Hier, aujourd’hui, demain – De Sica – Avis. Sophia Loren, Mastroianni – Résumé. (1963) 7,5/10

Au delà de ce mauvais titre (*), il y a une comédie italienne qui voyage et qui est pleine de bonnes surprises.

Ce sont trois sketches plutôt grivois, très différents les uns des autres, et qui reposent sur le jeu divin d’une Sophia Loren souveraine et d’un Mastroianni docile.

– Le premier sujet est une bouffonnerie, mais ce serait inspiré d’une vraie histoire napolitaine.

Un couple qui tire le diable par la queue, passe son temps à faire des enfants, afin que la femme échappe à la prison.

Sophia (29 ans) est sous le coup d’une amende impayée pour commerce illicite de cigarettes. Les recours sont épuisés. Mais on n’incarcère pas une femme enceinte.

Et Marcello (39 ans) est au chômage. A partir du septième enfant, il est sur les rotules. Il n’y arrive plus. La belle ira en prison mais bénéficiera d’une grâce in extremis.

La marmaille fait trop de bruit.

C’est gentil sans plus.

– La deuxième histoire tient du comique social. Sophia est une grande bourgeoise milanaise cette fois. Elle est débordée par ses obligations d’épouse d’un magnat de l’immobilier. Coiffeur, charité et tutti quanti.

Elle a jeté son dévolu sur le beau roturier Marcello. Au point de rendez-vous, il sort de sa Fiat 600 pour la rejoindre dans sa Rolls. Il s’étonne quand même que cette femme somptueuse et richissime, très au dessus de sa condition, veuille de lui. Il n’arrête pas de lui dire. Mais à ce moment, elle le désire plus que tout. Elle veut satisfaire son caprice. Ça presse !

Au milieu de leur escapade, elle lui demande de conduire. Chemin faisant, en voulant éviter un gamin, il fait un accident avec le beau carrosse.

La belle change alors brutalement d’attitude et le traite comme un moins que rien, suggérant même qu’il aurait mieux fait de percuter le gamin plutôt que le camion.

Elle le laisse en plan et part avec un homme secourable qui passait par là avec sa Ferrari. Avec lui, pas de problème, elle s’entend à merveille. Ils ont les mêmes codes sociaux. C’est grinçant à souhait, mais je n’aime pas trop qu’on dise du mal de ma Sophia.

– Le dernier épisode est un morceau d’anthologie, une comédie de mœurs de haut niveau.

Sophia est une prostituée de luxe qui habite sur un toit de la célèbre piazza Navona à Rome. Cette magnifique jeune femme a un pool de protecteurs. Elle peut même se permettre de choisir. Cela correspond à faire du bien à 2-3 habitués par jour. Ils sont soigneusement sélectionnés et elle entretient des rapports quasi amicaux avec eux. Elles les appellent du nom de la région dont ils viennent, le bolognais, le sicilien…

Marcello est un client de choix. Il est conscient du métier de cette femme, mais il l’apprécie profondément. Il est fortement tourmenté par sa libido. Il la désire plus que tout. On pourrait presque dire qu’il l’aime, et cela peut se comprendre.

C’est un fils à papa. Il a les moyens. Son père lui confie des missions qu’il ne mène pas si bien qu’il le devrait. Il n’est ni motivé, ni doué pour ce travail.

La belle, bien entendu, n’est pas farouche. Et en général, elle se consacre pleinement à son art, d’épouse à répétition. Cette femme appliquée et à l’aise, donne vraiment satisfaction.

Mais lorsque cette déesse en location est préoccupée, on sent qu’elle n’est pas totalement à sa tâche.

Sa voisine de terrasse est une vieille chouette qui rêve de la voir expulsée. Son petit-fils (ou petit neveu ?) séminariste est de passage. Et comme notre sculpturale poupée ne peut pas s’empêcher d’étaler sa séduction naturelle, le beau garçon en tombe fou amoureux. Il est prêt à tout lâcher pour cet amour qui est pourtant platonique et non réciproque.

La voisine acariâtre va à Canossa. Elle s’incline devant Sophia pour plaider sa cause. La vieille voyait l’impétrant devenir Pape, pas coquin d’une putain !

Elle demande à la CDD de l’amour d’expliquer au gamin qui elle est vraiment et pourquoi une telle relation serait insensée. La belle fera de son mieux pour que le petiot revienne dans le droit chemin. C’est un comble.

Elle lui dit que sans sa soutane, il serait à ses yeux comme un bel officier devenu très quelconque en civil. Il perdrait tout son charme. Le malheureux se sent coincé et il pète un plomb. Il veut maintenant s’engager dans la Légion.

Notre héroïne n’a pas dit son dernier mot. Elle fait un pacte avec le ciel.

Dans cette atmosphère chrétienne de salut et repentance, et pour mettre toutes les chances du côté du bon dieu, elle ira jusqu’à faire le vœu de serrer sa ceinture (de chasteté) pendant une huitaine, si l’amoureux éconduit revient à la raison, c’est à dire au séminaire. Ce qui est un gros effort financier pour elle, estimé à 200.000 lires. A quoi il faut rajouter les 18.000 lires de cierges pour favoriser l’intercession d’un Saint obscur et donc plutôt disponible.

Mais bien entendu, tout cela fait qu’elle délaisse le pauvre Marcello.

Une fois le séminariste remis sur les rails du seigneur, Sophia revient sur terre. Elle est toute prête à donner satisfaction à l’impatient Marcello. Elle entame même un strip-tease grandiose devant lui. Il est sur le point d’obtenir la plus belle des récompenses. Il pousse des cris de bêtes, façon loup de Tex Avery.

Mais pas de chance ! Juste avant d’enlever son soutien-gorge et de passer à l’acte, la grande Sophia se souvient de son vœu d’abstinence sexuelle ! Cette scène qui à la fois torride et d’une grande élégance, est une milestone (étape cruciale) dans l’histoire du cinéma mondial. Près de 60 ans après c’est encore LA référence.

Malgré ces incessantes frustrations, et sans doute aussi un peu pour cela, ce sketch est du bonheur à l’état pur.

Le film obtiendra l’Oscar du meilleur film étranger. On voit bien que le jury a été sous le charme de ces deux magnifiques créatures. Et Vittorio De Sica, qui nous fait croire que ces êtres d’exception nous appartiennent un peu, a fait du bon boulot.

(*) … mauvais titre certes, mais que l’actrice empruntera pour son autobiographie.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hier,_aujourd%27hui_et_demain

Sophia Loren
Marcello Mastroianni
Aldo Giuffré

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