Les Boucaniers (the Buccaneer) (1958) 6/10

Voilà un de ces films de capes et d’épées, comme on les aimait bien dans notre lointaine jeunesse.

Pourquoi ? Parce qu’il montrait la liberté, la joie de vivre, l’aventure exotique, la conquête facile, les horizons illimités.

Il nous était aisé de nous projeter parmi les proches de ce roi des pirates, radieux et invincible, ou même de nous croire dans sa peau. D’ailleurs, il avait de la bienveillance pour tous ceux qui le regardaient d’un bon œil. Nous on le comprenait. Ce serait donc forcément réciproque.

Certes, c’était un coquin voleur. Mais il se posait aussi comme le défenseur des opprimés. A bien y regarder, il ne dépouillait que les malfaisants et aidait les nécessiteux. C’était un gars dynamique, fiable, honnête dans son genre, toujours de bonne humeur, aimé de sa bande et à qui bon nombre d’entre nous voulaient inconsciemment ressembler.

On gardait quelque part en tête qu’il allait pouvoir un jour nous délivrer, en cas de besoin. Par exemple, en faisant le coup de poing contre quelques mauvais garçons au sortir de l’école ou pour rabattre le caquet d’un prof teigneux. C’est à ça que servent les super héros, à nous redonner confiance, grâce à ce pont invisible entre le rêve et la réalité.

On zappait allégement ce barbant côté sentimental, qui nous paraissait être pour les filles. On ne gardait que l’image d’un séducteur auquel aucune femme ne résistait. Comme pour nous c’étaient juste d’insupportables pisseuses, il était bien qu’ils les dominent pour les remettre à leur place.

C’était un homme fort et dominateur, voilà tout, et donc il fallait en passer par là. Et ces femmes de rêves qui étaient immanquablement soit des sauvageonnes demi-nues, soit des bourgeoises trop habillés, avec ces accoutrements d’un autre siècle, avec ces brushing improbables et toutes ces sortes de choses. Aucune n’étaient dans la catégories de nos petites camarades de classe. C’était autre chose, d’assez improbable, sans doute d’une autre planète et qui était loin de nous concerner encore.

Pour que ce genre cinématographique soit efficace, il faut au centre un être d’exception et donc un acteur qui coche toutes les cases. Ils ne sont pas si nombreux qu’on le pense. Et c’est pour cela que Yul Brynner à tendance à revenir souvent sur les écrans. Cet helvético-russo-mongol sait tout faire. Il a réellement roulé sa bosse un peu partout dans le monde, depuis la fuite de la Russie soviétique, avec ses parents. Il sait entretenir le mystère sur son parcours, ce qui donne une aura supplémentaire à son fascinant personnage. Son appétit est vorace, il a eu 4 femmes légitimes. Il en a séduit d’autres, comme Marlene Dietrich, qu’il a fréquenté longuement. Il parle 11 langues. Il a beaucoup jouer au théâtre. Il a fait de nombreux films, dont pas mal de mauvais.

Les Boucaniers est une des seules réalisations où il porte des cheveux. Pour le reste on le reconnaît de loin car c’est le seul chauve du cinéma avec une telle bouille et un tel tempérament. Les fabricants de perruque ne lui disent pas merci.

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Le film n’y va pas de main morte. Ce qui ne doit pas nous étonner quand on sait que c’est la seule réalisation de l’illustre et costaud Anthony Quinn.

C’est un récit légèrement romancé, qui est inspiré dans ces grandes lignes, des vraies vies de l’aventurier Jean Laffite et du général Andrew Jackson. Cela concerne en particulier cet épisode crucial et passionnant de la constitution des États-Unis.

C’est un Français considéré comme un corsaire, si on légitime son action, ou comme un pirate dans le cas contraire. On peut dire flibustier, si on ne veut pas se mouiller.

Aussi bizarre que cela paraisse, il a vraiment été à la tête de son « royaume de Barataria ». Il a clairement aidé les Américains à contrer le retour des Anglais, sur ce qui était désormais une terre US.

Il est donc plutôt bien vu de ce côté.

Yul Brynner est exactement là où on l’attend. Hormis sa tignasse inhabituelle. Il est pétillant et super énergique. Par intérêt et peut être par idéalisme – c’est la thèse du film – Sa vie bascule en effet suite à l’aide décisive qu’il a apportée. Mais le reste de son parcours ne plaide pas trop en faveur d’une sorte d’illumination démocratique. Il a fait commerce d’esclaves par la suite, alors que c’était déjà interdit là bas. Ce héro reste trouble.

Pour ce qui est du moment survolé par le scénario, principalement 1815, il finit par s’associer militairement aux Américains, en échange d’une amnistie et d’autres compensation.

  • Le film voudrait pour que ce soit pour les beaux yeux de la fille du gouverneur Clairborne. Mais c’est une totale impossibilité qui a été dénoncée par le petit-fils du gouverneur. Ce descendant a même fait un procès à la Paramount, ces « salisseurs de mémoire » (*) – Moi, je dirais plutôt « enjoliveurs de mémoire ».

Et quand il s’agit d’incarner le grand général Yankee Andrew Jackson, c’est le fameux Charlton Heston qui s’y colle. Son interprétation est bizarre. Il nous fait un vieil homme à la crinière aussi blanche et pièce-montée qu’elle ne l’est sur son portrait officiel. Il lui invente un curieux pas gauche, présumé signifier la démarche hésitante d’un ancien. Résultat, il paraît artificiel, désarticulé et un tantinet grotesque.

Charles Boyer par contre est étonnant et surprend agréablement. Plus trop jeune, il nous fait quand même un pirate bouillonnant. Il triche sur son passé. Il se prétend ex général de Napoléon, alors qu’il n’était qu’un obscur brigadier. Ici il est vif et drôle.

Ce personnage a vraiment existé, il s’agit de Dominique You. Il a été célébré en poésie par Voltaire : « Intrépide guerrier, sur la terre et sur l’onde – Il sut, dans cent combats, signaler sa valeur – Et ce nouveau Bayard, sans reproche et sans peur – Aurait pu sans trembler, voir s’écrouler le monde. » (Wikipédia)

Il a fini en honnête homme, avec les honneurs, dans ce jeune pays enthousiaste qu’étaient les USA.

La mise en scène est riche, avec plein de costumes colorés, du mouvement et de l’action. Mais cela dure quand même 120 longues minutes. Les scènes de bataille sont pauvrettes et pas très crédibles au fond. On perçoit un manque de dollars, là derrière. Mais aussi un manque de métier. Anthony, on ne pas tour faire dans la vie ! Qui trop embrasse, mal étreint.

  • (*) Henri de Balther Claiborne, the great-grandson of former Louisiana governor William Claiborne, filed a lawsuit for damages against Paramount, claiming that the film was a « slanderous misrepresentation » because it depicted a romance between Lafitte and a daughter of Claiborne.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Boucaniers_(film,_1958)

Yul Brynner
Charlton Heston
Claire Bloom
Charles Boyer

Les Boucaniers (the Buccaneer) (1958) 6/10

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