuition. Mais tout cela est un autre débat.

Ce que Galilée a vu, il l’a bien vu. Les planètes, les satellites, le cheminement du pendule, la chute des corps, les lois du mouvement… On n’échappe pas à cela.

Les interprétations de ces faits sont elles conjoncturelles et il est parfois allé trop vite. Il s’est planté pour l’explication des marées, ne comprenant pas le rôle gravitationnel de la lune.

La relativité a bien montré les limites de l’observation pour les grandes distances. L’échelle atomique possède également des règles qui lui sont propres. Les avancées scientifiques successives ne sont pas des remises en cause, mais des englobements gigognes de plus en plus complexes.

Mais surtout Galilée n’a pas compris les forces qui régissaient la société alors. Il a sans doute manqué de cette intelligence sociale qui aurait pu lui permettre de trouver de meilleurs compromis. Il aurait suffit d’accepter de présenter ces théories comme des hypothèses juste un peu moins loties que les dogmes de l’époque. Les penseurs de l’époque auraient deviné.

Quand il s’est lancé dans ce nécessaire travestissement, il était déjà trop tard. Et on voyait clairement son camp avec ses gros sabots, comme pour son personnage de «Simplicio» défendant la pensée archaïque dans le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (géocentrisme et héliocentrisme / Ptolémée et Copernic).

Même s’il l’a pensé fortement, notre grand personnage n’aurait pas dit « E pur si muove! » – « Et pourtant elle tourne ». Et pourtant c’est bien de mouvement dont il s’agit dans son œuvre. Dont ce mouvement émancipateur pour échapper à la pesanteur des anciens (Principalement Aristote). Une grande force contre l’inertie qui a fini par ébranler toute une civilisation. Il suffisait d’un levier assez grand, même pour un tout petit bonhomme, pour enfin soulever le monde aux dessus des ténèbres de la raison.

Il a eu l’audace d’écrire à son ami mathématicien Benedetto Castelli, en première intention, que la Bible est un «faux si on s’en remet au sens littéral des mots».

Et donc ce levier, il se l’est pris sur la figure. Il a été grisé par ce pouvoir immense, dont il avait conscience qu’il pouvait bousculer tout l’édifice. A trop vouloir faire l’ange, soit on se brûle les ailes, soit on fait la bête. Il ne s’en est pas si mal sorti. Il y a fort à parier qu’il était content de lui au final.

«il ne peut y avoir de haine plus farouche que celle des ignorants envers ceux qui savent » – Cette phrase prêtée à Galilée est encore bien d’actualité, surtout le week-end.

(*) … et qui dans l’histoire ancienne concerne beaucoup moins de grandes femmes. Il faut le dire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Galil%C3%A9e_(savant)

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