La Discrète (1990) 7.5/10

Luchini incarne un jeune écrivain paresseux dont on force la main. Pour qu’il se bouge, on le met au défi d’écrire sur une aventure à venir, avec la première venue. Comme il a du mal à se mettre en route, son commanditaire (Maurice Garrel) va jusqu’à lui dicter sa conduite, et donc ce récit autoréalisateur, d’étape en étape.

Tout cela n’est que fantaisie de scénariste qui se regarde en train de composer, et pense que de décrire cela peut captiver le lecteur/spectateur, autant que lui. Ce présupposé n’a pas vraiment d’importance. Pas plus que l’explication du titre.

Plus simplement, c’est l’histoire d’un jeune homme brillant qui va à la rencontre d’une moche et qui nous raconte chaque phase de son approche. En tout cas, il la trouve quelconque et pas désirable du tout. La pauvrette qui se dévoue pour ce rôle, c’est Judith Henry. Elle assume très bien. Et grâce à son sourire, elle est tout sauf « immonde » et sait capter notre sympathie.

Cette affaire est un challenge de dragueur. Mais cela peut devenir une épreuve initiatique qui doit le porter au-delà des conventions et l’affranchir du regard des autres.

Au début, il met sa technique au service de la cause. Il joue habilement les rapprochements et les éloignements de manière à susciter l’intérêt et le désir.

Mais ce qui devait être un exercice désincarné, devient une vraie rencontre. Il est difficile de s’abstraire de tous sentiments quand on rentre au contact de l’Autre, quel qu’il soit. C’est forcément un engagement de l’Être, fut-il a minima. Et ce sera lui sans doute le plus bouleversé. En tout cas dans l’instant. Car cette union physico-(al)chimique reste fugace et sans grandes conséquences, au fond.

La force du propos tient dans la délicatesse des dialogues et le fait que l’issue n’est jamais totalement déterminée. Le déroulé est subtil. Tout peut basculer d’un côté ou de l’autre à tout moment. Grâce au talent des interprètes, on est vraiment dans une sorte de « live ». On sent monter les enjeux, alors que l’investissement affectif de départ est faible. C’est une belle leçon sur l’engagement ou la distance en amour.

Étonnante époque ou le libraire était une sorte de maître à penser.

C’est très français cette manière là.

Un premier film réussi pour Christian Vincent. On peut dire de lui, que depuis, il est resté bien discret.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Discr%C3%A8te

Fabrice Luchini
Maurice Garrel
Judith Henry

Envoi
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