Le Train (1973) film 7/10

Pas d’amour sans sexe et pas de sexe sans amour.

A la guerre comme à la guerre.

Cela se passe en 1940, au début de l’invasion allemande en France. On se débrouille comme on peut lors de la débâcle. Ce n’est pas encore la totale chienlit.

Un jeune monsieur, bien sous tous les rapports, cherchent à quitter la zone de conflit. Il est avec sa femme enceinte et sa fille.

Un peu d’organisation leur permet d’espérer prendre un train « supplémentaire », comme tant d’autres personnes qui cherchent des lieux plus propices. Les places sont chères en ce sens qu’il y a du monde. Pour le reste plus personne ne cherche ou ne parvient à payer un ticket. Qu’importe les digues sont ouvertes.

Arrive ce fameux train.

Les autorités décrètent que femmes et enfants profitent des compartiments voyageurs alors que les hommes sont relégués aux wagons à bestiaux en queue du train. C’est déjà ça. On ne râle pas trop.

Notre héros, incarné par Jean-Louis Trintignant, va se retrouver sur la paille (stricto sensu) en compagnie de deux gaillards pas très recommandables, une grosse prostituée (Régine !) et quelques autres. Les égoïsmes auront du mal à s’effacer. Un vieux pépère qui a fait la grande guerre leur fait le sermon. Ils n’écoutent guère.

Arrive alors Romy Schneider. C’est ici une réfugiée allemande qui tente de se faire discrète. Les deux mauvais garçons la zieutent comme un beau morceau de chair fraîche. Danger !

Elle se retrouve naturellement très proche du beau Jean-Louis Trintignant. Un couple de rêve et de rêveurs. Ils ont tout les deux ce je ne sais quoi qui les propulse ailleurs. Ils ne sont pas de notre monde ces deux là.

Ils vont se serrer l’un contre l’autre et s’aimer. Il y a un précédent fornicateur avec Régine et un gros.

Cette scène d’amour primordiale entre les deux grands acteurs est vraiment de qualité. Le réalisateur n’élude pas le côté physique de l’union. La main de Romy va chercher le membre viril. C’est comme cela. Et lui ne reste pas les bras croisés. C’est le côté pas d’amour sans sexe qui est malheureusement si souvent absent du propos cinématographique de cette époque.

A l’inverse, les magnifiques regards qu’ils se portent, ce faisant, respectent l’indispensable postulat du pas de sexe sans amour.

Pendant longtemps j’ai été peu sensible à la beauté supposée de Romy Schneider. J’étais sans doute désarçonné par son physique trop lisse, son étonnante passivité. Son charme iconique me semblait surtout théorique, tant il y avait une injection à l’apprécier.

Mais maintenant, après ce film, je dois réviser mon jugement. C’est une Madone certes, mais une madone incarnée. La voilà sexuée et bien vivante. Elle sort de l’abstraction pour entrer dans le champ des possibles. Et c’est une vraie femme, ni facile, ni mièvre, ni floue.

La Vénus sacrificielle est descendue sur terre pour expier nos péchés… et ceux de sa mère.

Dans ce film, c’est une juive allemande. Voilà !

Quand on connaît l’histoire de Romy cela semble un exploit.

Sa mère Magda était une actrice nazie. Elle était admise comme une égérie de tout premier plan au Berghof à Berchtesgaden, le chalet d’Adolf Hitler. Elle bénéficiait d’insolents avantages et de toutes les protections possibles. Romy pense qu’elle a pu coucher avec le dictateur sanguinaire.

On sait que Romy a volontairement choisi des prénoms juifs pour ses propres enfants : David et Sarah. Comme si elle avait voulu marquer le coup symboliquement et/ou expier des fautes qui n’étaient pas les siennes.

Quoiqu’il en soit, Romy était touchée au coeur par ce passé austro-germanique.

Le sacrifice final de Romy, la juive de circonstance, devenue de surcroit résistante, et qui entraîne dans une perte volontaire le valeureux Jean-Louis, prend donc une sacrée dimension.

Pourtant cette fin a un parfum désuet de tragédie à l’ancienne.

Même si la scène finale est habilement jouée par nos deux protagonistes, elle a une dimension plus théâtrale que réaliste. Il y a un peu trop de panache à choisir une affreuse destruction, plutôt qu’un petit écart de principe au serment implicite de l’amour. Alors qu’un petit mensonge en aurait sauvé au moins un.

Se jeter dans la gueule du loup uniquement pour démontrer que l’amour est plus fort que la mort, ne me semble pas la manifestation la plus éblouissante de ce sentiment. Je suis circonspect sur cet héroïsme de papier (le scénario).

J’aime à dire qu’il y a un stade au dessus de l’étincelant amour aveugle, c’est celui de l’amour conscient et éclairé. Bien mené, il arrive à des cimes bien plus hautes. C’est mon point de vue et je ne vous demande pas de le partager.

Pour tout dire, ce final là n’est pas dans le livre de Siménon (1961) qui a servi au scénario. Le mari fait plutôt preuve de lâcheté. On s’en doutait.

Respect des autorités – autres temps, autres mœurs !

Le film de Pierre Granier-Deferre date de 1973. On y trouve encore un certain respect des autorités. Avec ce qu’il faut de triche, on est en France tout de même.

Même si Jean-Louis sort un peu des clous pour protéger sa belle, la plupart de ses concitoyens sont encore craintifs et dociles. Les combines louches, les « planqués » tout cela est ouvertement critiqué. On n’a pas encore basculé dans le chacun pour soi de maintenant. Sans doute qu’un sentiment d’appartenance à une aventure nationale l’en empêche.

Cette justification s’est effritée de nos jours et on a pas encore trouvé de substitut valable, pour rendre crédible une communauté de destins.

Les démissions des gouvernants d’alors, les bassesses et les compromissions du pétainisme, auront sans doute beaucoup à voir dans le revirement individualiste d’après-guerre. Mais ça c’est une autre histoire, qu’on aura bien entendu, l’occasion de développer. Il faut dire que c’est chaud en ce moment (2021-2022) avec ce retour incongru de la théorie du bouclier.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Train_(film,_1973)

Jean-Louis Trintignant
Romy Schneider

Le Train (1973) film 7/10
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