Le Revenant (2015) 4/10 Di Caprio

Comment peut-on se permettre d’attribuer trois Oscars majeurs à un blockbuster si grand guignol ?

C’est une blague ?

Certes cette production semble dans les clous du néo-conformisme américain. Cette bien-pensance dictatoriale, qui impose qu’à partir de 2023, les films présentés aux Oscars soient contraints de valoriser les minorités, selon des critères précis (*).

Le bon Di Caprio se paye le luxe ici d’avoir épousé une Indienne et d’avoir eu un fils avec elle. Contrat rempli.

Et on nous refait le vieux coup des Indiens sages et sentencieux, un brin visionnaires et qui égrainent, leurs indieuseries (sur l’air des bondieuseries). C’est à dire de courts messages qui se veulent profonds, sur le fameux ton convenu. Déjà dans Little big man on s’en moquait gentiment. Et c’était il y a 50 ans ! Quelle reculade !

Oscar de la meilleure photographie à Emmanuel Lubezki !

Déjà, je trouve que la prise de vue abuse du grand angle, avec de surcroît des gros plans qui déforment les visages, car pris à cette focale. C’est un « truc » trop répétitif et trop théâtral. Mais c’est sans doute ce parti pris qui vaut cette prestigieuse récompense à Emmanuel Lubezki. L’excès, toujours l’excès.

Oscar du meilleur réalisateur à Iñárritu !

Toute l’histoire est contenue dans le titre. Pas la peine de consacrer 155 minutes à ce sujet éventé.

On sait tout d’emblée d’autant plus que le marketing ne s’en cache pas.

  • Di Caprio sera très violemment attaqué par un ours gigantesque. Il sera considéré comme mort, ou en tout cas irrécupérable. Du coup, ce poids mort compromet manifestement les chances de ce qui reste de l’équipe. Et donc le présumé méchant, plutôt lucide finalement, fera tout ce qu’il peut pour qu’on ne s’encombre pas de lui. Mais pour ce faire, il ira jusqu’à tuer ce fils métisse qui s’oppose à la liquidation de son père. Et il tentera d’en finir une fois pour toute avec ce semi-cadavre récalcitrant.
  • Et le héros, après quelques tribulations, reviendra tout guilleret pour se venger (Revenant)

Tout ce qui concourt à ce mauvais scénario est irréaliste, voire grotesque.

La première scène nous montre un énigmatique Di Caprio qui va à la rescousse des visages pâles attaqués par les Indiens. Pour bien nous montrer que c’est le héros, d’abord on nous le désigne avec insistance dans de lourdingues plans rapprochés. Et ensuite on s’arrange pour que les incessantes flèches qui tuent le maximum de blancs tout autour, l’épargnent quasi miraculeusement. On rentre de plein pied dans le n’importe quoi. Cela ne s’arrêtera plus d’ailleurs.

Et maintenant c’est la fameuse scène de l’ours. Il faut bien avouer qu’elle est vraiment impressionnante. Et pas si mal faite que cela.

C’est une immense bête qui se rue sur l’acteur et le déchire avec ses griffes, sans pitié. Là, il est déjà très sérieusement blessé, incapable de se relever ou même de tourner le buste.

Mais il y a une deuxième attaque, encore plus féroce que la première. A présent le blessé est franchement dilacéré. On peut observer ses os. Un vrai carnage, sauf pour la tête qui ne doit être amochée (on voit mal l’artiste, qui postule à l’Oscar, continuer le film en étant méconnaissable).

N’importe qui, dans ces conditions, serait considéré comme perdu.

Mais cela ne suffit pas, l’ours qui était également blessé finit par succomber. Sa carcasse dévale une forte pente et tombe lourdement, et pile poil, sur le pauvre Di Caprio. Elle ne pouvait pas tomber ailleurs selon les étranges lois des rebondissements filmiques.

Je ne sais pas si vous vous rendez compte ce que cela représente de balancer à une telle vitesse une masse qui peut aller jusqu’à 700 kilos en plein sur une personne. Et pourtant la suite du film nous le montrera, le héros finira par se rétablir sans aucun handicap apparent, sans aucune fracture et avec toute son agilité !

Cela vous suffit ? A vous sans doute, mais la production et le réalisateur oscarisé ne veulent pas en rester là. Et puis c’est long 155 minutes, il faut meubler.

Il ont encore beaucoup à mettre en œuvre, pour parfaire ce monument d’invraisemblances.

D’abord le pauvre sera brinquebalé maladroitement, ce qui en toute logique ne devrait pas arranger son cas.

