Le Dernier Témoin (Der letzte Zeuge) (1960) 7.5/10

Dire que les meilleurs films allemands sont très travaillés et bien ordonnés, pourrait tenir du cliché. Pourtant ce côté ultra-méthodique, qu’on prète à ce peuple discipliné, n’est pas un mal en soi. Surtout s’il est exploité avec une certaine latitude par ces bons réalisateurs, qui sont aussi des artistes.

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Et les comédiens ne sont pas de reste. Le jeu est clair et ferme, tout en permettant là aussi une dose raisonnable de subtilité (*)

Et l’on ne va se plaindre de ce qui donne au final un ton personnel et assez original, dans le concert européen. Je ne sais pas pourquoi leur professionnalisme à tous est si peu reconnu en dehors de leurs frontières.

Ce polar juridique en noir et blanc des années 60 est une petite perle. La recherche de la vérité y est fluide, imprévisible et pourtant implacable. Du bon cinéma de prétoire qui se permet même de mettre en cause certaines failles du système judiciaire allemand de l’époque. Rassurez-vous cela reste accessoire dans la démonstration.

– – –

L’affaire est simple a priori. Une jeune femme rentre chez elle, après une courte séance de gym. Elle retrouve son nourrisson étranglé dans son berceau, par une de ses ceintures. Toutes les issues, fenêtres comprises, sont fermées. Cette célibataire est perdue. Comme elle a eu de multiples amants, elle ne sait plus trop auquel se confier.

– Elle va contacter l’amant principal, un industriel riche qui l’entretient. C’est le père de l’enfant, un homme marié qui vit à distance et qui a parfaitement dissimulé sa liaison à son entourage. Cet homme mûr l’enjoint d’appeler la police. Il envoie même son avocat.

A noter que pour la garder comme maîtresse, il lui a fait implicitement une promesse de divorce et de remariage. Mais pour des raisons patrimoniales, il ne peut absolument pas se séparer de sa femme qui est la vraie détentrice des fonds.

– Elle appelle au secours également un jeune médecin avec lequel elle continue à entretenir une relation. Il est plus fringant et plus désirable. Il la rejoint sur place. Cet idéaliste ne se doute pas qu’elle va à droite et à gauche.

La police se fait rapidement une conviction. Cela ne peut être qu’elle la coupable. Tout était fermé et seule elle et l’homme riche ont la clé. Le vieux était dans une autre ville et son alibi est béton.

D’après la gérante de la salle de sport, elle portait la ceinture en question avant son retour chez elle. Ce qui fait que seule elle peut l’avoir utilisé. Cela semble imparable.

Elle a aussi un mobile pour avoir voulu se débarrasser de l’enfant. Le médecin n’en voulait pas, c’était une obstacle à une possible union. Le praticien était le dernier recours puisqu’elle commençait à comprendre que le vieux n’allait pas officialiser.

Et comme on peut la considérer comme une femme de « mauvaise vie », elle ne semble pas embarrassée par la morale en général. Bien qu’elle soit la mère, elle serait donc capable du pire.

D’ailleurs, le film ne nous la montre pas spécialement troublée par la disparition. Bien sûr, quand elle crie son innocence, elle rajoute avec une certaine conviction qu’elle est la mère quand même. Et donc qu’une mère ne tue pas son enfant. Mais cela sonne bizarrement.

  • Là je fais une courte parenthèse : je n’ai pas réussi à comprendre s’il s’agissait d’un jeu mezzo voce d’actrice dont l’indifférence à pas variable pourrait nous troubler, ou si simplement son rôle n’avait pas été si fouillé que cela.

L’enquête à charge se poursuit. Le médecin est mis hors de cause. Il ne reste plus que la mère indigne maintenant. Et le spectateur est bien en mal de dire qu’elle est innocente. A part le fait que dans ce genre cinématographique, il est de règle que le « coupable idéal » ne le soit pas tant que cela.

On a beau chercher, on ne voit pas comment la sauver. Mais le film n’est pas monolithique. Il désigne implicitement d’autres pistes, juste ce qu’il faut, en se gardant bien d’apporter des éléments probants.

Elle aura droit à un procès d’assise. Un morceau de bravoure qui repose sur un avocat talentueux, un procureur tenace et un juge principal intelligent. L’avocat va-t-il réussir à relativiser les charges contre elle et à mettre en cause la pertinence de l’enquête de police ? Toute la question est là. On peut se dire qu’au mieux, elle pourrait bénéficier du doute. Mais tout l’accable . Où se trouve le doute raisonnable dans une si solide accusation ?

Se peut-il qu’il y ait un salutaire deus ex machina ? Il y a-t-il une clef dans ce titre « Le Dernier Témoin » ?

Bien entendu, je ne vais pas vous le dire.

  • (*) Comédiens notables et réalisateur :
  • Ellen Schwiers (26 ans dans le scénario, 30 en en vrai et 88 ans maintenant) est une actrice originaire de Poméranie (Pologne actuelle) – Pour nombre d’Allemands, cette blonde représente une très jolie femme. Mais avec ses mimiques dans le film et sa mâchoire carnassière, je suis plus réservé. Elle joue la fermière pas farouche, en tout cas pour Fernandel, dans La Vache et le Prisonnier. Elle sera remplacée par Marguerite.
  • Martin Held, 52 ans dans le film, est un bon acteur avec pas mal de cartes dans son jeu. Il peut donc interpréter ce rôle polysémique habilement.
  • Hanns Lothar, 31 ans à l’époque, nous fait un jeune avocat avisé et talentueux, qui sait prendre des risques. On s’y croirait. Du bon boulot.
  • Le réalisateur Wolfgang Staudte s’était déjà illustré un an avant avec Des roses pour le procureur (Rosen für den Staatsanwalt) un film intelligent et précis que j’ai beaucoup apprécié. Et encore une histoire de prétoire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_T%C3%A9moin_(film,_1960)

Martin Held
Hanns Lothar
Ellen Schwiers

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