Le temps des copains (2019) 7.5/10

Ils sont bons ces Allemands. Voilà qu’avec un simple téléfilm, ils se hissent bien en haut. Un film divertissant et instructif, la recette rêvée !

Trois anciens amis, tous très différents l’un de l’autre, partagent une sorte d’idolâtrie pour le groupe Madness. Du temps de leur jeunesse, ils ont raté un de ses concerts. Les voilà devenus des adultes ordinaires, dans la quarantaine. Leurs idoles passent à nouveau dans la région. Ils vont pouvoir aller enfin les voir en live.

L’un d’entre eux est à la manœuvre. Il n’a pas tellement réussi dans la vie, mais semble vouloir diriger le trio à sa manière. Peut-être a-t-il des arrières pensées. Il rejoint les deux autres sur un parking, en stop. C’est le brillant acteur Hans Löw qui s’y colle. Un spécialiste des rôles atypiques.

Le comédien massif Bastian Pastewka est un petit lobbyiste pharmaceutique. Il arrive dans son suv BMW et donne ainsi l’impression de s’en être bien sorti. En réalité il maintient les apparences. Sa femme l’a quitté il y a 6 mois et il consomme un tas de stimulants pour tenter de donner le change.

Le troisième n’a l’air de rien. Et pourtant il a commis des livres hybrides de coaching du genre « Bouddha et la bourse », qui ont du succès. Il a trouvé une Golf première version, dans son jus, qui permettra de se remettre dans l’esprit de l’époque. Fabian Busch fait le job.

Ils vont y aller en tentant tout naturellement de respecter les façons de faire de dans le temps. Ils iront au camping, à la dure. Vous verrez, les aventures sont nombreuses et on ne s’ennuie pas.

Tout l’esprit du film réside dans la savante évocation des souvenirs, la réminiscence plus ou moins appuyée de petits conflits et la possible jonction avec le présent de chacun. Le repositionnement de ces « amis » se fera-t-il sur les anciennes bases ou sur ce qu’ils sont maintenant ? Et l’amitié, qui est ici principalement un pacte de non agression, tiendra-t-elle ? Est-ce que cela vaut encore le coup de se voir finalement ?

Ce sont de vraies questions pour tous ceux qui, parce qu’ils ont un certain âge, ont connu de telles circonstances. Au banquet des anciens, il y a ceux qui ne viendront pas de toute façon, ceux qui répondent à l’appel sans enthousiasme et quelques uns qui rêvent de renouer avec le passé. Ces derniers croient de bonne foi que c’était l’âge d’or.

Parfois la reconnexion se fait sans problème. Mais le plus souvent les sentiments sont mitigés. Reste que d’abandonner cette part de nous-mêmes, contenue dans la mémoire des autres, qu’elle soit rêvée ou non, ne se fait pas sans difficulté. Alors on y va le plus souvent, juste pour voir. Dans les bons cas, on en restera au « tu n’as pas changé ». Le plus à craindre est le « tu es encore pire que je le croyais ».

Et si la personne connue jadis a fortement évolué dans le bon sens, alors il faudra entreprendre un travail de reconquête car ce « il » ou « elle » est désormais un autre. Qu’on se le dise.

Reste la question de qui sommes nous et qu’est-on devenu soi-même. L’autre qui nous regarde avec les yeux d’avant et ceux de maintenant a sans doute une réponse. Mais accepterions-nous qu’elle soit tout entière contenue dans ce que pense cet autre ? Je n’y crois pas. Notre référentiel a singulièrement évolué lui aussi. S’étant étoffé, on sera plus regardant. Et puis l’âge aidant on n’accorde plus tellement d’importance aux jugements extérieurs.

Et il arrive même qu’on veuille se débarrasser des casseroles du passé. C’est fou parfois, comme un ressentiment « ridicule » peut encore être ancré dans la tête d’un pote, surtout les histoires de filles. Nous on ne s’en souvenait même pas. Cela vaut aussi pour les bons moments. Ce ne sont pas forcément les mêmes qu’on a gardé.

https://www.imdb.com/title/tt9272590/?ref_=ttrel_rel_tt

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