Les producteurs (The Producers) (1967) 4.5/10

Par respect pour ce qu’a été Mel Brooks (*), je me suis forcé à regarder cette mauvaise comédie musicale jusqu’au bout. Et puis j’espérai secrètement, qu’à un moment ou à un autre, notre auguste réalisateur prenne enfin les bons virages, qu’on retrouve son inventivité et ses salutaires délires.

Il n’en fut rien.

Cette parodie inversée de Broadway et du National-Sozialismus, n’atteint jamais son but. Malgré toute mon indulgence, mon rire est resté très mesuré.

Son To be or not to be de 1983 est un peu meilleur – Il y a poursuivi sa dérision du nazisme et du show-biz, avec des contre-pieds faciles. Des SS en jupettes, des Nazis travelo etc – Et pourtant il partait pas de rien. Il y avait déjà cette oeuvre originale de Ernst Lubitsch en 1942, auquel il s’est permis d’ajouter sa surcouche de 1967. On peut dire qu’Hitler ça le connaît et ça le travaille. Je sens quelque chose de personnel là dedans.

L’histoire est simple et elle soutenue par le principe des deux clowns.

L’extraverti Zero Mostel incarne un producteur minable. Ce gros sanguin survit en plumant de très vieilles rombières. Il leur promet une participation financière à ses futurs spectacles et les comble d’avances clairement sexuelles. C’est à la fois risible et très dérangeant de voir ces naufrages de femmes, toute en rides, à la porte de la mort, faire des minauderies. Il y a du Freaks (La Monstrueuse Parade – 1932) là dedans.

L’introverti est joué par Gene Wilder. C’est un petit comptable qui est chargé d’arranger ses comptes. Bien qu’il soit honnête à la base, il se laisse tenter par une grosse arnaque. Ils vont récolter un max de fonds, puis ils feront une banqueroute grâce à un four. Si le spectacle est si mauvais qu’il s’arrête immédiatement, ils garderont la différence. Et ne devront rien à leurs débitrices puisqu’elles ne sont rémunérées que sur les recettes.

Un nazi débile qui est réfugié à N.Y. a un inespéré scénario catastrophique, visant à la réhabilitation d’Hitler. Ils signent avec lui et s’empressent de trouver un metteur en scène tout aussi mauvais.

La Première commence en effet par la totale consternation des critiques. Pari gagné ? Non car dans une seconde partie des acteurs ont pris des libertés avec ce consternant scénario. Ils finissent par convaincre par de l’humour bien gras et des chansons entraînantes. Cela devient donc un immense succès. Pari raté !

Belle mise en abîme, puisque le scénario du film est partiellement dans la pièce jouée à l’écran. Mais l’immense succès qu’ils s’attribuent intra muros n’est que virtuel et très téléphoné. Et surtout il ne rejaillit d’aucune manière sur le film lui-même.

Et donc, show dans le film = raté, film sur le show = raté.

Pas étonnant qu’on n’en parle jamais. Vous pensez, si cela avait été un bon Mel Brooks, tous les aficionados (dont je fais partie) auraient sauté de joie. A décharge ce fut sa première réalisation au ciné. Cela lui a sans doute permis de faire ses classes. Rien au fond n’est inutile. Qu’on se le dise.

Personnellement je préfère aller regarder Charlie Chaplin en dictateur Hynkel (1940).

(*) Ah bon en septembre 2021, il est toujours là… et il a 95 ans !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Producteurs_(film,_1968)

Zero Mostel
Gene Wilder
Kenneth Mars

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