La Poison (1951) 8/10 Guitry puant mais brillant

Sacha Guitry fait là un très bon film.

Ce qui ne l’empêche pas d’être une personne prétentieuse et imbuvable.

Il passe son temps à se mettre en scène, à se faire des câlins narcissiques devant la caméra, pour enjoliver ce qu’il pense être sa légende.

Là, il monte encore d’un cran avec ce générique, qui se voudrait poudré et parfumé façon ancien régime, mais qui s’avère puant.

  • On voit le Saint Patron se trimbaler parmi ses « gens » – les acteurs de ce film – Il les récompensent de leur participation, en mettant dans le bec un petit sucre à chacun. C’est fait sous la forme assez désuète d’un bon mot personnalisé.
  • En contrepartie, nos dociles manants, visiblement émus par tant de générosité, se fendent d’un compliment retour au « Maître ». Il l’encense vraiment avec ce mot servile là.
  • Je n’ai jamais vu une scène pareille de toute ma petite vie d’obscur critique cinéma ! Et finalement avec le recul du temps, c’est devenu plutôt rigolo et inoffensif.

Michel Simon nous joue un petit horticulteur qui en a vraiment plus qu’assez de sa femme. On peut le comprendre. Elle boit trois litres de vin tous les jours et roule sous la table. Elle est horrible, obèse et méchante.

Comment s’en débarrasser ? Tout tourne autour de cette question. Il cherche des conseils chez ses voisins du village. Même le curé est démuni.

Une émission radio fêtes les 100 acquittements d’un avocat « Acquittator » de l’époque. Il ne perd jamais et s’est spécialisé dans la défense d’avérés criminels.

Ce qui finit par poser un problème éthique. Ces collègues et confrères de la justice pensent qu’il va finir par encourager le crime en innocentant de vrais meurtriers.

Michel Simon en effet y voit une aubaine. En bon paysan madré il va sonder l’avocat. Il fait comme s’il avait déjà tué sa femme, l’histoire de voir si ce qu’il envisageait était judicieux et s’il ne pouvait pas mieux faire. L’avocat se laisse berner et finit par suggérer les bonnes solutions, sans le vouloir.

Fort de cela, Michel Simon part tuer sa répugnante épouse. Cela tombe bien car elle même projetait de l’empoisonner à la mort au rat.

Apprenant cela, l’avocat se sent berné. Mais l’autre lui fait comprendre qu’il le tient finalement. En lui donnant les clefs du succès de sa funeste entreprise, il est pour ainsi dire un complice. Il est aussi soumis à l’hostilité de l’appareil judiciaire, qui croit aussi à la thèse d’une possible incitation au crime. Tout cela se tient. Il se calme et prend officiellement sa défense. Il n’a pas le choix.

Le procès montre une complète émancipation de Michel Simon, qui se joue des difficultés, en fait tant et plus. Il déborde son défenseur sur tous les plans. On peut dire qu’il assure brillamment sa défense. Il affirme que ce cadre l’a rendu plus intelligent. On le croit.

Il finit par faire valoir l’autodéfense et de la non-préméditation ; avec cette mise en scène d’un bris de soupière, cet arsenic bien réel etc. Ça c’est du classique, en phase avec les arguments de l’avocat.

Il renâcle sur l’avantage qu’il aurait pu tirer du fait qu’il aurait pu être cocu. Sachant que cet amant été forgé de toute pièce. Il se veut en cela défenseur de tous les maris accablés par une femme monstrueuse. Il revendique le droit de s’en débarrasser. Il faut passer une photo de l’affreuse défunte. Il a son honneur, quoi ! Ce développement en contre-pied est assez rigolo en soi.

  • Mais cette bravade ne va pas faire rigoler les pourchasseuses de féminicides, comme on dit maintenant. L’hominicide n’est pas à l’ordre du jour, ces messieurs devront se contenter du cadre neutre de l’homicide.

Il pousse le bouchon encore plus loin, et là on sent la plume du « maître ». Il aurait simplement puni la coupable d’un imminent empoisonnement, et ce en faisant de la justice préventive. Selon sa thèse, il serait pour le moins critiquable qu’on ne coupe la tête de ces dangereuses personnes qu’après leur méfait. Lui l’a tué avant et ce faisant il a au moins sauvé une vie, la sienne. C’est audacieux !

Les villageois l’acclament, non pas par respect pour sa personne ou sa cause, mais parce qu’il apporte cette notoriété dont avait tant besoin le petit commerce.

On peut reconnaître que ce scénario paradoxal est habile et plaisant. C’est une sorte de jeu d’esprit, conçu par un brillant esprit et mis en forme par des artistes de premiers plans. Ces « anciens » étaient vraiment de grandes pointures.

Ces constructions humoristiques ambitieuses, au cinéma, nous manquent cruellement. A quand, simplement, un remake intelligent ?

  • Cette période d’après guerre montrait des rapports sociaux bien différents. Certaines mauvaises habitudes ont bien heureusement disparu. Mais dans cette ambiance respecteuse, face au savoir et aux autorités, tout n’était pas à jeter.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Poison

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