La Route des Indes – Film avis résumé. David Lean, Judy Davis, James Fox, Peggy Ashcroft, Victor Banerjee 8/10

C’est un récit qu’on peut résumer très rapidement, mais qui tient en haleine pendant presque trois heures de temps.

A quoi tient ce petit miracle ?

C’est tout l’art et la manière de ce merveilleux raconteur d’histoire qu’est David Lean. Il suffit de citer quelques uns de ses films pour avoir une idée : Oliver Twist, Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie, Le Docteur Jivago.

A chaque fois le réalisateur a su insuffler du calme, de la psychologie et pas mal de nuances. Les caractères sont au centre. Et il est bien inutile de leur faire subir de trop nombreuses péripéties. Comme dans la vraie vie, un ou deux revers suffisent à modifier définitivement leur parcours. Mais on peut avoir une seconde chance. C’est cela la leçon.

***

Une jeune femme, idéaliste et moderne, va rejoindre aux Indes celui à qui elle est destinée. On est encore au temps des colonies – juste avant la chute – Mais ses rêves de voyageuse vont être malmenés. C’est Judy Davis qui s’y colle. Et malgré le doublage en français, et grâce à ses expressions pleines de sens et son texte concis, elle fait passer toute l’amplitude de son intéressant personnage.

  • Une belle palette dans le visage de cette Australienne. Dommage qu’on ne l’ait pas vue plus souvent au cinéma.

Elle tombe de haut en voyant le replis identitaire des Anglais. Ils sont murés dans leurs palais et leurs clubs et n’acceptent pas de fréquenter ceux qu’ils considèrent clairement comme des races inférieures. Il y a du mépris, mais il n’y a pas de haine à proprement parler. Les jeux sont faits. C’est une résignation de classe. Pour eux les gens du pays sont infréquentables, immuables, et ne partagent pas les mêmes valeurs. Point.

Elle, qui veut découvrir les trésors du pays, défie les codes et fréquente quand même quelques « spécimens ». Il y a là un Dr Aziz H. Ahmed autochtone (Victor Banerjee), sur lequel est tombée par hasard la lucide Mme Moore, une vieille qui l’a accompagnée dans son voyage et qui est jouée divinement par Peggy Ashcroft. C’est la mère de son futur époux (Nigel Havers).

Nigel, le promis en question, est un carriériste ordinaire. Beau garçon et décidé, il occupe une importante fonction de juge malgré son jeune âge. Il accepte toutes les conventions de la british society expatriée. Question de survie collective et personnelle. Il n’est pas foncièrement antipathique, mais le devient quand il s’oppose aux explorations ethniques de sa belle.

Il y aussi un vieux sage religieux joué par un Alec Guinness tout grimé. Un caractère assez énigmatique et qui ne se mêle pas trop de la vie ordinaire, ni même des grands tracas des vivants, tant il pense que les choses sont prédéterminées. Le grand acteur ne réalise pas ici un jeu totalement crédible.

James Fox incarne avec talent un intellectuel intelligent et qui est le seul vieux résident qui ne tombe pas dans le racisme ordinaire de sa caste. Du coup il est plus ou moins toléré par les deux bords. Les blancs supportent mal ce qu’ils considèrent comme une trahison d’un des leurs. Les Indiens n’en font pas pour autant un copain à part entière.

La jeune femme finit par montrer quelques ambiguïtés. Bien que de tempérament ouvert, elle a des revirements, quand elle est confrontée à la rudesse du pays. Elle est troublée également par la statuaire érotique de type Khajuraho. Chamboulée, elle part se réfugier dans les bras de son futur, malgré leurs divergences.

Une expédition touristique est menée à l’initiative du docteur. Mais les chaperons arrivent en retard au train et ne seront pas de la partie.

Un épisode critique survient alors dans le noir d’une grotte étriquée. Après avoir pris un coup de chaleur, elle se pense agressée. Sans trop réfléchir, elle privilégie l’hypothèse raciste et sexuelle. C’est le Docteur qui a du faire cela.

Cette idée s’impose à elle, en tout cas dans un premier temps.

Le mal est fait. Le Docteur va se retrouver exposé à la vindicte des blancs, pour qui un « sale » basané ne peut être que le coupable, compte tenu de sa bestialité ontologique (attirance raciale de l’homme de couleur pour la femme blanche).

Le scénario tourne alors dans un film de procès, dont sont si friands les anglo-saxons. Les plaidoiries méritent le coup d’oeil. En toile de fond, il y a des risques de soulèvement populaire. Les Indiens prennent ostensiblement et bruyamment le parti de leur « frère ».

Un sursaut de la belle meurtrie fera qu’elle abandonnera ses accusations. Mais le doux Dr Aziz, qui fut proche d’elle, et surtout de Mme Moore, se radicalisera. Il deviendra haineux et rancunier envers tous les blancs, après le déballage qu’il a enduré. Il s’opposera même à celui qui fut très proche, le compréhensif James Fox.

Les années vont passer. Les rancœurs persisteront un long moment. Les lettres de James à Aziz resteront sans réponse. Un jour pourtant, le bon James, à présent marié, reviendra le voir. Quelques points seront clarifiés. Il y a aura une réconciliation mais rien de plus. Le film se terminera par des points de suspension, comme si souvent dans la vraie vie.

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On voit qu’à nouveau, mine de rien, David Lean s’est attaqué, par un angle humain, à un grand sujet, la fin prévisible du système de la colonisation mais aussi la surdétermination des êtres selon leur milieu.

Cette approche a le mérite de rendre certains enjeux plus sensibles et donc plus acceptables. Mais bien entendu, ce n’est pas une thèse/antithèse complète et le point de vue « romantique » reste assez occidental. Comme il est dit dans le long métrage  » nous sommes horriblement anglais « . Et puis même si  » L’Inde oblige à se retrouver face à soi-même « , elle tend plus à renforcer le trait qu’à des changements.

Un très bon travail, appuyé par une prise de vue remarquable pour l’époque. Ce continent en soi (le sous continent indien comme on dit) est montré comme il faut. Ce sont de grands espaces, fleuves et montagnes qui s’imposent et font relativiser les enjeux humains et leurs bisbilles.

L’ensemble, vu de nos jours, mériterait un 7/10, mais un certain souffle le parcourt et me contraint à pousser au 8/10 à ce travail de 1984.

ps: je ne peux m’empêcher de penser à Indian Summers. Série d’excellent niveau, où l’on montre des rapports ethniques encore plus crus, mais avec la subtilité qu’il faut. La psychologie est ici aussi au premier plan, avec une romance encore plus charnelle et vibrante. Question d’époque !

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Route_des_Indes_(film)

La Route des Indes – Film avis résumé. David Lean, Judy Davis, James Fox, Peggy Ashcroft, Victor Banerjee 8/10
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