Hercule et la Reine de Lydie (1959) 5/10

Ce vieux péplum n’est pas terrible. Il n’est même pas restauré.

Drôle d’idée de disserter sur cette ruine cinématographique, en« dyaliscope », aux couleurs à la fois criardes et délavées, au son mono incertain.

Et pourtant ! Aujourd’hui comme hier, j’ai l’impression qu’on a besoin d’un Hercule de cinéma, aussi caricatural qu’il soit, déjà pour sauver le monde. Et comme il est quasi immortel, on peut être sûr qu’il sera toujours là pour nous défendre. (* = développement politique en annexe).


Et il faut dire que le photogénique monde antique des péplums est séduisant. Jamais à court d’idées, il privilégie les solutions simples et efficaces.

Si tu n’es pas content, tu frappes.

Et plutôt que de se lancer dans des guerres coûteuses en hommes, tu envoies combattre un héro, un seul.

C’est un monde un tantinet manichéen, je le concède, mais où tout est bien à sa place.

– Les femmes sont des femmes, voire des hyper-femmes. Les bombasses occupent le sommet de la pyramide. En général sur des pétales de rose ou dans un bain de lait d’ânesse.

La super-brune sera la méchante reine, la super-blonde la gentille épouse. Et le monde sera bon. Amen.

Le deuxième choix fera le groupe des danseuses. Comme elles font parties d’un monde ancien et sauvage, elles auront le droit d’être bien plus dévêtues et aguicheuses que la censure le permet. Pas touche à la mythologie ! On ne rhabille pas Aphrodite.

Toutes ces jolies poupées, ne sont pas pour rien dans l’emballement viril.

– Les hommes sont des hommes, des « vrais » au sens corones/hormonal du terme. Au sommet du genre, on aura les demi-dieux et apparentés. Les Hercule, Maciste (**) et compagnie.

On peut y classer, à l’heure actuelle, les Superman, Spiderman, Batman… On peut rajouter à la rigueur, l’inoxydable Jackie Chan.

Toute la catégorie des invincibles James Bond et consorts, fait indiscutablement partie de la famille.

Pour montrer leurs muscles, ces grosses pointures masculines de jadis, peuvent miser sur de mignons déshabillés antiques et les petites jupettes. (***)

– Nos super-héros, après quelques sommations d’usage, font la castagne. Surtout si, comme ici, un géant veut leur prendre leur minette.

Pas de chichis : « Ici, si tu cognes, tu gagnes ».

Un peu facile de gagner, juste quand on a Mr Muscle dans sa poche. Pour corser cela, on fait intervenir des dieux. Leur intervention divine permet de contrarier un scénario trop linéaire, de mettre un relatif suspense.

Mais bon, au diable les théories, il faut se mettre dans la peau d’un gamin spectateur de l’époque. Imaginez comme cela peut l’aider, d’avoir dans son imaginaire un Hercule, à amener dans la cour de récré. Une aide précieuse pour le chétif, qui a son « cartable bourré de coups de poing ».

Et Hercule est supposé défendre les petits, au propre et au figuré. D’ailleurs dans les batailles mimées par les enfants et qui leur servent de piste d’essai, ils se battront si nécessaire pour être cet Hercule.

Bon, tout cela c’est du cinéma !

La maturité aidant, on n’est plus si bon public. Ce type de film n’a plus ces vertus de renforcement psychologique, qu’on espérait dans son enfance.

C’est pourquoi on leur préfère sans doute maintenant les films parodiques, comme les Mel Brooks (La Folle Histoire du monde) ou les OSS 117 avec Dujardin. Peut-être aussi Coluche dans « 2 Heures Moins le Quart Avant Jesus Christ »

On rit un peu de ce à quoi on a cru, et donc de nous-mêmes.

– Un petit mot pour l’attrait exercé par ces édifices cyclopéens en carton pâte. Et ces colonnes en plastique qui rebondissent sur le sol, une fois que Hercule les a si facilement déplacées.

Dans la même veine, il y a les immenses statues de dieux improbables, avec toujours le feu sacré devant.

– Un personnage récurrent, c’est le vieux sage à la barbe blanche, au sommet de la colline ou dans une grotte-cathédrale. Les cheveux long au vent, dans une impressionnante contre-plongée et bien sûr des éclairs. Son savoir est méprisé par les méchants, mais il donnera des avis sibyllins et autorisés aux gentils.

