Le Fanfaron (1962) 8.5/10 Risi, Gassman, Trintignant, en voiture !

Dino Risi et son équipe, dont Ettore Scola, réalisent là un des plus grands films du cinéma mondial.

Ce road-movie inattendu montre un équilibre remarquable.

  • La prise de vue et le montage montrent une qualité exceptionnelle.
  • Ils nous font ressentir cette langueur de Rome, désertée au moins d’août.
  • Ils nous rafraîchissent sur ces plages bien vivantes où l’on diffuse la musique yé-yé de l’époque.
  • Et ils nous emportent grâce à ces dangereuses courses sans limitations de vitesse.
  • Ils nous tranquillisent avec cette paisible campagne italienne.

Ça c’est pour le cadre.

Mais ce qui compte le plus ici, ce sont les êtres et leur psychologie. Les acteurs sont bouleversants.

Jean-Louis Trintignant est un étudiant en droit, timide et introverti. Il révise pour la session de septembre. Il voit encore le monde à travers le filtre, que lui a donné son éducation. Il est incapable de réelles initiatives. Il se dit « bloqué ». Mais en fait, il est comme nous tous, des velléitaires tempérés par l’introspection, le romantisme, la naïveté et la prudence.

Survient Vittorio Gassman dans son bolide. Il voudrait téléphoner mais tout est fermé. Trintignant regarde son manège depuis la fenêtre. Il est sollicité par ce charmeur et n’ose pas refuser.

Le demi-dieu descendu sur terre daigne s’intéresser au triste sort de l’étudiant. Il l’emporte avec lui, malgré ses multiples réticences. Hypomane, il le noie dans sa logorrhée. Et au-delà de cela, il lui montre un autre chemin. Celui qui ose se lancer à fond dans la course, arrive à voir plus clairement ce qui se trame. « Et si cela se trouve, c’est vrai que je faisais fausse route » se dit Jean-Louis. Piégé ou libéré ?

Son guide infernal, lui montre le dessous des cartes. En une heure le jeune en sait plus désormais sur la famille de son oncle, que lui-même en des décennies. « les souvenirs déformés de son enfance » pense à haute voix Jean-Louis.

Pour l’amour c’est pareil. Vittorio le batifoleur le fait redescendre sur terre. Il lui montre par l’exemple, comment être plus tenace, plus efficace. Il rigole quand le « gamin » lui parle de mariage et de grands sentiments, alors que pour lui, il faut juste passer à l’acte.

Le beau et majestueux Vittorio, brûle d’amour à chaque fois et les femmes le sentent bien. Il y a quelques scènes torrides, mais tellement vraies. On n’est pas ici chez les prudes. Certains regards de femme dans le film sont gravés dans ma tête à jamais.

Mais Vittorio a une face sombre. Il vit de combines, au jour le jour. Il triche en permanence. Il n’a plus le choix. Il est dans la dérision et le mépris. Il cherche à tout casser, ce qu’il ne comprend pas. Au fond il est déjà un peu aigri et méchant.

Il se fiche des convenances et des conventions ; mais l’establishment lui rend coup pour coup. Il est grillé un peu partout.

Pourtant il affiche toujours son sourire éclatant. C’est du à son caractère glorieux, mais c’est aussi une façade de petit escroc. Il roule dans un cabriolet haut de gamme, une Lancia Aurelia, mais il n’a pas de quoi payer l’essence.

C’est quand même un être d’exception, cela se voit. Au début des rencontres, tout le monde l’aime. Il le sait. Mais c’est aussi un gaillard pas sérieux qui sème le désordre, partout où il passe. Il ne peut pas se contenter de vivre petit, mais il n’a plus les moyens de viser haut.

Avec ses élans de fausse grandeur, il sait capter l’attention des humbles. Lesquels sont flattés qu’un tel homme s’intéresse à eux.

Mais il arrive aussi composer, quand cela devient absolument nécessaire ; quand par exemple on vient lui demander des comptes.

Le grand Vittorio a été incapable de se résoudre à une vie de famille classique. Sa femme, manifestement classieuse, a du le mettre à la porte. Il n’a pas vu sa fille depuis trois ans. Il arrive saoul chez elles et les problèmes recommencent.

Pourtant il renoue avec sa fille. Il lui pardonne même d’être avec un vieux riche, qui veut l’épouser. Il empoche une belle somme en jouant au ping-pong avec le futur mari.

Les belles femmes de la plage le reluquent toujours. Il a des ouvertures. La vie est belle.

De son côté, Jean-Louis a osé essayer de téléphoner à une voisine qu’il convoitait en silence. Il est « débloqué » à présent.

La vie semble bien repartir. Mais attention, car le titre du film en italien est « le dépassement » (Il sorpasso)

Accessoirement, Dino Risi et Ettore Scola font défiler toute une faune. Ils nous font une discrète satire sociale du grand boum économique d’après-guerre. C’est un plus.

Vittorio Gassman aura le dernier mot : « Chaque film a une formule chimique qui lui est propre. Le Fanfaron jaillit d’un excellent alambic, où tous les éléments s’étaient facilement fondus. L’amalgame de mon personnage (un jeune type agressif et peu scrupuleux) avec la mélancolie et la réserve de Jean-Louis Trintignant fit merveille ; le symbole de la vrombissante voiture de sport qui lançait notre tandem sur les routes d’une Italie au comble du miracle économique, de la folie immobilière et des chansons, du boom et de la vulgarité, fut également efficace. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lancia_Aurelia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fanfaron

Le Fanfaron (1962) 8.5/10 Risi, Gassman, Trintignant, en voiture !
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