Instalife (Ingrid Goes West) (2017) 6.5/10

Il faut bien que jeunesse se passe (une belle expression de vieux !)

La recherche de notoriété est l’activité principale sur Instagram – le « like » fait le succès du modèle économique de la plateforme.

Les réseaux sociaux sont mal nommés puisqu’en réalité ils propagent la solitude. C’est prouvé.

La concurrence effrénée entre ces innombrables chevilles ouvrières éditrices, sans imagination, qui font peu ou prou la même chose, suscite de l’envie et du ressentiment.

Et c’est un problème identique quand on expose de simples photos de vacances ou des plats consommés. Avec des clichés de soi, exposés au regard d’une multitude, on entre directement dans la comparaison sociale. Et chez certains, cela peut déclencher un fort sentiment d’infériorité.

Les autres pénètrent chez vous et vous jugent. Le temps est distordu. Les repères volent en éclat au profit d’une moraline du grand nombre.

On note des syndromes dépressifs. Ces réseaux pernicieux sont addictifs.

Tout cela est bien connu.

Bien entendu les jeunes n’aborderont pas d’emblée ces sites sur ces angles là.

La notoriété acquise et contrôlable arithmétiquement reste un phare pour eux. Pas question de la discuter.

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Ingrid est une jeune femme solitaire qui dévie psychologiquement et manque sérieusement de repère. Pour tenter de recoller les morceaux elle s’accroche à Instagram. Elle s’imagine être dans la peau des influenceuses qu’elle suit.

Elle va pousser le mimétisme très loin. A force de ruses, elle finira réellement par entrer dans la vie d’une de ces stars d’Internet. Elle pourra croire un moment qu’elle fait partie de ce cercle de notoriété. Sa plus grande victoire consiste en un selfie sur lequel elles figurent toutes deux et montrent leur connivence.

Mais son manège va être découvert. Elle sera rejetée au néant en tant que tricheuse. Et tout ce qui est arrivé sera effacé. Comme c’est sur Internet, cet effacement dépasse la métaphore.

Elle se retrouvera encore plus seule et plus paumée qu’avant.

Ce qui la sauvera, sera paradoxalement sa tentative de suicide en ligne. Elle aura enfin un capital de sympathie qui lui sera propre.

On peut difficilement aller plus loin dans l’exploitation des névroses.

Le film est assez habile pour nous sortir tous les clichés du genre, tout en feignant de prendre du recul. En réalité il reste en plein dedans, sans apporter une nette plus-value. Ce manque d’agressivité fait qu’il ratisse large, en dehors comme en dedans, sans fâcher qui que ce soit.

  • Aubrey Plaza joue la pauvre fille qui dérape. Elle tient bien le rôle.
  • Elizabeth Olsen incarne son modèle. Et là aussi, il n’y a rien à dire.
  • O’Shea Jackson Jr. joue le bon copain bourru qui a de quoi s’énerver mais va réussir à arrondir les angles.
  • Wyatt Russell fait un jeune artiste qui n’a d’autre mérite que de fréquenter la poupée Olsen.
  • Billy Magnussen nous joue un frère madré et égoïste.

C’est très Netflix / Sundance, ce climat là. C’est à dire qu’on y trouve une jeunesse sans complexe, qui s’affranchit des partis pris du monde d’avant… et en propose d’autres, qui parlent plus clairement à leurs congénères. La prise de vue est cool également.

Le scénario ne fournit pas la force centrifuge qui permettrait de s’élever au-dessus de cet infra-monde d’Internet.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Instalife

Aubrey Plaza
Elizabeth Olsen
O’Shea Jackson Jr.
Wyatt Russell
Billy Magnussen

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