Homosexualité : derniers condamnés / sexualité « contre-nature » Avis documentaire Emmanuel Hamon

Vichy avait criminalisé cette homosexualité, qui pourtant avait été protégée par la Révolution Française. Ces lois imbéciles n’ont été abrogées qu’en 1982. On parlait de sexualité « contre-nature » au même rang que les relations hommes / animaux.

Et il faut bien dire qu’une bonne partie de la population voyait cela d’un sale œil : « des malades, des gens qu’il faudrait soigner »- « Je pense qu’il y en a dans mon immeuble, j’espère me tromper »

Juste après l’élection de Mitterrand, qui avait annoncé sa décision que l’homosexualité ne soit plus un délit. Et le coup de grâce a été porté par les travaux de sape de Gisèle Halimi et de Badinter ; entre autres. A cette époque les socialistes étaient intelligents et puissants. Les discours à l’Assemblée Nationale mériteraient qu’on les redonne dans leur intégralité (cf lien en fin de page).

Les arguments qui appuyaient sur le caractère individuel des choix sexuels étaient clairs et intelligents. Le documentaire ne fait que les aborder succinctement. Ce fut un combat épique, avec des personnages bien intéressant. On avait quand même à cette époque des orateurs de premier plan.

  • Et il n’était pas nécessaire d’être de ce bord pour comprendre et se battre. Contrairement au wokisme présent qui « cancel » l’expression non issue de la communauté. Attitude d’une rare stupidité.

Le code faisait un distinguo entre les hétéros qui pouvaient se choisir librement dès 15 ans et les homos qui devaient attendre 18 ans. On voit bien dans cette discrimination, l’idée que l’homosexualité était considérée comme une perversité, une maladie honteuse et qu’il fallait ériger des barrières pour s’en prémunir.

Le documentaire parle davantage des forces internes aux mouvements de libération. La bonne parole venait d’Amérique ou les Gays avaient décidé d’être Proud.

Ce concept de fierté a fait sortir ces pratiques amoureuses du ghetto. Ces manifestations bien visibles étaient nécessaires à une prise de conscience. Elles sont devenues très voyantes et le militantisme a parfois été offensif.

  • Étudiant hétéro, je me souviens de ces dragues lourdingues qui cherchaient à nous enfermer dans un supposé paradoxe : « tu fais un peu trop comme si tu n’étais pas intéressé par les hommes, c’est qu’au fond de toi même tu as sans doute des penchants »

Mais avant 81, la répression était encore violente. D’où les descentes de police musclées dans les bars chauds de Paris.

A la fin des années 70, l’affaire du Manhattan a fait beaucoup de bruit. Des notables et des hommes ordinaires s’y livraient à des jeux sexuels très intenses dans des backrooms. Et donc cela avait un aspect semi-public ; bien qu’on dise que ces soirées aient été privées avec accès restreint. Les procès ont été retentissants. Les peines encourues étaient énormes et indiquées dans le casier judiciaire.

  • Curieusement, pour rentrer dans ces lieux, il valait mieux correspondre aux stéréotypes gais (accoutrement, cuir, manières…).

40 ans après, Michel Chomarat qui a été pris dans cette rafle, ose clairement en parler.

Il relate dans un de ces interviews, non cité dans le docu, ce propos public du président de la cour d’appel en 1978 :« Vous osez faire appel alors que ce n’est même pas le tarif (500 F d’amende) des hétéros que l’on coincent au bois de Boulogne »

Le Palace est devenu alors un des hauts lieux gais. Une autre étape décisive en France a été la création de la revue le Gai Pied.

Des homosexuels actifs politiquement et médiatiquement alors, s’expriment dans le reportage. Ils sont maintenant au moins septuagénaires, ils n’ont pas perdu leur fougue. Ils s’étonnent que les plus jeunes ne voient pas le bon considérable accompli.

Les anciens ont vu leur rang plus que décimés ; c’est même le rapport inverse. Plutôt un rescapé du SIDA sur dix. C’est inimaginable.

Un ex-fédérateur des boites gais raconte le combat qu’il a du mener, pour qu’on autorise la distribution des préservatifs dans ces lieux. Un besoin « vital ». Alors que c’était considéré comme de l’incitation et du prosélytisme.

L’écrivain Dominique Fernandez s’exprime avec délicatesse. Il a commis un livre L’Étoile rose (1978) où il dit presque tout. Pour lui les homosexuels étaient tellement peu considérés, qu’ils « n’existaient pas », pour la population générale.

Sa mère qui, malgré l’évidence, n’était pas au courant est tombée de sa chaise (symboliquement). Mais après un long travail, ces révélations les ont rapproché.

https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/gisele-halimi-20-decembre-1981

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Chomarat

http://www.revuemasques.fr/pdf/Entretien%20Quere%20-%20Chomarat%202020.pdf

https://www.francetvinfo.fr/societe/lgbt/video-journee-contre-l-homophobie-il-y-avait-de-la-prison-des-amendes-tres-lourdes-raconte-un-des-derniers-condamnes-pour-homosexualite-en-france_5120194.html

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/01/21/la-repression-des-homosexuels-etait-une-absurdite-a-l-assemblee-nationale-le-plaidoyer-de-robert-badinter-pour-la-cause-gay_6110340_3224.html

Homosexualité : derniers condamnés / sexualité « contre-nature » Avis documentaire Emmanuel Hamon
Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire