La doublure (2006) 6/10 Francis Veber

Le titre de cette comédie sentimentale, n’est pas fameux.

Mais l’impression générale est plutôt bonne. Le scénario est solide, bien que l’idée de base soit limite. L’image est léchée. Le rythme n’est pas mauvais. Les acteurs sont des pointures dans leur genre.

A priori, c’est une agréable distraction.

Cependant, il y a les enquiquineurs comme moi, qui cherchent à creuser un peu. Il ne faut pas longtemps pour comprendre, que ce film égraine toutes les recettes et tous les poncifs du genre. Les mêmes qui encombrent le cinéma français depuis des lustres.

On pourrait parler ici d’un vaudeville « social ».

Le vaudeville réclame « de l’esprit et de la gaieté », mais avec un corpus bien délimité. Le spectateur doit pouvoir retrouver ses repères habituels.

C’est d’abord l’increvable trio amoureux, le mari, sa femme, la maîtresse du mari. A ceci on adjoint un duo satellite, qui vient compliquer l’intrigue. Il n’y a plus qu’à saupoudrer avec les composants tragi-comiques convenus :

  • Grands et petits sentiments, dissimulations, fausses promesses, mouvements d’humeur, mises en cause, portes qui claquent, filatures, révélations, surprises, quiproquos, final avec apothéose dramatique.

L’importance du « social » est rappelé par Johanna Danciu, dans sa thèse sur le vaudeville (*). « Cette tendance de parodier, de déformer, de renverser ou de caricaturer les conventions sociales est très importante pour le jeu comique du genre »

Mais dans ce registre « social », sous prétexte de bons sentiments, on se prend ici en pleine poire, les vieilles lunes de la gauche primaire. On ne réagit même plus, tellement ce conformisme a fini par s’imposer à nous. Et là le vaudeville pèche clairement, car il n’est plus trop en phase avec notre époque, mais plutôt avec les années 60-70. Car ce n’est pas pour en dénoncer l’esprit, bien au contraire. C’est une toile de fond, qu’on considère comme acquise.

Il y a donc au centre, l’inévitable salaud qui se cache derrière l’ultra-riche. C’est Daniel Auteuil qui incarne cet avatar du vieux barbon, personnage clef des vaudevilles ancestraux.

Il n’hésite pas à promettre à sa jeune maîtresse, qu’il va divorcer, alors que bien entendu il n’en fera rien. Il tient un double discours. Il ment. Il est lâche. C’est bien un salaud de riche !

On en rajoute une couche. Il méprise ses ouvriers, surtout sur ceux qui vont perdre leur boulot. Et on ne pourra pas invoquer Schumpeter et sa « destruction créatrice ». On est plutôt en Union Soviétique, dans l’esprit, avec un maintien obligatoire des activités, fussent-elles totalement inutiles, ou comme on traduit maintenant, pour les profits des actionnaires. C’est la chimère du « droit » au travail.

  • Je pense que les producteurs démagogues et donneurs de leçons, sont à l’abri de ces tempêtes là. Je ne les vois pas en train de maintenir sur le plateau les bouches inutiles. Juste pour le beau geste, même si les spectateurs fichent le camp !

On trouve un avocat d’affaire qui est forcément sans scrupule. C’est le convaincant Richard Berry qui aide Auteuil à enfumer la belle. Il jongle avec les paradis fiscaux, comme de bien entendu.

Il joue bien le bougre.

Et on place ces pauvres sympathiques, qui sont nécessairement vertueux. Ici ce sont deux voituriers : Gad Elmaleh et Dany Boon. Ils sont plutôt à la hauteur. En particulier Dany Boom qui montre ici une belle amplitude de jeu. L’un est le clown blanc et l’autre l’Auguste. Conforme à la tradition.

La maîtresse est interprétée par Alice Taglioni. Elle tire plutôt vers la pute de luxe au grand cœur. Elle croit avoir trouvé l’amour avec ce « Bernard Arnault ». Mais c’est aussi un mannequin qui se la joue.

Je n’aime pas trop son jeu d’actrice, fait de feinte humilité. Elle doit se voir en Vénus, rendant visite aux simples mortels, avec des petits gestes de la main, façon reine d’Angleterre.

Elle tente de faire divorcer le milliardaire. C’est aussi pour ses intérêts personnels. Elle ne crachera pas d’ailleurs sur une indemnité de 20.000.000 d’euros (oui, il y a bien 7 zéros), dans un pacte, en cas de non-divorce.

  • La planche à billets de cinéma, tourne à plein régime. Cela ne coûte pas cher à la production, ces beaux chiffres virtuels, surtout à l’heure des transactions numériques. Avec en retour, un frisson de la salle, garanti.

Je ne marche pas dans ce procédé, qui tend à faire encenser les actrices du film, en orchestrant « la claque » en interne. Comme ici, où on déclare sans rire, que c’est « le mannequin le mieux payé du monde ».

Alors que dans la vraie vie ce n’est qu’une actrice qui joue au mannequin, sans même savoir marcher. On s’en rend compte facilement au défilé KL, où elle ne fait qu’un déplacement minimal, pour éviter de révéler cette supercherie de casting.

