Le Talentueux Mr. Ripley (1999) 7/10

Les cinéphiles français connaissent mieux la première adaptation. C’est l’extraordinaire Plein soleil de René Clément, avec Alain Delon, Marie Laforêt et Maurice Ronet (1960) 9/10

Ces deux films, je les ai vu il y a assez longtemps. Ils sont basés sur une histoire intéressante. Confer le roman de Patricia Highsmith, Monsieur Ripley (1955).

Au centre, il s’agit d’un jeune homme solitaire (Delon puis Matt Damon) qui commet une vénielle usurpation d’identité, afin de voler quelques sous. Mais comme la chose est facile, il se laisse aller à en faire toujours plus. Et pour tenter de masquer ses méfaits, il finit par sombrer dans une escroquerie meurtrière. Le processus est inexorable.

Il ne va pas chercher très loin. La victime est son riche ami (Maurice Ronet puis Jude Law). Une personne solaire, insolente, et qui a tous les atouts.

Il s’agit de prendre sa place, ses papiers, ses habits, à des endroits stratégiques où on ne le connaît pas.

Bien entendu, le malfaiteur préférerait ne pas se faire prendre. Il ne crache pas sur les avantages obtenus. C’est à dire principalement de l’adrénaline et la puissance de l’argent.

Il apprend son « métier » avec le temps.

Il pense aussi régler ses comptes avec les puissants. Cette caste un peu imaginaire, dont il pense que ses membres l’ont toujours dominé, dédaigné et écrasé.

  • Les humbles envieux ont tendance à grossir le trait. Ces éternels insatisfaits, croient dur comme fer, qu’il n’y a de vraie vie, qu’au sommet de la pyramide. Ils sont dans un schéma simpliste qui ne voit de valeurs, que dans le pouvoir. Ils ne réfléchissent qu’en termes de soumission ou de domination.

Il va donc d’une part tenter de se glisser parmi eux, ce qui lui permet, pense-t-il, d’échapper à leur tutelle, voire d’exercer son mépris à son tour.

Et d’autre part, il met cette bombe à retardement du faussaire, qui explosera à la figure et ridiculisera ces notables, qui ont cru à son personnage.

Mais quelque part, il y a aussi un consentement au glissement, qui est bien perceptible. Le gouffre l’attire presque autant que la lumière. Les deux vont de paire et semblent se renforcer l’un l’autre. Plus il vole, plus il se rapproche d’une fin annoncée. Il ne fait pas grand-chose contre.

Un ressort complexe se cache là derrière. C’est fait d’envies diverses et troubles.

On peut y voir un mélange complexe, mais assez commun, de bassesse, de faiblesse, de lâcheté, de cupidité, de jalousie, de crapulerie, de canaillerie, de défi, de fanfaronnade, de narcissisme… Il semble bien que ce malfaisant se mette en scène lui-même. Il se plaît sans doute à être son propre spectateur.

C’est une personnalité dont la médiocrité fait sa force. Ce terne prédateur occasionnel, parvient à se faufiler, car sa petitesse le rend presque insoupçonnable. Il n’y a guère de ruses là derrière, mais de simples opportunités. Et donc au final ce genre de personnage de peu d’envergure, finit forcément par se faire prendre.

Et peut-être qu’au fond de lui-même, il n’est pas si mécontent que cela qu’on l’attrape. En tout cas, tant qu’il peut tenir ce récit où il s’attribue le beau rôle. On se doute que la case prison va le faire revenir brutalement sur terre.

Les films et le livre font mention de la sexualité. Et donc il y a une femme clef dans l’histoire (Marie Laforêt puis Gwyneth Paltrow). Elle aurait du être la future épouse de la victime.

Certes, elle fait partie aussi de ce bouquet des jalousies multiples, qui aveugle le voleur avide. Mais, dans le film, elle plus là pour tenter de démasquer le vilain, que pour être l’objet direct de sa convoitise.

Elle l’accable même, en évoquant sa possible homosexualité.

Je ne sais pas ce qu’il en est dans la vraie vie, pour ce type de personnage isolé. Je ne pense pas, qu’en général, cette composante sexuelle, soit centrale. Et elle pourrait être empreinte d’une certaine perversité. Mais en fait je n’en sais rien. Ce serait une question intéressante à élucider. Cela ne peut l’être bien sûr, qu’au cas par cas.

Il y a quelque chose de désespéré et triste chez ces gens là. On est aux antipodes des vrais escrocs, qui ont tout intérêt à être des personnages rusés, convaincants et d’apparence sympathique. (il faut voir du côté de Arrête-moi si tu peux avec Di Caprio)

Le personnage principal vole un riche. Parce qu’il est riche et parce qu’il est à sa portée. Sans doute se sent-il moins responsable de ce fait.

  • D’autres ont tenté de minimiser leurs méfaits parce qu’il s’agissait d’une banque ou d’une entreprise publique.
  • Ils ont rarement à l’esprit, la gravité de la spoliation d’un bien commun.
  • Et cela pourrait se nommer de la psychopathie sociétale. C’est à dire l’absence de remords, quand il s’agit de la prédation du patrimoine collectif.
  • Ils ne voient pas le mal.
  • Sans doute se disent-ils que tous les employés font peu ou prou la même chose. Certains « n’emprunteront » qu’un stylo bille, mais eux le font à leur échelle.
  • Il faudrait pouvoir leur dire, qu’au contraire, au lieu de voler une personne, ils en volent d’un coup infiniment plus.
  • Ce n’est pas « la banalité du mal », mais la médiocrité du mal.

Dans les typologies anciennes, on ne s’embarrassait pas trop de psychologie, on les appelait simplement des minables.

Et pourtant à bien y regarder, on peut se surprendre à espérer, ne fusse qu’un instant, que Delon ou Damon, ne se fasse pas prendre. Serait-ce la preuve qu’il y aurait quelque chose de nous tous, là dedans ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Talentueux_Mr_Ripley


Matt Damon

Jude Law
Gwyneth Paltrow
Cate Blanchett
Philip Seymour Hoffman

https://fr.wikipedia.org/wiki/Plein_Soleil

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