Je t’aime à l’italienne – Film – Avis Hannah Arterton – Résumé. (2014) 5/10

Conte sentimental à l’eau de rose, film de mariage, dépliant touristique, devoir de vacances au soleil, défilé de mode, appels du pied à la destinée, destinée (Guy Marchand, 1990), film de filles, film de sœurs, comédie musicale, compilation de tubes… c’est tout cela à la fois. (Walking on Sunshine)

Cette agglomération de plusieurs genres, se révèle bien copieuse, pour ne pas dire indigeste. Au final c’est bien le quantitatif qui l’emporte sur le qualitatif. Et ce n’est même pas distrayant. Reste pourtant les jolies filles pour les uns et les jolies garçons pour les autres.

Voilà un scénario plus niais que dans les plus navrants des romans photo.

Et si au moins ils l’avaient fait exprès ! Et quand bien même ils l’auraient fait exprès !

– L’épine dorsale est un conte sentimental à l’eau de rose. C’est l’air bien connu, que l’on serait promis pour l’éternité à l’être aimé… faut juste être persévérant, croire davantage aux sornettes de la prédestination qu’à la réalité de la proximité géographico-sociale, et se faire quelques suées initiatiques. Et cette bluette marche semble-t-il toujours chez les anglo-saxons.

Cela n’empêche pas qu’on laisse à nos protagonistes la possibilité de se tromper dans leurs choix. C’est même obligé dans un premier temps. Avec un simple on-s’est-trouvé-on-s’aime-on-se-marieil n’y aurait pas de quoi faire un film de 90 minutes.

– C’est donc un film de mariage.

Les dés sont jetés, la brune va enfin franchir le Rubicon (Émilie-Romagne). Les préparatifs, cela meuble. Plus écervelée que la blonde universitaire, elle s’est déjà plantée plusieurs fois. Mais là elle est sûre d’elle… autant que d’habitude, c’est pas gagné !

Dans cette énumération conventionnelle des paragraphes du rituel, aucun des codes du genre ne nous est épargné, mis à part le Rehearsal dinner (répétition du repas nuptial) destiné à tuer toute spontanéité.

Et il faut comprendre l’anglais pour s’y retrouver tant ce folklore est importé : après les fiançailles dont The proposal et The engagement ring (valeur > à deux mois de revenu), on non balade … le choix de la robe, la Bridal shower (arrosée de cadeaux), le bouquet, le Best Man, la Maid-of-honor, le Bachelor et Bachelorette party (enterrements de vie de filles et de garçons), les groomsmen et les Bridesmaids coordonnés, en uniforme comme à l’armée ou chez les majorettes, les Flower girls, les discours dont les tentatives d’originalité sont en soi insipides, le Groom qui arrive en retard… jusqu’à l’inévitable « et celui ou celle qui trouve à redire parle ou se taise à jamais » – ce dernier point, qui n’a jamais fait partie d’un mariage français et qui vise avant tout à traquer là bas la consanguinité ou la bigamie, étant devenu une ficelle scénaristique de l’ultime rebondissement possible… dont ce film routinier ne va pas nous priver, comme dix milles autres.

Bref tout le bréviaire des convoleurs en justes noces, avec ce décorum de pacotille à faire bailler. Même les églises et leurs « personnels » semblent relookés.

Le cinéma US en a fait un rituel immuable, que l’on devrait forcément respecter à la lettre. Cela sévit dans ces films qui se copient l’un l’autre, comme si c’était gravé dans le marbre (de Carrare). Cela a gagné aussi tous ceux qui prennent pour argent comptant ces « règles » encouragées par le marketing événementiel.

Les anglo-saxons nous avaient déjà imposé les codes marchands du père Noël rouge de Coca-Cola., mais aussi un teddy bear (Teddy Roosevelt) a priori moins intéressé. Ils ont fait entrer le « votre honneur » dans les tribunaux de chez nous (ce qui fait bien rire les juges). Ils ont eu moins de succès avec le barnum consumériste d’Halloween. On a beau se forcer on n’arrive pas à rigoler avec nos morts.

Cela ne les empêche pas de « placer » leur vision du mariage, avec un certain succès.

Les humbles aiment bien les solutions clés en main. Nos vénérables cérémonies de jadis semblant trop vieillottes et compliquées à présent. Et le seul juridisme des contrats n’est pas très folichon.

On peut penser que le respect méticuleux des cases à cocher de maintenant est une sorte d’assurance pour la solidité de l’union à venir. C’est une croyance, voire une superstition. Le déroulé de la messe ne fait pas autrement.

Il faut une touche de soumission à l’incompréhensible avec un semblant de tradition. Certains vont juste croiser les doigts devant l’autel. C’est aussi ce que cherchent les Japonais shintoïstes en se mariant dans les petites églises alsaciennes.

