Get on Up, James Brown : Une épopée américaine (2014) 5.5/10

Un biopic assez classique. On y retrouve certains travers bien connus du genre.

L’acteur qui incarne l’artiste est davantage grimé, pour atteindre la ressemblance physique, qu’inspiré, pour rendre compte de l’esprit de l’idole. La voix française sonne faux.

Il n’en demeure pas moins vrai que Chadwick Boseman se donne à fond, y compris dans les chorégraphies, dont les célèbres grands écarts.

De toute façon le fantasque James Brown reste insaisissable. Et c’est bien entendu l’œuvre qui prime.

Mais l’histoire tend quand même à être très démonstrative. Bien qu’elle soit découpée en mille morceaux, elle se reconstitue facilement, de manière linéaire, de l’enfance malheureuse au succès. Cet élan serait grandement soutenu par une volonté de revanche.

On n’échappe donc pas au « you can make it », cette sorte de ritournelle du « triomphe de la volonté », qui pollue 95 % des films américains.

Le scénario s’appesantit sur le côté managérial de l’artiste. Lequel s’est rapidement affranchi de coûteux business-men et d’intermédiaires. Quasi une première pour l’époque. Il a cherché à avoir tous les rênes en mains.

Il faut sans doute y voir la patte de Mick Jagger, qui a produit le film. C’est un grand « commercial » lui aussi, et il s’identifie pas mal au chanteur. Au point de déclarer que «James Brown est le plus grand performeur de tous les temps». Il ne manque pas d’ailleurs de révéler un épisode où les Rolling Stones ont croisé James Brown. Ce dernier était en première partie d’un concert des Anglais. Net indice indiquant que Mick est intervenu dans le scénario.

Le film montre aussi Little Richard dont on sait l’influence importante qu’il a eu sur le groupe britannique.

Les échanges brutaux de James avec son groupe peuvent laisser mal à l’aise.

Il était intransigeant, et demandait plus que le maximum. Il enfreignait la plupart des règles sociales. Il les traitait de haut, ne respectait pas les repos nécessaires. Il les payait mal et les mettait régulièrement à l’amende. Un vrai tyran.

Il leur montrait bien, que sans lui ils n’étaient rien. Et il cherchait par tous les moyens à les maintenir dans cette dépendance.

Mick Jagger n’en fait bien entendu pas autant avec les membres imminents de son groupe, mais qu’en est-il avec les petits, les obscurs ?

Le fait que James Brown n’en faisait qu’à sa tête avait sans doute autant de bons que de mauvais côtés. Mais l’essentiel, surtout selon le « discours » du film, c’est que cela lui a permis de parfaire son style inimitable et ces coups de génie artistiques. L’idée étant que l’Art ne s’accommode pas des petites règles et des routines. L’Artiste avec un grand A, ne doit pas s’embarrasser des contingences, il doit tout brûler pour attendre la perfection (le mythe Bernard Palissy)

Le film reste manifestement un éloge prononcé de l’artiste noir américain.

Les sérieux problèmes de drogue ne sont montrés directement qu’une fois et très discrètement. Juste une curieuse cigarette dans laquelle il met une poudre blanche. Mais le film décrit en long et en large cette poursuite délirante entre les policiers et l’artiste en fuite. Une poursuite c’est toujours bon à prendre dans un film. Facilité !
Les engagement politiques complexes et paradoxaux ne sont qu’effleurés.

Un biopic sur un musicien, doit toujours avoir pour lui, de nous donner en spectacle ses grandes créations. Et donc là, bien qu’il faille attendre, on est bien servi. On est venu pour cela, le reste n’a pas tant d’importance.

La prise de vue n’est pas mauvaise, mais le montage me semble confus. L’histoire respire mal. On a voulu trop mettre de plans en un seul film. Pourtant il dure déjà 2h20 !

J’ai préféré ces autres biopics : «Ray» ou «Walk the Line».

Il aurait fallu sans doute aussi un autre réalisateur, plus intransigeant, moins racoleur. Spike Lee, pressenti un moment, n’a pas été choisi, c’est bien dommage.

Le film a été un échec commercial, malgré la retape appuyée de Jagger. A ne conseiller qu’à ceux qui sont addicts à Sex Machine.

  • Anecdote.
  • James Brown, s’est produit dans l’amphithéâtre de Colmar, le 14 août 2001. Ayant conscience qu’il s’agissait d’un moment historique, juste à notre porte, je n’ai pas résisté une seconde à y aller avec mes fils. Du haut de leur 9 et 10 ans, ils en ont gardé un très bon souvenir. Chance inespérée de les confronter à un des grands mythes artistiques de mon époque. C’était deux ans avant sa mort.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Get_on_Up

Chadwick Boseman
Nelsan Ellis
Jill Scott
Tika Sumpter
Viola Davis

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