La bête humaine (1938) 5.5/10 (eh oui!)

J’étais confortablement assis dans mon fauteuil, bien décidé à revoir avec bienveillance ce qu’on considère souvent comme un chef d’œuvre. Avec un sérieux parti pris de me régaler de ce met de choix, je me pourléchais les babines.

Bien qu’incroyablement positif par principe, j’ai du me résoudre à une cruelle déception.

J’ose dire que ce film n’est pas terrible. Dent dure ou viande coriace, à vous de décider.

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Gabin aime sa locomotive « Lison » plus que tout. Pourquoi pas.

Le générique lui prête une sorte de fatalité hérédo-alcoolique, très lourdement, celle des Macquart. Et en effet deux ou trois passages nous montrent des « absences » et des tentatives d’étranglement de jeunes filles. Une pathologie bizarre qui est calmée par le passage de trains.

Bon d’accord, il ne va pas bien par moment et ce n’est sans doute pas le mari idéal. Mais pour le reste c’est un homme droit et un bon camarade.

  • Il existe bien un syndrome fœto-alcoolique pour les futurs enfants à naître qui sont imprégnés par les excès d’alcool de leur mère. C’est logique, c’est connu. Mais il n’y a pas à ma connaissance quelque chose qui se transmettrait par les gènes et qui ferait des alcooliques de père en fils par exemple. Cela dit le milieu alcoolique est susceptible d’imbiber tout ce qui bouge, surtout si on habitue les nourrissons à supporter l’alcool par des doses dans le biberon. Mais ça c’est un autre problème

Dans ces temps là, il y avait un conformisme de la représentation de la femme au cinéma. Qu’elle soit jeunette ou vieille, il fallait qu’elle minaude comme une enfant. Dans l’esprit mâle du moment, c’est ainsi qu’elle devait quémander le moindre avantage. D’abord en montrant sa soumission. Et puis c’était l’ère de la correction, avec sa valse des baffes.

Je me demande même si ce modèle à l’écran n’a pas fini par conforter ces pratiques.

Par ailleurs, les plus jolies sont présentées clairement comme de la nourriture sexuelle. Elles ont une petite marge quant au choix du partenaire, mais finalement pas tellement. C’est grosso modo toujours le plus puissant qui doit l’emporter. Ici c’est clairement Gabin le mâle dominant ou dos argenté.

  • Dans l’imaginaire d’avant guerre, il suffisait d’un baiser d’homme bien ajusté pour que la proie cède. Certains spectateurs ont du s’entraîner en pensant que l’essentiel était dans la technique.

De plus notre héros sait se montrer doux, ce qui en terme génésique, le place aussi comme un bon père potentiel. Le profil parfait… à part la faille cérébrale.

Le film est aussi un polar psychologique et ferroviaire sur fond de Pacific 231. La femme convoitée est l’actrice Simone Simon, la mère de l’animateur télé Fabrice (regardez bien ils se ressemblent). Ici elle campe l’épouse du sous chef de gare. Une profession à laquelle les amuseurs décernent facilement la médaille des cocus. L’acteur Fernand Ledoux en a le profil.

Recueillie dans son jeune âge dans la haute bourgeoisie, elle a été abusée par son parrain le vilain Grandmorin. Et pourtant, elle y revenait régulièrement même adulte. Rassurez-vous, en 1938 on avait la justice de classe facile. Ce sera bientôt « fini pour lui avec les jolies filles »

Lorsqu’il apprend cela le cornu impulsif décide d’en finir avec ce vieux dégueulasse. Ils l’amènent dans un rendez-vous piège et le suppriment dans un wagon.

Gabin était aussi de ce convoi. Pour les beaux yeux de la belle, il fait silence sur le fait qu’il a vu le couple tueur passer au mauvais endroit.

Mais cela ne s’arrête pas là, car en fait il désire fortement l’épouse. Elle même, à qui les pas de côté ne déplaisent pas, se laisse tenter également. Ils fusionnent. Pourtant Gabin résiste à la discrète sollicitation de supprimer le sous chef de gare jaloux et gênant. Il voudrait plutôt qu’elle accepte de fuir avec lui tout simplement.

Après quelques prises de tête, il la retrouve une dernière fois à son domicile. Le mari déprimé n’est pas là, il perd de l’argent aux cartes au bistrot. Gabin n’arrive pas vraiment à la convaincre de le rejoindre. Et puis il y a cette panne de courant dans sa tête à lui…

Chaque étape est incroyablement prévisible. On manie ici le ressort très classique de l’injustice et de la « saine » vengeance. C’est si lent qu’on a vraiment le temps de faire autre chose en visionnant le film.

Le pathos est omniprésent. Mais c’est aussi la signature de Zola quelque part.

Que ce grand auteur me pardonne, suite à ce long métrage, je n’ai vraiment pas envie de me coltiner son roman pour voir ce qui concorde ou non. Mais on dit que c’est pire encore, tant il y a une avalanche d’évènements déplaisants dans le bouquin. Renoir aurait élagué !

Ah oui j’oubliais, il y a Carette… eh bien, il fait du Carette et ce n’est pas désagréable.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_B%C3%AAte_humaine_(film)

Jean Gabin
Simone Simon
Fernand Ledoux
Envoi
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