Il était une fois le musée Le Louvre. Documentaire avis. Résumé (2021) 8/10

Juste prétendre que le Louvre est un « monument » revient à sérieusement minimiser sa stature et son importance.

Déjà architecturalement, c’est une véritable cité de l’Art. Et les bâtiments eux-mêmes sont des exemples d’architectures. On peut prier le patron des arts et des Muses, genoux à terre, que la pyramide de Ieoh Ming Pei soit là. Les béotiens d’alors peuvent se faire tout petit.

Et pourtant, le Louvre est plus fragile qu’on le croit. Cette belle histoire nous le raconte. Il a très souvent du jouer les équilibristes. Ce documentaire intelligent nous montre la vulnérabilité de cette entreprise. Il nous conte les tempêtes subies et les profonds remaniements qu’elle a su entreprendre au cours des siècles. On est confondu par la capacité de rebondissement des capitaines successifs de cet immense vaisseau.

Alors qu’on pensait l’oeuvre pachydermique et peu mobile, on est surpris par la finesse de navigation de cette anguille géante.

Ce qui importe, c’est le cap à tenir, la résultante et donc ses capacités dynamiques.

La collection a commencé de manière informelle parce qu’un roi aimait l’art italien. Plus tard un grand ensemble urbanistique a été mis à disposition. C’était nouveau.

Pour le remplissage, on s’est servi ici ou là, généralement grâce à des tractations honnêtes. En tout cas aux débuts.

La révolution française a aidé paradoxalement. Pourtant elle commencé par massacrer pas mal de symboles du monde ancien. Elle n’a pas hésité à défigurer des statues et à fondre des trésors parce qu’ils étaient en métaux précieux.

Certains activistes se sont rebellés, non pas pour sauver les reliques de l’ancien régime, mais parce qu’ils voyaient loin. Au-delà des commanditaires cramponnés sur leurs privilèges, on retrouve les artistes « innocents » qui avaient fait des merveilles intemporelles.

En désacralisant ses richesses, en privilégiant le très ancien qui était moins suspect politiquement, ils ont pu sauver quelques grandes œuvres comme l’épée de Charlemagne.

Tout cela a enrichi le Louvre.

Plus tard, nos révolutionnaires se sont transformés en soldats. La règle était de récompenser l’effort par le pillage, à tous les niveaux. Et donc l’État s’est généreusement servi dans les collections étrangères, mais aussi grâce aux tableaux laissés dans les églises et les monastères. La récolte a été incroyablement bonne.

A défaut d’être totalement honnêtes, les responsables avaient du goût. Ils savaient même estimer les productions volées. Le marché de l’art était biaisé, par la façon dont on s’était servi, mais la monétisation continuait son petit bonhomme de chemin.

Casse tête de l’estimation de la valeur d’une œuvre

Estimer la valeur d’une œuvre est sans doute un travail très contingent. Les modes changent, mais quelque chose reste. Une grande étape a été franchie quand chez nous, certains ont pris pleine conscience qu’il n’y avait que le « temps de travail » qui va avec le prix de la sueur, l’exécution précise et méticuleuse. Il y avait aussi et surtout quelque chose de difficilement palpable, comme ce je ne sais quoi qui suscite l’émotion du spectateur éclairé. La pleine dissociation n’est d’ailleurs toujours pas achevée chez bon nombre de nos concitoyens.

Ainsi on s’est intéressé aux primitifs comme Giotto. Des gars qui n’étaient pas trop à la mode alors.

Ce fut une excellente idée. Car quand il a fallu rendre les œuvres volées dans toute l’Europe, les pays spoliés ont jugé que ces œuvres anciennes ne valaient même pas le prix du transport. Ils nous les ont laissé !

Musée d’art contemporain : une première !

Les dirigeants plus moderne de l’institution ont opéré des tournants très intéressants. Du fait d’un certain vide laissé par le retour de biens volés, ils ont cherché du côté de leurs contemporains. Des artistes du moment ont rempli les cases vides. Ce fut le premier musée d’art « moderne ».

Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre l’intérêt des antiquités. Ce furent de bien tumultueuses nouvelles aventures. Mais cette fois on a « acheté ». Les acquisitions étaient presque irréprochables. Mais pas au point que l’on ne puisse nous demander des comptes aujourd’hui.

Même le bon Champollion, un des personnages les plus respectueux de l’art des pharaons, y a été de sa mutilation de site. Il a « prélevé » un bas relief, rien qu’un seul, afin de démontrer aux savant et aux visiteurs du Louvre, que ce qu’il admirait, valait le détour. On peut lui pardonner puisqu’il savait déchiffrer ce qu’il voyait avant les autres.

Il y a aussi cette histoire napoléonienne de la collection Borghese. Quand les considérations supérieures se mêlent aux affaires familiales et d’alcôve. Les biens acquis nous profitent toujours.

Que j’aime l’art assyrien !

Pour ma part, et c’est très personnel, je ne vais jamais au Louvre sans passer par le département des Antiquités orientales. J’ai vraiment le béguin pour l’art monumental assyrien. Je fais de même au British Muséum, ou à Berlin. Pas de jaloux.

Le cycle muséal sans cesse renouvelé

La suite de l’histoire est faite d’acquisition, de spoliations, de restitutions, de changements de cap plus ou moins opportuns. On ne va pas faire dans le détail. Voyez ce documentaire, c’est mieux comme cela.

Sur le fond l’émission fait de nécessaires raccourcis. C’est bien logique, vu le format et la durée (95 minutes).

Les experts convoqués dans tous les coins du monde ont des choses à dire. Ils ne sont pas la pour la « galerie ».

Les conservateurs jouent quand même un jeu. Ils soignent un « look » ad-hoc. Cela me fait un peu sourire, ce soin pour leur crinière, leur lunettes atypiques et/ou les écharpes. On a l’impression qu’ils veulent marquer leur temps par leur « image », c’est de bonne guerre, vu qu’ils sont plongés tout entier dans le visuel. C’est leur boulot.

Grâce au ciel, on évite le chauvinisme pour ce qui est le « plus beau musée du monde » (hum). Notre Raquel Welch doit toujours feindre la modestie. C’est la règle. Elle n’a rien à prouver.

Sur la forme, c’est extra. Les images sont belles. On est constamment en visite, sur place et sur les sites dont proviennent les objets. Des images de synthèse nous expliquent bien les choses. C’est à dire plus rapidement que de longues tirades abstraites. On n’abuse pas de la CAO et autres bricoles.

Le Louvre désormais, n’est pas tant une accumulation parfois indigeste de morceaux choisis, mais un livre d’histoire vivant.

Il m’est arrivé de parcourir le musée au pas de charge, plus vite qu’on ne zappe les pages sur Internet. Sur 100 tableaux exposés, l’un après l’autre dans ces longues galeries, seuls un ou deux retenaient mon regard, en raison des circonstances. C’est un problème, car les 99 ou 98 restants méritent autant notre attention, mais ce n’est pas forcément la grille de lecture du moment. Comment résoudre cela ?

https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/10/30/il-etait-une-fois-le-musee-du-louvre-de-francois-ier-a-napoleon-sur-arte-tv_6100457_3246.html

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