La Poursuite infernale. Lucky Luke. John Ford. Henry Fonda, Linda Darnell, Victor Mature. 6.5/10

Le titre US My « Darling Clementine » est plus intéressant que ce tapageur « La Poursuite infernale ». Même si cette pauvre Clémentine n’est pas au centre du jeu. Reste la chanson.

On doit ce western classique de 1946 à John Ford. Il a commis quelques grands opus de ce genre. Mais ce fut un grand réalisateur aux choix plus diversifiés qu’on ne le pense. Heureusement !

Rite irlandais ancien et accepté.

Il n’est pas étonnant que de nombreux critiques et un large public apprécient tant cette Poursuite infernale, qui continue le filon cowboy de sa Chevauchée fantastique de 1939 et qui précède, par exemple, Le Massacre de Fort Apache, le Convoi des braves et Rio Grande.

Ce film respecte en effet tous les critères de régularité dans l’accomplissement du rite cinématographique Western. Rite puissant qu’il a contribué à créer.

Aucune surprise, tout se passe donc comme prévu. On aura juste des variations cosmétiques dans le traitement de ce thème en béton lourdement armé. Des petites exceptions bien placées qui confirmeront la règle.

Bien entendu, quand j’écris cela, il n’y aucun mépris de ma part, car je comprends parfaitement cet enthousiasme.

  • J’ai connu des gens très cultivés et pas bêtes du tout qui n’auraient loupé un bon western pour rien au monde. Et ma foi, en partageant ces visionnages avec eux, on se laisserait presque embarquer. Respect !

On retrouve les mêmes canons de la répétition sur un thème, que dans la culture classique.

  • Les peintres de la Renaissance étaient coutumiers de cet art de traiter le même sujet. On pense bien sûr au martyr de Saint Sébastien et aux nombreux tableaux qui le dépeignent. Et je ne parle même pas des différents épisodes de la vie et de la mort de Jésus, traités tant de fois, dans toutes les positions.
  • Le théâtre et l’opéra sont aussi des carrières à ciel ouvert, à la disposition de tout en chacun. Confer les avatars de Don Juan, Figaro et de bien d’autres figures emblématiques.
  • Ici, la base serait Règlements de comptes à OK Corral. Il y a bien les redoutables Earp dans les différents long-métrages. Et ces bonshommes ont vraiment existé. Mais franchement on peut s’abstenir de faire des recherches en paternité. Surtout avec comme référence, un film de John Sturges de 1957 et donc postérieur à celui qui nous occupe. Le thème est bien plus ancien que cela. Nuit des temps ?

OK pour la tolérance. Mais cependant, en ce qui me concerne, je ne suis pas tenté de voir et revoir encore et encore le même scénario.

  • Surtout si comme ici, le propos central est basé sur l’idéologie d’un héroïsme sans borne, de la satisfaction par la vengeance, de la flatterie des instincts, du duel en forme de jugement de dieu, de l’indignation du charbonnier (la foi ?), de la possible rédemption et de la surdétermination des rôles (Frêle féminité très circonscrite, masculinité ultra-combative, méchants toujours punis d’un côté et gentils toujours récompensés de l’autre…)

Bien sûr ce n’est pas ici un ignoble Western spaghetti – quoique Le Bon, la Brute et le Truand et Il était une fois dans l’Ouest méritent d’être sauvés – et donc tout n’est pas à jeter.

Ainsi j’ai noté dans ce travail de John Ford, une belle prise de vue, un noir et blanc de qualité et des acteurs de premier plan qui font très bien le job. On pourrait facilement se laisser prendre, si le film n’était pas si long par moments.

Dans les premiers rôles, on note des pointures :

  • Henry Fonda a 41 ans alors mais qui parait assez jeunot, vu sa frêle silhouette. Cette figure mythologique a traversé le cinéma américain en incarnant le plus souvent la droiture et la justice. Il fait donc dans cette même lancée. Il ne figure pas pourtant au Panthéon des artistes fixes et récurrents représentés dans Lucky Luke comme par exemple Lee Van Cleef, Jack Palance, John Carradine
  • Linda Darnell a 23 ans, mais en paraît plus avec sa belle maturité. Il y a d’ailleurs un micmac sur sa vraie date de naissance chez cette « Fox Girls ». Elle est chargée de faire la « brune », c’est à dire l’affranchie délurée, qui en a vu pas mal déjà. Elle s’appelle Chihuahua mais ce n’est pas une chienne (hum). Pourtant elle aurait été mal aimée par l’ensemble de l’équipe, à part Mature. Trop latina ?
  • Victor Mature, a 33 ans. Son physique caractérisé ne semble jamais changer, et ce tout au long de sa carrière. Il nous fait un Doc Holliday alcoolique qui cherche la rédemption et qui la trouvera en partie seulement. Je ne l’ai pas retrouvé comme personnage caricaturé dans un album de Lucky Luke. Étonnant, car il a une « gueule » et que MorrisRené Goscinny ne se sont pas gêné pour copier les titres ou les intrigues des films de John Ford !
  • Cathy Downs, n’a que 22 ans et cela se sent. C’est elle la darling Clementine éponyme. Il s’agit d’une « blonde » caractérisée ; attention dans l’esprit, pas à la lettre. C’est donc une « blanche » bon teint, qui ne pourrait s’écarter du bon chemin. Et franchement on peut lui préférer la vraie brune, plus sulfureuse et plus vivante. Que Cathy soit née le même jour que moi (3 mars) et la même année que feu mon père (1926) ne m’oblige pas à l’indulgence.

Les seconds rôles ne sont pas en reste. Un vieux paternel intransigeant domine son clan de fourbes. Il est incarné par Walter Brennan, dont on ose à peine donner son année de naissance : 1894 ! Et pour Russell Simpson c’est 1880 ! Plusieurs autres sont issus du muet, discipline dans laquelle a excellé le vieux Ford, lui même sorti de l’œuf en 1894.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Poursuite_infernale_(film,_1946)

https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Ford

https://fr.wikipedia.org/wiki/Linda_Darnell

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Raisins_de_la_col%C3%A8re_(film)

https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9bastien_(martyr)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Western_spaghetti

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8glements_de_comptes_%C3%A0_O.K._Corral

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lee_Van_Cleef

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucky_Luke

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