Le Grand Frisson (High Anxiety) (1977) 8/10

Mon dieu que cela fait du bien !

Voilà une comédie vraiment talentueuse et qui n’a pas pris une ride.

L’ensemble se tient à merveille. L’intrigue est solide. Il y a du boulot et de la réflexion là derrière. Et il y a un déploiement de gags de qualité, qui ne sont pas basés sur des chutes ou des tartes à la crème. Ce sont d’intelligents détournements de scènes mythiques de thrillers hitchcockiens. Et franchement, même en n’était pas un cinéphile pointu, on s’y retrouve sans avoir à connaître les multiples références.

  • Des spécialistes y ont vu sans trop se fatiguer : La Maison du docteur Edwardes, Psychose, Les Oiseaux, La Mort aux trousses, L’Homme qui en savait trop, Le Rideau déchiré, Les 39 marches, Les Amants du Capricorne, Le crime était presque parfait, Frenzy, Rebecca… Mais ce n’est pas juste parodié, il lui arrive même de transcender l’original.
  • On y voit d’autres référence que des films d’Hitchcock comme L’Espion qui m’aimait et bien entendu Blow-Up, en soulignant l’argument incroyablement stupide de l’agrandissement.
  • J’ai eu l’occasion de revoir cela – pour au moins la cinquième fois – avec une personne sans pesants bagages cinéphiliques et qui ne connaissait donc ni Mel Brooks, ni les références hitchcockiennes. Et j’ai bien vu que ce film marche encore parfaitement 45 ans après sa création, comme une œuvre parfaitement autonome. Cette intemporalité est la preuve d’un grand art.

La ligne principale est l’anxiété fondamentale, entendez la peur irraisonnée. Mel Brooks est l’auteur, le réalisateur et l’interprète principal. Il nous conduit dans d’habiles changements de plans. Par exemple, comme nous nous sommes tant habitués dans ce genre à une sombre musique d’ambiance, nous n’y prêtons plus vraiment attention. Mel Brooks en joue à fond, quitte à nous mettre les musiciens en scène dans un autobus qui passe par là. Du grand art !

Le psychiatre qu’il joue est atteint d’une phobie lui aussi. Elle sera instrumentalisée à fond pour notre plus grand plaisir. On aura même droit à une psychanalyse fantaisiste en direct. Il fallait oser à une époque où on prenait encore cela très au sérieux.

La folie est habilement exposée ici. On pourrait parle de dédramatisation plutôt que de moquerie. Comme pour ce patient qui se prend pour un chien. Ou celui qui est guéri mais qui maintenu dans l’institution grâce à des ruses. Franchement hilarant et irresistible.

Le congrès de psychiatrie vaut son pesant d’or. La feinte humilité de ces grands médecins est poussée à l’extrême comme dans cette fameuse scène ou le héros nous enchante tel un Sinatra en interprétant la chanson titre, avec tous les trucs d’un vrai crooner. Un des sommets du cinéma comique. Dujardin l’a d’ailleurs égalé (ou imité ?) dans OSS 117, Le Caire nid d’espions, avec son magnifique Bambino, un somptueux désenvoûtement, qui me fait hurler de rire à chaque fois.

Et sa joyeuse équipe n’est pas en reste avec Cloris Leachman qui nous fait l’infirmière nazie Charlotte Diesel ou Harvey Korman en retors Dr Charles Montague ou enfin Madeline Kahn en jeune femme débordante de désir, qu’un rien ne réveille.

Cela dit, j’ai eu l’occasion de me rendre compte, que même chez des personnes d’intelligence supérieure, l’humour n’est pas forcément un plaisir partageable. Chacun a ses déclics et toutes les techniques du rire ne sont pas perçues de la même manière, chez tout le monde, à tout moment. Cela doit avoir à faire avec le contenu du bagage culturel dont on veut se moquer. Les cibles ne sont pas toujours communes. Mais comme le veut la sainte règle, des goûts et des couleurs, on ne discute pas.

Longue vie à Mel qui approche les 100 ans maintenant – 94 ans au moment où j’écris ces lignes.

Voir aussi : Meilleurs films psychanalyse + documentaires + les pires !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Frisson

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