La vie à l’envers (1964) 4/10 Alain Jessua, dangereux psychiatre amateur

Le film Les Chiens de 1979 m’a donné l’occasion de casser du sucre sur un réalisateur justement oublié, Alain Jessua.

Ce long métrage La vie à l’envers a un peu plus la côte auprès des critiques. Pourtant il n’est pas bien meilleur.

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De plus le réalisateur est à nouveau au four et au moulin. Il compose le scénario et il l’exécute derrière la caméra. Même les plus grands évitent cela.

On retrouve la tendance du cinéaste à traiter de choses qu’il ne maîtrise pas vraiment. Ici il pourrait s’agir de la folie, mais plutôt de l’image conformiste qu’il s’en fait. Pour lui, pour résumer, ce pourrait être une dérive salutaire de la norme. Avec cet a priori, on est en plein dans une tendance antipsychiatrique de l’époque.

Charles Denner est en couple avec Anna Gaylor. Il a un boulot et semble inséré. Sa compagne se prète à des photos de mode. Elle n’est pourtant pas si terrible que cela.

L’acteur mène une vie ordinaire. Il va dériver par petites étapes sur un mode existentialiste. Il est pris d’étrangeté. Il se surprend à lancer une phrase insignifiante pour lui et très signifiante pour les autres : « je veux t’épouser ».

Anna qui est bien terrienne, voir midinette, fond en larme, c’est le rêve de sa vie. Le mariage a lieu. Mais Denner zappe le repas de noces et laisse en plan leurs invités. On pourrait penser à une simple rebellitude. Qui n’a pas eu envie de se dispenser de telles formalités ?

Suite à cela, la femme de son patron est furax. Jean Yanne, le mari, est chargé de le lourder.

A partir de là, le glissement s’accentue. Anna finit par le lâcher. Il fait le vide dans son appartement et campe au milieu. Il est capable de faire disparaître les autres de son champ de vision.

Il s’isole de plus en plus et apparaît nettement asocial, mais sans agressivité. Il semble au contraire avoir trouvé la sagesse. Il a le secret, il nous en fait part : « Passer de l’autre côté. Être seul ». Ce n’est pas le Sartre de l’enfer c’est les autres qui dira le contraire.

  • C’est d’ailleurs en cela que le film est pervers. Soit il s’agit d’un charmant éveil philosophique, soit d’un grinçant tournant schizophrénique. Pas les deux à la fois.
  • La psychiatrie ne soigne pas des illuminés mais des hallucinés. Il n’y a que dans les films qu’on commet cette gourance.

La dépersonnalisation, le délitement de l’être, la perte de signification, ne sont pas juste des joujoux sartriens, mais le plus souvent d’alarmants symptômes.

Dans ce film tout le monde s’ennuie et nous on s’ennuie.

Ces thèses absurdes qui faisaient frétiller la critique, ont heureusement moins d’écho aujourd’hui.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_%C3%A0_l%27envers_(film,_1964)

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