La Grande Bagarre de don Camillo 7/10

Ces films se montrent plaisants pour toutes les tranches d’âge. Et ils sont sans doute, dans une certaine limite, transpartisans. C’est pourquoi il est difficile d’élaborer des théories simples à leur sujet.

Il y règne un climat agréable, coquin, désarmant et somme toute gamin. Ce qui n’empêche d’y percevoir une profonde vibration qui vient des tréfonds de la comédie humaine. Il se passe quelque chose.

On trouve une pulsion profonde analogue, à des degrés divers, dans les Gendarmes de Saint-Tropez, les Asterix, les Charlot, les Tati… ou certains bons mots humoristiques. C’est plus sérieux que cela en a l’air. Un souffle essentiel, tempéré d’une générosité fondamentale, se mêle à nos rires ou à nos sourires. Et ce mélange déclenche une émotion subtile. Cela dit quelque chose de nous.

Essayer de disséquer ces œuvres, c’est prendre le risque de leur faire perdre une grande partie de leur douce et émouvante poésie.

  • Oui ces farces peuvent être qualifiées de poétiques, il ne faut pas oublier cette composante. Une aura campagnarde les parcourt. Mais il s’agit d’une transposition nostalgique. Un monde d’avant figé, où tout est à sa place, une rétro-projection sur un système éprouvé, qui n’a pas bougé pendant des siècles.
  • Oui ces images sont douces, presque enfantines parfois. Si on regarde de plus près, l’empathie clôt toutes les querelles. C’est le cœur qui l’emporte.

La paix vient d’en haut.

Soit qu’elle soit imposée par ce Jésus-voix-off, qui n’est autre qu’un surmoi commode.

Soit qu’elle découle des nouvelles règles morales dictées par Moscou. L’observance desquelles promet in fine un paradis inspiré de celui des chrétiens.

  • L’éden communiste se révélera dans un lendemain qui chante. Un horizon dont on ne connaît que la musique (internationale), mais qui se fait attendre, en raison des contraintes de l’expansion universaliste, des croches pieds réactionnaires et autres broutilles.
  • L’ éden des autres sera plus virtuel encore. Il est fixé pour le jour d’après le jugement dernier. Mais ce n’est pas gagné d’avance. A se demander si ce n’est pas lui aussi une carotte fixée sur un bâton.
  • Mais il ne faut pas mépriser ces grands principes.
  • C’est cette capacité à se fixer un but commun inatteignable qui est le propre de l’homme. C’est ce « don » qui lui a permis une aventure collective qui dépasse les limites du clan. Seul l’homo sapiens peut rassembler dans un même élan, des millions voire des milliards de personnes. Pour le meilleur et pour le pire.
  • Nos maux modernes viennent sans doute du fait que les idéaux communs sont en panne. Mais cela ne se fabrique pas aussi facilement que cela. Surtout que depuis Nietzsche, on prétend que dieu est mort et que les idéologies qui ont suivi ont fait tant de dégâts. Si vous vous avez des idées de substitution, surtout n’hésitez pas. Je ferai suivre.

Le premier ressort du Mondo Piccolo est tout entier contenu dans les bisbilles et querelles entre Don Camillo et Peppone. La droite contre la gauche. Et comme Giovannino Guareschi, l’auteur des livres camillo-pepponesques, a tangué entre les extrêmes, comme tant d’Italiens du siècle précédent, il peut donc y instiller une belle indulgence.

A chaque fois, le récit met en place, de manière très solide, à l’ancienne, un conflit et/ou un enjeu de taille. L’idée étant que la clocher démocrate-chrétien tente toujours d’avoir le dernier mot sur la mairie communiste et vice-versa.

Pour maintenir l’intérêt, il faut qu’à chaque épisode on gravisse une marche de plus, tout en restant crédible.

Ici Peppone aspire à être député alors qu’il n’a même pas le certificat d’études. Ce n’est pas totalement insensé. Le scénario se donne la peine de bien l’expliquer. On était rigoureux à l’époque.

A chaque étape, Don Camillo veut lui barrer la route. Et il a fort à faire. Jésus qui refuse de faire de la politique n’est pas d’un grand secours. Au contraire, il lui impose un certain fair-play qui limite son action. Il lui reste sa générosité propre.

Peppone a droit à des moyens illimités qui sont justifiés par ses fins. C’est un principe marxiste-léniniste assez basique. Les « camarades » ont quand même planqué un tank surarmé, pour faciliter le processus, au cas où, si la conviction des slogans ne suffit pas. Cela ne sera pas sans conséquences.

Mais notre premier citoyen est encombré d’un vieux fond superstitieux qui l’amène à composer avec la croyance dominante et à calmer ses ardeurs de justice sociale.

Pour augmenter ses chances de siéger à la Chambre, notre maire se laisse donc aller à brûler un immense cierge. Ce qui en théorie peut lui coûter cher. Mais dans la pratique, les pragmatiques caciques de son parti vont reconnaître que cela peut lui amener quelques voix supplémentaires. L’Italie vaut bien une messe !

  • Qu’il se méfie quand même, le pari de Pascal commence comme cela, avec ce on ne sait jamais. D’ailleurs, une fois élu, reconnaissant il remettra un cierge.

Le bonheur se cache dans le détail. Et là les dialogues sont pleins de fines surprises, de bons mots. Les acteurs, chacun dans son style, font des merveilles. On ne peut imaginer que d’autres prennent le relai. Cela ne peut être que Fernandel et Gino Cervi. Terence Hill dans le dernier remake, est hors jeu, et donc il fait autre chose.

Et bien entendu cette Grande Bagarre de don Camillo prépare la suite : Don Camillo Monseigneur.

Dommage qu’on ait un peu perdu cette façon de faire. Et que bon nombre de films soient devenus grinçants, hargneux et si individualistes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Bagarre_de_don_Camillo


Giovanni Guareschi

Léo Benvenuti
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