D’autres prennent la relève de « la claque ». Ils nous bassinent pendant tout le film avec sa prétendue exceptionnelle beauté. Roulements de gros yeux et incantations, qui se voudraient autoréalisatrices. On s’extasie à notre place… Je ne me rappelle pas avoir donné de mandat pour cela.

Et quand on la met dans le lit du « minable » Gad Elmaleh, c’est assez racoleur. On a l’impression que l’on veut susciter chez le mâle lambda, l’idée d’un « tout est possible ».

Kristin Scott Thomas, est la femme trompée. Elle détient 60 % des parts de la société que préside son mari, le riche méchant et lâche. Elle va conspirer pour mettre au pas le coupable.

  • Certaines femmes mûres jubileront, que l’on fasse payer les incartades de ces époux, qui deviennent infidèles. Celles qui n’ont plus comme atout que la répression ou qui voudraient littéralement imposer qu’on les aime. D’autres sont plus intelligentes et compréhensives.
  • On se souvient de la levée de boucliers, quand un écrivain quinquagénaire déclarait « être incapable d’aimer » une femme de son âge. Ces « archéo-féministes » voulaient tout bonnement interdire, cette dernière liberté. Celle d’aimer qui bon nous semble.
  • Dans la même veine, on peut aussi se remémorer cet épisode houleux, où l’ex-femme d’Eric Besson (51 ans en 2009), Sylvie Brunel (49 ans la même année), partait en guerre, sur les plateaux télé, la bave aux lèvres, contre le couple qu’il formait avec la jeune Yasmine Tordjman. L’ancien ministre l’avait connu, quand elle n’avait que 23 ans.
  • Cette « géographe, économiste et écrivain » était allée jusqu’à publier un «Manuel de guérilla à l’usage des femmes» (2009). Ce qui ne la rendait pas plus sympathique aux yeux des hommes, mais lui valait les applaudissements de ses congénères(ses) les plus belliqueuses. Forcément les plus délaissées.
  • La hargne de cette femme bulldog a duré quelques années. Le nouveau couple de Besson n’a pas tenu longtemps.

Cela dit, je n’ai rien contre cette actrice Kristin Scott Thomas. Comme d’autres, j’apprécie sa belle mise en scène, d’un charme qui se veut « aristocratique », avec cette caution britishissime.

On voit donc de tout dans ce film. On pourra souligner à ce sujet l’ambivalence française qui voudrait un mouton à deux pattes supplémentaires. Une race qui se voudrait en plus, royale et marxiste.

Et pour donner de la crédibilité, on convoque l’inévitable Karl Lagerfeld, afin qui joue son propre rôle. Qui lui même, on le sait bien, imite sa création, en personnage « Karl Lagerfeld » (cf Jean-Paul Sartre et sa dissertation sur le garçon de café qui joue au garçon de café)

Il y a des seconds rôles bien connus, comme Michel Jonasz en bon père de famille et Michel Aumont en médecin « malade imaginaire ». Rien à dire, c’est du classique, mais c’est bien fait.

J’allais oublié Virginie Ledoyen en modeste libraire, promise à Gad Elmaleh, et qui finira par trouver le chemin de son lit de son cœur, une fois tous les quiproquos épuisés.

Elle nous fait une libraire, poétesse sentimentale, égarée dans le monde réel. Celui où le téléphone portable a plus de valeur marchande que les livres.

Elle ne peut que s’accorder avec son homologue rêveur. Beau couple que le voiturier sans avenir et la belle qui va vers la faillite. De quoi redonner du corps aux valeurs traditionnelles de l’amour et de l’eau fraîche. Surtout s’il s’agit de ces injections anesthésiantes d’eau de rose.

Encore une femme – ce n’est plus une toute jeune femme malheureusement (**) – devant laquelle on devrait obligatoirement tomber en pâmoison. Pas moi en tout cas, car elle a pris trop de ces défauts de la Française, en tout cas selon les canons de ces derniers temps. Je n’ai pas le temps ici de développer, mais vous retrouverez cela dans d’autres critiques.

Le réalisateur Francis Veber est un habitué des comédies de boulevard. On lui doit Le Dîner de cons, dans lequel apparaît aussi le nom de Pignon. Une sorte récurrence de personnage, comme dans la Comédie humaine, mais en nettement moins prestigieux.

Il a commis aussi bon nombre de comédies alimentaires qui n’ont pas grand intérêt. On dit aussi « grand public ».

Le film a fait quand même plus de 3.0000.000 d’entrées. Quand on fait parler ainsi le box office – « la poudre ! », en général la critique s’écrase.

(*) https://tspace.library.utoronto.ca/bitstream/1807/67266/1/Danciu_Johanna_201211_PhD_thesis.pdf

(**) Yan Moix s’en est pris plein la figure, avec ses doutes sur l’attirance des femmes de 50 ans. Et moi qui me permet de mettre en cause ce qu’est devenu le sex-appeal de Virginie Ledoyen, alors qu’elle n’a ici que 29 ans ! C’est le pal féministe assuré !

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Doublure

Daniel Auteuil
Gad Elmaleh
Alice Taglioni

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