Goodbye Columbus (1969) 6.5/10

Le coming of age US, ou arrivée à l’âge adulte est une préoccupation centrale de ces années, autour de 68. On sent bien qu’il se passe quelque chose de nouveau.

Cette affaire est plus profonde qu’il n’y paraît.

Les parents sont sortis des difficultés de la guerre. Ils ont adhéré pour la plupart aux règles de l’american way of life. Et ils ont le sentiment que cet optimisme conquérant a payé. Ils sont prospères, ils ont le confort et ils ont fait de nombreux bébés, les baby-boomers.

Voilà que la nouvelle génération sort maintenant de l’adolescence. Ce sont encore des enfants-roi. Eux n’ont pas eu trop de problème. Dans le cas qui nous intéresse, ils sont destinés à l’université, puis à une brillante carrière. Pour les parents, c’est réglé comme du papier à musique. S’il n’y a pas de faux pas, c’est plié. La continuité dans le bonheur matériel est assurée.

Cependant il y a un mais. Le modèle bourgeois, traditionaliste, besogneux et souvent peu cultivé des parents, ne fait pas trop recette auprès des jeunes. Lesquels pensent pouvoir concilier à la fois une vie facile avec plus de liberté, plus de fantaisie, plus d’horizon et moins de barrières.

Déjà la pilule a fait exploser la digue de la sexualité. Ce n’est pas rien. L’éclatement du mariage n’est pas loin.

Les bases anciennes faites de solidarité indéfectible du couple et de prolongement de soi dans la procréation, ne sont pas si captivantes que cela pour nos petits oiseaux. Ils ne demandent pour l’instant qu’à voler de leur propres ailes et à retarder l’instant fatal où les passions se transforment en train-train raisonnable.

Les parents sont ce qu’ils sont, ce qui signifie du point de vue des jeunes, une catégorie à part, une autre espèce qui n’a rien à voir avec eux. Dans le temps les enfants voulaient avoir l’air de grands. Maintenant ils cherchent à tout prix à s’en distinguer.

Les futurs adultes, qui n’ont pas trop de soucis à se faire, sont dans une bulle Bobo-like. Ici la fille de famille est plus bourgeoise que bohème et l’amoureux plus bohème que bourgeois.

Le jeune homme prétend ne pas vouloir être enfermé dans le cercle vicieux consistant à vouloir juste gagner le plus possible d’argent. Une sorte de but malfaisant en soi.

Concrètement notre « héros » travaille juste comme subalterne dans une bibliothèque. Il aime les livres et il en parle sans doute bien, mais c’est au mieux une sombre voie de garage avec des collègues tristes à mourir. Seul un petit lecteur noir qui rêve de Tahiti vu par Gauguin semble devoir être sauvé.

Il paraît plus intellectuel que les autres personnages de la belle famille, mais il n’a pas trop l’occasion de faire ses gammes, dans ce milieu borné qu’il commence à fréquenter.

Les parents de la belle, qui vivent dans une maison grande et cossue, sont perplexes. Ils voient dans ce rapprochement, une passade. Ils ne croient pas du tout au désintéressement du candidat. Et puis si vraiment ils ne peuvent empêcher cela, il y a toujours la possibilité de l’intégrer à l’entreprise, pour qu’il ait « un vrai métier ».

Le père est persuadé que ce type est un schmock, ce qui signifie grosso modo un con malfaisant et sans ambition, à l’opposé du mensch, le type bien. La mère est inquiète. Elle redoute que le gars mette le grappin sur sa fille. Cela en serait fini des espérances d’un grand mariage qui bétonnerait encore plus leur place sociale.

  • Le film est profondément juif et américain. Déjà parce qu’il est issu d’un recueil de six nouvelles, volontairement orientées en ce sens, et que l’on doit à Philip Roth (1959). Un livre qui tend à montrer les nouveaux rapports entre ces deux mondes. Ce fut son premier et on ne peut pas dire qu’il ait été bien accueilli par les instances juives.
  • Ce ne sont pas des juifs très pratiquants, mais plutôt des individus sécularisés et intégrés qui conservent quelques grandes traditions. La scène du mariage du frère est très longue et montre bien cette nouvelle déclinaison du particularisme. Et là la musique « ethnique » est entraînante, contrairement à la piteuse bande son.

Nos tourtereaux vont se rapprocher et vont finir par s’aimer. Très concrètement d’ailleurs, avec des relations sexuelles en cachette.

Cela semble bizarre maintenant, mais les relations prénuptiales semblaient interdites à l’époque dans ce milieu.

  • J’ai eu l’occasion de constater cela dans le sud des USA en 1969, l’année même du film. Les étudiants que nous avions rencontré étaient vraiment intrigués par ce tout jeune mineur français qui fréquentait ouvertement et bibliquement une jeune femme majeure.

Les parents vont découvrir des indices indiscutables de copulation et ils en seront très fâchés. Ils vont faire pression sur la petite pour qu’elle abandonne son amant. Elle n’a guère le choix : ce sont eux avec tout ce que cela implique de protection ou lui avec sa précarité.

Elle manque de courage et se résigne à terminer cette idylle.

Avec ce conflit de générations, il y a des thèmes voisins de ceux du Lauréat de 1967, deux ans plus tôt. Mais on ne peut pas dire que les créateurs s’en soient vraiment inspirés, hors la forme.

Il reste néanmoins un parti pris favorable à la vague montante, d’un côté comme de l’autre.

Le Lauréat a eu plus de chance, quant à ses acteurs (Dustin Hoffman, Katharine Ross, Anne Bancroft), quant à sa conception et surtout quant à sa musique (Simon et Garfunkel).

Il manque ici ce souffle novateur. Mais on peut lui reprocher aussi cette incapacité à mettre plus profondément en évidence le décalage générationnel et le sentiment d’étrangeté qu’il suscite.

Je ne suis pas sûr que la très classique critique de l’establishment soit si importante que cela. Bien entendu il y a des remises en cause, mais pas pour renverser la table et repartir de zéro. Il s’agit plutôt de trouver un nouveau contrat social mariant la performance du monde ancien et l’évolution des mœurs. Ils ne sont pas de révolutionnaires, qu’on se le dise.

Le Lauréat a envoyé aux oubliettes tout un cinéma, une véritable nouvelle vague. Dommage que deux ans après on n’ait pas su profiter de ce nouvel éclairage et qu’on ne fasse que des vaguelettes.

  • Richard Benjamin n’est pas Dustin Hoffman. Il a même un curieux côté Mister Bean. Mais bon, il n’est pas déméritant.
  • Ali MacGraw, paraît bien maigrasse selon les critères de maintenant. Mais on ne peut pas lui nier un sérieux talent d’actrice. On croit à son personnage de « princesse »  surprotégée et qui hésite à basculer dans l’aventure de la dissidence. Personnellement je trouve Katharine Ross plus sympathique et pour tout dire plus « saine ». La suite l’a prouvé.
  • Jack Klugman est un vieux routard. Il campe bien le business-man débordé, qui bataille à la fois sur le front professionnel et sur le front familial.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Goodbye_Columbus

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