L’Aigle s’est envolé (The Eagle Has Landed) (1976) 7/10

Vous noterez l’inversion dans le titre. En français l’aigle monte au ciel et en anglais il atterrit.

L’Aigle en question, c’est une mission conçue par Himmler, vers la fin de la guerre. Pensant qu’il valait mieux tenter de négocier que de perdre une guerre totale, il a envisagé de kidnapper Winston Churchill pour être en position de force. C’est évidemment loufoque et hyper risqué. Mais cette hypothèse cinématographique est basée sur un brin de réalité. Ce haut dignitaire a en effet envisagé de déposer le dictateur, pour prendre sa place, afin de tenter d’aménager la fin de la guerre, mais pas comme cela bien sûr. Il entamera des négociations secrètes. Une fois l’affaire éventée, il sera déchu pour cela.

Et vous souvenez que Rudolf Hess, dans son expédition en Grande-Bretagne, avait fait également quelque chose d’insensé, de l’ordre de cette expédition aérienne là.

La mission n’est bien entendu pas chapeautée par Hitler. Et pourtant Himmler, tout en prenant des précautions pour se protéger lui-même, forgera une fausse lettre d’accréditation avec sa signature.

Ce personnage est magnifiquement interprété par l’excellent et troublant Donald Pleasence. Il a ce qu’il faut de perversité, de fausse douceur, d’autorité cassante, de mystique pour coller au personnage.

Il s’appuiera sur Robert Duvall, très efficace dans son rôle d’officier supérieur chargé d’organiser l’équipée depuis Berlin. Il sera le fusible susceptible de sauter à la place d’Himmler si les choses tournent mal.

Concrètement, les Allemands savent que Churchill vient se reposer à l’est de l’Angleterre dans un petit village près du littoral et qu’il est peu protégé. Pourquoi ne pas envisager un commando qui le piégerait et l’amènerait en bateau rapide dans le Reich ?

Le film est assez malin pour jouer de l’incrédulité du spectateur, en la faisant partager par les protagonistes.

Pour réussir une telle équipée, il faut des hommes aguerris, qui n’ont peur de rien, dévoués à la cause, dont la plupart parlent anglais et savent se faufiler sans trop se faire remarquer. L’astuce est de les transformer en soldats polonais alliés, une fois qu’ils auront rejoints le point de ralliement outre-Manche. La question de la langue ne se posera plus pour les subalternes. Et ils seront libres de manœuvrer même avec leurs armes.

Michael Caine sera le chef de la bande. Son autorité naturelle et sa capacité de conduire ses hommes vraiment là où il veut, est un grand atout.

Mais comme on ne peut pas écorner l’image du grand acteur, on en fait un rebelle, voire un officier antinazi. Il défendra une pauvre juive raflée et cela lui vaudra d’être un condamné à mort en sursis.

Intelligent et se débrouillant parfaitement bien dans la langue autochtone, il est indispensable. Seul lui peut mener à bien ce qui est une opération extrêmement risquée. On tiendra plus compte de ses talents que de sa fidélité à Hitler.

Là il y a quand même un paradoxe. Cette sorte de résistant masqué ira quand même jusqu’au bout de sa mission. Il en fera même plus que ce qu’on lui demande. Fanatisme de soldat ou pirouette cinématographique ?

Il sera secondé par un civil irlandais, qui en veut aux Anglais, Donald Sutherland. Une sorte d’électron libre talentueux qui se mêlera à la population. Il peut compter sur une fausse Anglaise, une Boer pro-allemand, la troublante Jean Marsh. Elle aussi un contentieux avec l’UK. Elle cache bien son jeu d’intriguante germanophile. Il sera aussi l’occasion d’aérer le scénario en introduisant une petite romance avec Jenny Agutter. Une poulette qui sera séduite et qui se retrouvera avec un gros dilemme sur les bras.

Je ne vais pas détailler tous les rôles masculins. Ils sont nombreux et se révèlent tous bien dans leurs bottes. Juste un petit clin d’œil pour Larry Hagman, JR de Dallas, qui nous fait un officier américain un peu stupide et borné. Les femmes se débrouillent bien aussi.

Suite à une bévue, les villageois voient qu’un soldat « polonais » a sous leur premier uniforme, un attirail qui le désigne clairement comme un militaire allemand. C’est d’ailleurs une « fantaisie » de Caine qui a demandé à ce qu’on respecte le code de la guerre. Il s’agit si de besoin de mourir sous l’uniforme chéri, en soldat et pas comme un vulgaire espion. Je vous avais dit que Caine tend à jouer sur les deux tableaux. Anti-nazi et pro-Wermarcht. L’Histoire vue par certains, voudrait que ces deux compartiments soient étanches, mais la réalité objective montre pas mal de porosité.

Dans la deuxième partie, le long-métrage devient un classique film de guerre ou plutôt de guérilla. Et donc cela tire dans tous les coins. On n’a pas trop de mal à s’identifier aux « valeureux » éléments de la Wehrmacht qui tuent nos alliés, ce qui est un comble, convenez-en !

La pirouette finale est assez habile. Puisqu’on se demande alors si le film est une uchronie (récit d’évènements fictifs à partir d’un point de départ historique) ou si l’on va avoir une autre surprise…

John Sturges est à l’aise avec le grand spectacle. Le réalisateur a un beau palmarès dans le récit épique : Fort Bravo, Règlements de comptes à OK Corral, Les Sept Mercenaires, La Grande Évasion…

Le film trimballe quand même pas mal de poncifs, mais le récit est vif et percutant. On n’a pas trop de mal à visionner les 135 minutes jusqu’à la fin. Pour un film de guerre de plus de 45 ans, c’est un exploit. La croix du Mérite de guerre allemande ou La croix du Mérite de guerre anglaise ? A vous de juger.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27aigle_s%27est_envol%C3%A9

Michael Caine
Donald Sutherland
Robert Duvall

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