La fleur du mal (2003) 6.5/10 Chabrol

Voilà un titre idiot qui n’a rien à voir de sérieux avec l’oeuvre, même si certains vont se torturer pour prétendre le contraire. C’est juste un buzz baudelairoïdeque vont gober tout cru les critiques tout-venant.

Comme le fait qu’il s’agit du cinquantième film de l’auteur. Et alors, on lui devrait une reconnaissance à l’ancienneté, à l’usure ?

Chabrol est-il un tâcheron de l’ordinaire ou bien un précurseur maladroit de ce que sera Houellebecq, le génie de la médiocrité ? En tout cas il y a pas mal de choses à bazarder dans sa filmographie.

Il dépeint en long et en large la morne bourgeoisie de province. Et se complaît à nous en décrire certaines couches tourmentées. Il n’est ni le premier ni le dernier à signaler le bal des hypocrites. Et pour rendre cela « spectaculaire », il nous transforme le train-train en un bon vieux gros mélo.

C’est le voyeurisme classique qui nous fait entrer de plain pied dans la vie d’une petite famille en Aquitaine. Ils sont à l’aise financièrement et bien entendu tout le monde s’ennuie.

Il y a du ressentiment diffus et un vague sentiment de culpabilité lié à des « affaires » passées.

Le père est un pharmacien qui a réussi. Il ne peut résister aux jolies jeunes femmes. C’est plus fort que lui, une sorte de DSK des campagnes, en plus discret.

C’est un personnage qui correspond au très truffaldien « Homme qui aimait les femmes (1977)». C’est à dire un homme qui aime l’amour multiforme et veut en profiter le plus possible et le plus intensément possible. Pour Chabrol, un homme qui couche à droite à gauche, c’est forcément un « sale porc ». C’est dit par Suzanne Flon qui incarne la grand-mère. Elle même a été confrontée à ce genre de situation.

Et pour achever de nous vilipender le personnage, il le fera s’égarer bien plus loin. Avec de telles pulsions à la base, il ne peut être qu’un mec qui tend vers l’abject. Ce mécréant dépassera fatalement les limites.

La thèse est claire. Une fois qu’on a écorné un tant soit peu la morale, qu’on ne se sent plus menacé par la justice divine, on ne peut que glisser dans le crime. C’est ce prêchi-prêcha para-chrétien qu’il fallait démontrer.

Voilà une différence essentielle entre le puissant souffle qui pousse les voiles du cinéma de Truffaut et le manque d’air flagrant qu’on perçoit chez Chabrol. Que ce dernier le fasse exprès ou non n’a guère d’importance. L’un croit en la liberté émancipatrice et l’autre en a une peur bleue. L’un ouvre les fenêtres et respire à pleins poumons, alors que l’autre s’enferme volontairement dans son confessionnal et jouit de sa contrition. Depuis Nietzsche et la Généalogie de la morale, on connaît bien la perversité de l’idéal ascétique du prêtre, avec ce malfaisant concept de péché.

On aurait pu espérer qu’il soit dans le registre de la dénonciation des petitesses provinciales, mais je crois plutôt que cet asphyxiophile est fasciné par ces ambiances confinées.

Il ne fait pas de doute que notre réalisateur croit fermement à la justice immanente. Il a déclaré, à propos de ce film d’ailleurs : les grands criminels finissent toujours par se punir eux-mêmes.

Et donc mon cher Claude, comment pourrais-tu nous faire rêver, si tout est écrit d’avance ? C’est ça ton problème.

En filigrane on trouve le thème de la culpabilité réelle face à la culpabilité ou non-culpabilité ressentie. Woody Allen, tout aussi préoccupé par ce thème, le traite beaucoup mieux, dans plusieurs de ses films.

Bernard Le Coq incarne à merveille ce français upper middle class. Cette image agaçante qu’il renvoie colle parfaitement avec cette typologie. Il est très bon dans ces premiers rôles de Français médiocres.

Accessoirement, nos compatriotes étaient très préoccupés par les ravages de l’alcoolisme mondain et donc on nous saoule encore en 2003 avec ça. Un peu vieillot comme rhétorique.

Nathalie Baye est une actrice prodigieuse. Elle est cette femme qui, après avoir bien éduqué ces enfants, aspire à une destinée plus large. Elle est sur le point de devenir Madame le Maire de cette bourgade. Elle s’investit énormément et sans trop sacrifier sa famille. Mais Bernard, qui a en plus le défaut de vouloir tout régenter, ne l’entend pas de cette oreille. Il conspire en secret.

Si vous êtes intéressé par les femmes de cet âge, c’est une comme cela qu’il vous faut. Dans le cas contraire, attention cependant à ce que vous dites ou pensez sur les femmes de plus de 50 ans. La police de la pensée n’est jamais très loin.

Benoît Magimel est également un acteur de qualité. Il lui suffit d’être là pour qu’on croit à son personnage. Avec cette apparente franchise et sa douce détermination, on le voudrait comme ami.

Suzanne Flon est évidemment hors concours. C’est une grande dame comme on dit et on la voudrait comme aïeule.

Dans le film Mélanie Doutey fricote avec Benoît Magimel. Cet amour « pur » est à la limite de l’inceste frère et sœur. En fait on ne sait pas trop. L’économie amoureuse circulaire, encore un trait qu’on prête à ce cercle de possibles dégénérés. A moins que cette endogamie de l’extrême, soit une préoccupation personnelle de Chabrol ?

Doutey n’est pas sans qualité, mais elle nous sert une fois de plus son sourire « spécial » et cela en devient vite crispant.

Un passé de Cinquante films fait de Chabrol un dangereux récidiviste. C’est indiscutablement une répétition aggravante.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fleur_du_mal

Nathalie Baye
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Bernard Le Coq
Mélanie Doutey

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