Le méchant dont on a parlé précédemment et qui lui en veut, l’étouffera de manière très professionnelle, alors que le mourant ne semble déjà plus en avoir pour longtemps. Mais il sera à nouveau sauvé de justesse.

Enfin, il ira jusqu’à l’enterrer vivant ! Et il est bien entendu sans vivres, dans le froid le plus glacial etc.

Cette surenchère est grotesque.

  1. Il ne manque que l’arsenic, l’explosion, les radiations nucléaires, l’éruption volcanique, le tsunami… Ou bien qu’il soit ficelé très serré, avec pourquoi pas des chaînes, puis qu’il soit enfermé dans une malle cadenassée et jeté dans l’eau, comme pour Houdini.

On est en plein délire. Mais l’Académie des Oscars ne s’en soucie guère. Elle continue sur sa lancée.

Oscar du meilleur acteur pour Leonardo DiCaprio !

Le personnage joué par Leonardo DiCaprio, a le grand mérite d’être un héros solitaire qui s’en prend plein la figure, et qui pourtant ne va pas renoncer, et enfin qui va même tout faire pour accomplir sa pleine vengeance. Ce qui en fait un héros américain type. 90 % de la production respecte ce sacro-saint canevas. Il est donc parfaitement dans les clous.

Mais il respecte un autre code de l’Académie, comme acteur il en fait des tonnes. Le quantitatif et l’outrance priment largement sur le qualitatif, sur ce tapis rouge.

On va donc consacrer l’interprétation magistrale d’un acteur qui réussit si bien à se prendre pour cochon qu’on égorge, borborygmes compris. On compte bien davantage de cris de bête et de mous torturées qui déforment le visage, que de dialogue compréhensible et de physionomies normales.

J’attendais mieux de cet acteur, que ces yeux en permanence dirigés en direction de l’Oscar.

Sa psychologie, comme celle des autres personnages, avoisine le zéro pointé.

– – –

Je ne vois pas ce qui nous obligerai à nous aplatir devant ce sous-produit de consommation.

– – –

Je vais être honnête avec vous. Je n’ai tenu que pour une moitié du film et là déjà je m’ennuyais ferme. J’ai visionné le reste en accéléré en pointant ici ou là quelque scènes à vitesse normale. Mais la platitude de l’histoire était amplement confirmée. Je n’ai aucun regret à avoir voulu préserver ainsi ma santé mentale.

Le cinéaste Alejandro González Iñárritu est très inégal. Je vous laisse juger. Voilà sa filmographie (les longs métrages)

2000 : Amours chiennes (Amores perros)

2003 : 21 grammes (21 Grams)

2006 : Babel

2010 : Biutiful

2014 : Birdman

2015 : The Revenant

  • (*) Les films présentés aux Oscars seront contraint de valoriser les minorités, selon des critères précis
  • Critère A : Mettre à l’affiche au moins un acteur principal issu de minorités ethniques et raciales, que 30% des petits rôles soient incarnés par des personnes de communautés «sous-représentées» (LGBT, personnes en situation de handicap et rôles féminins), ou que le film aborde comme thème principal les questions relatives à ces minorités.
  • Et les critères suivants déclinent cela pour l’équipe de tournage, l’encadrement, jusqu’aux gars du marketing !

C’est vouloir attribuer aux films un rôle propagandiste ou salvateur qu’ils n’ont pas. C’est le retour des ligues de vertus et du politiquement correct contraignant. Si l’on se donne la peine d’y réfléchir, cela a beaucoup à voir avec la chasse aux sorcières du maccarthysme.

On peut même aller plus loin et y voir un début d’une police politique, qui serait chargée d’organiser le redressement, comme dans les pires régimes idéologiques.

Voici ce que pense le président des Oscars, et il n’a pas peur de s’exprimer ainsi : « il faut encourager les studios à changer de mentalité ».

Je sais bien qu’ils pensent bien faire. Mais là encore, cet enfer éminemment prévisible est pavé des meilleures intentions.

En cherchant à aseptiser ainsi la création, on marche sur la tête.

J’attends qu’on étende cela aux autres arts. Cela ne va pas être commode de rajouter en premier plan à la Joconde, un noir satisfait et à l’arrière plan des handicapés et des personnages manifestement LGBT.

Et je passe sur les impossibilités manifestes qui feraient qu’à présent bon nombre d’oscarisés ne passeraient pas cette censure.

135 millions USD ! Cela fait cher du kilo de nounours.

https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Revenant

Leonardo DiCaprio
Tom Hardy
Domhnall Gleeson
Will Poulter

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