Le train Mogol (1929) 5/10 L’Express bleu, communisme

Une belle mécanique, mue par le communisme primaire de la grande époque. Goluboy ekspress.

Ce train bleu qui traverse la Chine martyrisée, comporte trois classes. Trois classes qui sont à l’image de la société. En tout cas telle qu’elle est vue, au travers du filtre bolchevique.

– Les gentils, sont ces pauvres coolies exploités. C’est une populace laborieuse, crasseuse mais infiniment digne, qui gagne juste de quoi survivre. Ce seront les futures masses révoltées, autant de graines de héros communistes idéalisés par la propagande. Une sorte de prophétie du soulèvement qui se voudrait autoréalisatrice. En hop, tout ces damnés de la terre vont en troisième classe, en attendant le grand soir !

– Les « deuxième classe », ce sont des modérés, des artisans et des ingénieurs. Le système soviétique, qui n’a que dix ans d’existence, les ménage plus ou moins pour l’instant. Mais ils doivent se tenir à carreau.

– Les riches coloniaux et leurs alliés, dans toute leur splendeur, occupent la somptueuse 1ère classe. Ces puissants de tous poils, avec leurs poules de luxe, sont explicitement désignés comme de méchants exploiteurs, des profiteurs… Ils sont bien entendus associés au sabre et au goupillon, présents dans le convoi.

Dans ce film muet, les messages de haine anti-bourgeois, sont bien marqués sur les panneaux intercalaires. On ne peut pas et on ne doit pas, se tromper. Ce n’est pas le moment de rêver sur ces beaux Wagons-lits, ni sur les repas sophistiqués qu’on leur sert.

Et pour ceux qui risquent de ne pas bien comprendre, on montre d’emblée leur foncière cruauté. Déjà avant de monter dans le train, ils sont méprisants, sadiques, repoussants. Ils n’hésitent pas à frapper les pauvres. D’autres jettent quelques pièces, pour les voir entre-déchirer. En clair, ils profitent de tout, pendant que les autres n’ont même pas le strict nécessaire.

– Et puis, il y a les wagons à bestiaux qui transportent des enfants esclaves. Ces gamins en haillons sont destinés à travailler dans des filatures. Attention c’est du lourd, certains ont juste 4 ou 5 ans. Des obsédés sans scrupules, n’hésitent pas à se servir.

L’histoire se noue ici, quand une gamine malade du lot est violentée, par de très mauvais blancs. En la violant, ils la tuent. Mais bien sûr, ils ne risquent rien.

L’injustice est à son comble. La révolte gronde. L’issue est incertaine. S’en suit un affrontement généralisé, commandé par un héros volontariste.

Stefan Zweig a décrit ce besoin de « fabrique des héros ».

Gorki, qui a conseillé Staline dans ce domaine, parle de « la technique de création d’un héros ». C’est une constante des régimes totalitaires.

Soyez rassurés, le peuple triomphe toujours dans ces films de propagande.

La démonstration est claire et nette. C’est une métaphore de la Révolution, en circuit fermé. Ce que vous pouvez faire là à quelques uns dans un train, vous pourrez le refaire à l’échelle du monde.

Tous les méchants et apparentés seront tués sans aucune hésitation. Même certains qui n’avaient comme tort, que d’être en première classe. Ils avaient quand même ricané, semble-t-il. Ou bien, ils ont eu la faiblesse de se tâter la panse bien pleine. Leur gras était déjà une insulte au peuple en soi.

Et franchement, ce carnage de « salauds », ça fait du bien. Où est le flingue, je veux tirer sur ces profiteurs, moi aussi… Ah oui ? Et voilà, moi spectateur, je viens de me faire piéger.

On peut voir là toutes les dérives possibles de l’obsession des bonnes causes et des moins bonnes. Ces fameux pavés de l’enfer.

La découpe saccadée, les plans contrastés, les fondus, sont typiques du réalisme soviétique. Façon d’Eisenstein. C’est indiscutablement bien réalisé.

Pour corser le tout, il y a bien entendu un suspense ferroviaire. La locomotive lancée à toute blinde, est à deux doigts de se fracasser, mais là encore, de bonnes consciences la ramèneront dans le droit chemin. Le peuple (du train) sera sauvé.

Je pense qu’à l’époque, un tel chef-d’œuvre de naïveté militante, devait donner un immense bonheur aux convaincus. Et sans doute qu’il était malvenu pour les autres, de ne pas paraître enthousiastes. En 1929, Staline avait déjà tous les pouvoirs.

Un film à voir absolument… sous peine de Goulag.

  • Ps : Mais je comprends bien que certains puissent avoir envie de préserver l’idéal para-chrétien qu’est le communisme. Idem pour les idéaux révolutionnaires (89) qui eux se sont traduits aussi par quelques avancée énormes (outre les dégâts…).
  • C’est diablement séduisant à première vue. Nous avons plus ou moins tous donné dans ces rêves communautaires, lors de notre jeunesse. Et ce n’est pas une comptabilité macabre qui à elle seule permet de juger une idée.
  • En ce qui concerne le communisme, j’assure mes arrières. J’ai une photo du grand dirigeant Kim Jong-un, Président du Parti du travail de Corée (du Nord) dans ma cuisine (c’est pour de vrai !), on ne sait jamais – Et bien entendu je garde en mémoire les 30.000.000 de morts soviétiques (mais aussi les Ukrainiens « Holodomor »)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ilya_Trauberg

https://en.wikipedia.org/wiki/The_Blue_Express

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