La lune de Jupiter (Jupiter holdja) (2017) 7/10

Ce film hongrois est avant tout un très bon film d’action.

Les scènes sont bien orchestrées et judicieuses, les enchaînements sont rapides, les poursuites sont prenantes. Il y a pas mal de rigueur et d’inventivité là dedans. Et on ne s’ennuie pas, à part quelques discrètes longueurs. Pas de quoi fouetter un chat, si l’on considère que c’est un film de 2 heures.

L’histoire démarre sur des immigrés clandestins qui se font prendre à la frontière. Il sont très brutalement chassés par des policiers. Les forces de l’ordre sont à bout et tirent dans le tas. C’est filmé de près et cela fait mouche. Merci à Kornél Mundruczó

Un jeune émigré syrien est touché à plusieurs reprises et il va mourir. Son corps s’envole. Ce qui pourrait correspondre à une vision métaphorique de la mort. Il n’en est rien. En fait, cet homme très sérieusement blessé, a juste acquis le don de lévitation. Il est en lui même troublé, mais pas plus que cela. Pour lui ce qui compte à présent, c’est de retrouver son père.

Selon la psychologie de chacun, le vol surnaturel du jeune immigré, sera considéré comme plus ou moins important. C’est cela le vrai talent de ce film.

Bien sûr, une telle possibilité est éminemment centrale et nous percute de plein fouet.

Mais rien n’empêche, une fois qu’on l’a intégré, de la mettre en second plan dans nos têtes et de nous consacrer au reste du propos.

C’est d’ailleurs ce que fait clairement le médecin corrompu du camp de réfugié. Lui, il ne va pas se casser pas la tête avec cela. Il est dans la panade et doit dédommager une famille où le fils est mort par sa faute médicale. Il a besoin de fond. Il ne s’embarrasse pas de philosophie. Il cherche juste à tirer de l’argent des capacités inédites du Syrien. Sans que cette posture nous paraisse forcément grotesque.

Mais on peut le voir aussi comme une fantaisie de réalisateur, qui possédant bien ses gammes, décide de jouer la réalité à l’envers. Un « truc » de virtuose destiné à moduler et enrichir un scénario qui sans cela serait trop simplement réaliste. Et c’est d’ailleurs étonnant comme le spectateur peut rester dans l’atmosphère de thriller classique, tout en mettant un peu de côté l’étrangeté de cette donnée.

Enfin pour d’autres, ce don sera porteur d’un message ou au moins d’interrogations.

Le médecin n’obtiendra pas l’absolution espérée, de la famille qui est en deuil par sa faute. Ses excuses sont sincères, mais aucune somme d’argent ne compense la perte d’un être cher. Il y a là une autre réalité que l’échange mercantile. Et il ne la voit pas.

Il ne verra pas non plus le mal profond qu’il fait à sa dévouée compagne, en ne lui prêtant ni l’attention, ni la considération, qu’elle mérite. Laquelle le dénoncera… certes à contrecœur. Toujours cet étrange juste milieu.

Et finalement, il se rendra compte que cet « ange » qui vole bel et bien, pourrait être annonciateur de quelque chose de grand… ou pas.

Le film ne cherche pas à nous tirer trop de larmes sur ces « pauvres clandestins ». Bien sûr, le simple fait de voir leur émouvante situation critique de près est déjà un parti pris qui leur est favorable. De même pour ce malade visité, où tout indique qu’il n’est qu’un de ces blancs bornés, ouvertement racistes et méprisants.

Mais on voit aussi que le côté « déferlante » de cette immigration et l’attentat terroriste qui l’accompagne, tirent les choses de l’autre côté. Là encore un numéro d’équilibriste qui nous ramène au centre.

Ce n’est pas juste un brûlot politique contre le régime répressif de Viktor Orbán. Eh bien non !

J’ose même dire qu’il est plus neutre et factuel que nos perroquets de la bien-pensance, s’empressent de répéter. Je parle là de ceux qui n’ont pas grand-chose dans la tête à part leur grilles de lecture simplistes et qui du haut de leur perchoir, se prennent pour des censeurs qualifiés.

Au total, c’est une expérience intéressante. Et ce qui ne gâche rien, c’est que film est bien mené et que les acteurs sont de qualité. Et il y a de l’habilité technique dans cette sustentation pas trop ostentatoire. Encore un bon point pour ce cinéma à contre-courant et somme toute, très européen.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Lune_de_Jupiter

Merab Ninidze
Zsombor Jéger
György Cserhalmi

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