Ça a quand même plus de gueule que les remontrances sur sa coupe de cheveux de hippie, par son grand-père, lors d’une équipée dans sa 2 chevaux.

Bon, il se fait tard. Je vous épargne le couplet sur « Les Romains au cinéma » de Barthes. On passe les digressions sur les permanentes, dont la frange de la romanité. On laissera aussi de côté, le problème métaphysique de l’incroyable volume de sueur dans les péplums.

Alors pourquoi tant d’intérêt cinéphilique pour ces réalisations archétypales mineures ?


D’abord ce sont les premiers films, que nombre d’entre nous ont vu au cinéma.

Si je peux me permettre une anecdote perso, j’ai commencé par « le derniers jours de Pompéi » dans un micro-cinéma permanent. En me contorsionnant pour voir en oblique la lave couler, depuis le premier rang sur le dernier siège de côté. Ça laisse des traces.

Et dans ces films, tout était limpide. Le caractère de chacun se lisait clairement sur le visage. Et si cela ne suffisait pas, la musique soulignait le trait. Une bonne entrée en matière pour acquérir les rudiments du langage du cinéma.

– Le « side effect » voudrait que l’on ait tendance, en raison de cette première sensibilisation, à rechercher ces modèles princeps, tout au long de sa vie.

Mais de fait, fils de vieille barbe, petit-fils de vieille barbe et vieille barbe rasée moi-même, il y a longtemps que je ne crois plus au savoir des poils gris. En matière de connaissances, Wikipédia a pas mal d’avance maintenant.

Et je ne crois plus au tout blond (vertueuse) ou tout brun (vicieuse) des femmes.

La beauté peut résider dans de complexes imperfections, au dehors comme au dedans. Pas trop d’imperfections quand même !

La force physique est bien peu de chose contre une phrase habile et cinglante. On apprend à manier ces armes avec l’âge.

Enfin, la vie est bien plus intéressante, quand on se passe d’interventions divines. Surtout si l’on prend soi-même le gouvernail, et que l’on est aidé par ses propres argonautes.

Et puis, j’éprouve un manque.

Il manque quelque chose à notre dernière grosse bagnole. Du coup, c’est la fuite en avant, on veut toujours changer. Les Dinky Toys avaient je ne sais quoi de satisfaisant en plus.

De la même manière, je n’aime pas trop les péplums modernes, avec l’overdose d’effets spéciaux, la froideur numérique, la violence exagérée, l’hyper-casting d’acteurs célèbres, le manque d’idées et de substance.

Belle Reine de Lydie (Sylvia Lopez ), j’ai besoin de réconfort. Je sais que cela terminera mal. Mais s’il te plaît prends moi dans tes bras…

(*) Péril en la demeure.

(**) Maciste a été inventé de toutes pièces par Gabriele d’Annunzio et Giovanni Pastrone dans le film mythique Cabiria de 1913. Un opus considéré par Brasilach et Bardèche comme une œuvre majeure, qui a ouvert les portes du grand spectacle. Il a eu un succès considérable et a influencé le cinéma mondial.

(***) jupettes, combinaisons moulantes et tutti quanti.

Pour les héros d’aujourd’hui, c’est plus compliqué. Il faut soit inventer la tenue moulante, soit leur faire déchirer les vêtements pendant les bagarres. Soit totalement occulter les biscotos et en rire, comme dans Iron Man.

Les héros de Pacific Rim, sont démultipliés dans les robots géants qu’ils habitent. Ils en sont le centre de commandement. C’est l’hyperbole opposée, qui consacre le héro du futur. Le corps humain n’est plus grand-chose. Place à l’hyper-corps qui sauve le monde.

  • Petite parenthèse dans la parenthèse, en ce qui concerne Wonderwoman. Désolé de le dire mais la dernière du genre est une grosse supercherie. On la doit sans doute au féminisme militant.
  • Cette héroïne créée par le savant William Moulton Marston, était à l’origine une adepte du bondage et du sado-masochisme. C’est pour cela que les hommes s’arrachaient les BD. Pas pour une femme-testostérone aux super pouvoirs !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hercule_et_la_Reine_de_Lydie

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