Le monde est à toi (2018) 8.5/10 Gavras, Amamra, Leklou, Adjani, Cassel

Le réalisateur Romain Gavras est le « fils de », mais là je vous assure qu’il se fait un prénom.

Quelle bouffée d’oxygène ! Voilà enfin un film sur des voyous qui sort du lot. En plus il est français !

Ce ne sont pas les éternels poncifs sur ce milieu là. C’est au contraire une vision bien fraîche et plausible sur ce qui se passe maintenant. Et on n’arrête pas de jouer avec les codes et de contourner les clichés.

Il y a de petits caïds qui se la pètent et qui sont en permanence sur un siège éjectable. Ils remplacent l’intelligence qu’ils n’ont pas toujours, par la violence et le souci de leur image. Ils ne font pas de vieux os. Ça c’est immuable.

Au dessus d’eux on trouve des commanditaires discrets, qui peuvent être des avocats véreux (Philippe Katerine) et des hommes d’affaire avisés.

  • J’adore la façon dont sont représentés ces vieux filous qui s’accrochent.

Les troisièmes couteaux sont des jeunes des banlieues, car on ne fait pas de vieux os dans ces couches là. Ils ont les rêves classiques de ces déboussolés.

Un ancien a survécu cependant dans ce dangereux milieu, c’est l’admirable Cassel. Il nous fait un brigand bien déjanté et pas trop méchant. Il est tourmenté en permanence par l’idée que les Illuminati mènent le monde. Il a choppé ce virus complotiste sur Internet.

La particularité de ce film, c’est qu’il introduit un demi-sel amateur (Karim Leklou), un peu bidochon mais pas bête. Il est sous l’emprise délictueuse de sa mère. Elle est jouée par Adjani, remarquable en filoute souveraine ici.

  • Il faut la voir travestie en riche femme voilée du golfe, qui va piller en douce les rayons de luxe des Galeries Lafayette !
  • Ou bien lorsqu’elle dilapide son pognon dans des jeux clandestins.
  • Ce qui ne l’empêche pas de traiter son fils comme un gamin à qui on donne tout au plus un peu d’argent de poche.
  • Elle n’aime pas l’ascendant d’une potentielle future belle fille, sur son « petit ». Il y a des répliques superbes !
  • Me voilà rassurée sur son compte. J’ai eu peur un moment qu’elle soit à la dérive.

En réalité le fils aimerait bien échapper à cette fatalité familiale. Il vise plutôt un petit commerce et une belle jeune fille qui fricote dans cette zone (Oulaya Amamra). Il n’est pas trop doué dans le crime.

Une dernière mission pourrait lui permettre de ramasser la mise de fond nécessaire.

Après moultes tractations, plus drôles les unes que les autres, il obtient le marché.

Il fonce avec sa clique pour un gros achat de drogue. Mais naïf comme il est, il se fait berner. L’anglais garde l’argent, ne lui fournit pas la marchandise et se moque ouvertement de lui. Et en fait notre sympathique jeune homme n’a aucun moyen de le contraindre.

Le pire est à craindre, car les bailleurs de fonds, vont exiger de comptes. Là aussi on reste dans le registre de la terreur habituelle. Mais il est difficile pour un scénario d’échapper à cela.

Sauf que … la mère Adjani est appelée à la rescousse. Elle s’attaque à la racine du mal. Elle ne tergiverse pas. Une fois l’anglais retrouvé elle kidnappe sa petite fille et se lance dans de difficiles tractations.

Et là encore, c’est un jeu bien intéressant, avec de multiples rebondissements et de l’humour intelligent à tous les niveaux. C’est très vif, décontracté, plus qu’humain, initiatique, décomplexé, aérien… On pourrait en rajouter des superlatifs.

Les acteurs sont tous motivés et très bons. Et c’est une occasion de mettre en valeur notre richesse multiculturelle. Oulaya Amamra est parfaite, toute en nuances. Karim Leklou joue magnifiquement le fils d’Adjani. Avec ces comédiens comme cela, il n’est vraiment pas nécessaire de nous faire le coup de la discrimination positive.

François Damiens nous fait un parvenu combinard, qui exploite sans vergogne des sans papiers africains. Il est plus vrai que nature.

Le film se permet de multiples satires bien vues, dont celle du « paradis » supposé de Benidorm. Ceux qui connaissent souriront de bon coeur. Les idées ne manquent pas.

Le final confirme que « Le monde est à toi ». Le fils qui a su rompre le cordon ombilical, aura son petit commerce, sa petite maison, sa petite piscine, sa petite femme… Et la mère sacrifiée, deviendra bien sûr une vedette dans sa chambrée en prison.

Tout est bien qui finit bien.

A noter la musique constamment à cheval sur plusieurs mondes et qui passe allègrement du Sardou Balavoine et Booba, ou d’autres auteurs reconnus d’aujourd’hui. Ce monde qui mélange tout avec délice est bien le notre ! Et l’humour qui en découle est à nous également. Il faut savoir faire ce nouveau saut quantique. Les plus vieux auront du mal.

  • Le brave Thomas Sotinel est largement passé à côté. Sans doute une question de génération : le-monde-est-a-toi-ricanements-en-bonne-compagnie – Or il n’y a rien de ricanant ou narquois là dedans. Quel contresens !
  • On est quand même 60 ans après Les Tontons flingueurs. Faudra remettre à jour l’humour canaille (racaille / caillera).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Monde_est_%C3%A0_toi

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