– Et puis il y a l’intervention du dieu de l’amour, avec la force du destin que cela suppose, sur un mode ultra-canalisé. T’inquiète, cela s’arrange toujours à la fin grâce à un happy end surdéterminé. On est ici dans la prévisibilité jusque dans les moindres recoins. Tout est plié d’avance, ne reste qu’à en déterminer le timing et organiser les faux rebondissements.

– Un devoir de vacances au soleil. Ce dépliant touristique pour Anglais blanchâtres nous montre de belles images, avec en arrières plans les Pouilles qui sont vraiment magnifiques. C’est le soleil permanent et la mer d’un bleu serein. Et personne ne bosse là dedans. Le farniente absolu. On s’aime et puis c’est tout. L’ensemble forme cet idéal fantasmé et assez « fonctionnaire » du bonheur sur terre. C’est à dire des congés payés permanents, sans un chef pour vous crier dessus.

Le fantasme colonialo-immobilier fait que nos oisifs se payent forcément des Palais sur la côte. Sans doute pour trois fois rien. Quel spectateur peut résister à se mettre dans la peau de ces princes et princesses, à qui tout sourit ?

– C’est aussi un film sur deux sœurs. L’une est blonde l’autre et brune. Comme cela, il y en a pour tous les goûts… chez les petits blancs. Ces jolies bergères se retrouvent à envisager le même beau chevalier. Il est passé sur l’une puis sur l’autre. Et au fond ce grand dadais façon « mannequin » ne sait plus trop où il en est. Il passera par ici et il repassera par là. L’amour fraternel sera-t-il plus fort que l’amour tout court ? Et inversement.

Et il y aura forcément ce remplissage scénaristique sur la vérité bonne à dire ou non… mais qui de toute façon ne peut qu’éclater au grand jour.

– Dans cette partie à 4, il faut rajouter un play boy grisonnant, mais encore très bien de sa personne. Il y a forcément un préjugé défavorable à son encontre, vu que c’est un film de filles (à féconder). L’ennemi en la matière c’est l’obstiné qui ne veut pas se marier… et qui résiste, malgré un long siège.

Pourtant cet asocial (vu qu’il ne joue pas le jeu de la natalité) est manifestement doué sur plusieurs plans. Le genre archétypal, forcément un peu ridicule, qui révèle le plaisir aux petites filles en fleur, qui les couvre de présents et qui les poursuit en Maserati (**).

Mais qu’est ce que cela vaut, face à un bellâtre qui lui plie le genou, en faisant miroiter une belle bague, plein de promesses obstétricales. Un gars à faire rêver les fillettes et qu’on ne voit que dans les magasines de mode. Un « pin-up » qu’on ne craint pas d’exposer in situ dans des baisers de soleil couchant sur la plage. Ah que c’est bon les clichés chromos.

– Ce pensum au soleil est également une compilation de tubes plus ou moins en phase avec l’ambiance, façon « On connaît la chanson » (1997). Ce qui serait bien pour les fans des années 80… si ce n’était pas si légèrement réinterprété. Il aurait mieux valu les originaux en play-back comme chez Alain Resnais.

Et de plus, dans cette comédie musicale, les chorégraphies sont approximatives. N’est pas Bollywood qui veut.

– On s’attendrait que les minorités soient plus représentées. C’est obligatoire maintenant. Pourtant je n’ai vu que de quoi contenter le lobby des obèses. C’est maigre (hum).

– Chez ces Demoiselles de Rochefort anglo-salentines (1967), je préempte la brune. Cela tombe bien, il y a comme qui dirait une « ouverture » à la fin (Michel Blanc – Les Bronzés font du ski – 1979)

(*) Destinée

On était tous les deux destinés

À voir nos chemins se rencontrer

À s’aimer sans demander pourquoi

Toi et moi

Destinée

Inutile de fuir ou de lutter

C’est écrit dans notre destinée

Tu ne pourras pas y échapper

C’est gravé

(**) J’en ai une ancienne qui se voudrait « collector » mais je ne suis pas sûr que cela soit un aspirateur à minettes. Plutôt une machine à problèmes. Vous pouvez vous dispenser de ce coûteux achat, car c’est la maison – le nid – qui les intéresse.

Le juke-box :

« Holiday » (Madonna)

« Venus » (Bananarama)

« How Will I Know » (Whitney Houston)

« The Power of Love » (Huey Lewis and the News)

« Don’t You Want Me » (The Human League)

« Walking on Sunshine » (Katrina and the Waves)

« Eternal Flame » (The Bangles)

« Girls Just Wanna Have Fun »/ »The Wild Boys » (Cyndi Lauper/Duran Duran)

« It Must Have Been Love » (Roxette)

« Faith » (George Michael)

« White Wedding » (Billy Idol)

« If I Could Turn Back Time » (Cher)

« Wake Me Up Before You Go-Go » (Wham!)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_t%27aime_%C3%A0_l%27italienne

Hannah Arterton
Annabel Scholey

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