L’été de Kikujiro (1999) 8/10 Kitano

Voilà un film à la fois limpide et encodé de signes mystérieux.

On peut le voir en toute innocence et c’est très bien comme cela. Mais on n’arrive à mieux le comprendre qu’en ayant une sérieuse connaissance du parcours et des créations de son auteur/performer. A noter cependant qu’avec plus d’éléments, le sujet risque d’être parasité par quelques a priori. Les deux attitudes sont donc défendables.

Par chance, je ne connaissais pas Takeshi Kitano et son monde. J’ai donc pu regarder cette création sans un encombrant bagage. Et lorsque j’ai pu plonger dans le reste de son œuvre, plusieurs points ont eu un tout autre éclairage. J’ai donc bénéficié des deux mondes.

Déjà ce titre est une énigme volontaire jusqu’à la fin du film. Il fait partie de la question de fond, mais qui est ce curieux comédien, planté là devant nous ?

Il est à la fois Takeshi Kitano lui-même, mais aussi Beat Takeshi le comédien célébrissime au Japon et maintenant aussi dans le monde entier. Mais c’est aussi un artiste protéiforme qui embrasse un large spectre. On le verra plus tard. Place au film maintenant.

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Un gamin palot et un peu lourd s’ennuie. Il est joué par Yusuke Sekiguchi. Ses potes sont eux partis en vacances. Lui doit rester à la maison. Il ne connaît pas son père. Et sa mère est ailleurs. Il semble ne la connaître que de nom.

C’est sa grand-mère qui en a la charge et la pauvre est occupée dans son petit commerce. Il n’intéresse pas grand monde au fond. Il est plutôt passif et ahuri.

Il tombe sur des photos de sa mère et sur son adresse. Il va entreprendre d’aller la voir, là bas très loin, avec la complicité d’une jeune amie de la famille bienveillante. Elle confie le gosse à un drôle de bonhomme, Kikujiro, ce qui n’est pas vraiment une bonne idée. Elle a donné de l’argent à l’adulte pour cette mission. Il va s’empresser de jouer aux courses avec cela et va bien entendu tout perdre. Il piquera même quelques yens au petit.

Il est vraiment bizarre et pas très sympathique. Il rabroue le rejeton en permanence. Il lui demande des numéros à miser. Et il l’engueule vertement quand celui-ci lui, bien malgré lui, se trompe. Lui faire porter le chapeau est bien entendu le comble de l’injustice. Ça commence mal. On dirait un Sans famille.

Les moyens utilisés pour effectuer leur parcours sont insensés. Puisqu’ils n’ont plus rien, il en sont réduits à faire de l’auto-stop. Et comme personne ne s’arrête, le vieux fait feu de tout bois. Il crève des pneus, ou il menace et s’impose, ou il grime le gamin en pauvre nécessiteux pour attirer la pitié… C’est pas joli, joli.

Beat Takeshi est habitué aux surenchères et donc il nous en met plein la gueule. Il va se prendre quand même de sévères corrections suite à ses innombrables méfaits.

Ils finissent par voir la mère du petit. Mais manifestement elle a refait sa vie, elle a un mari un enfant. Il est évident que par son silence jusque là, elle ne veut rien savoir du pauvre semi-orphelin. Ils ne lui parleront même pas.

Le vieux tente d’occulter la situation en décrétant que ce sont d’autres occupants à la même adresse et que sa vraie mère doit être autre part. Il lui fait croire qu’elle a laissé un petit ange en verre pour lui signifier son attachement. Mais cet objet, le vieux l’a piqué à d’autres.

Une rencontre avec des motards de type Hell’s Angel va permettre d’entamer une autre phase de ce récit mouvementé. Notre héros prend le dessus sur eux et finit par les mettre dans son camp, d’ailleurs ils sont plutôt doux, malgré leurs accoutrements.

Il les embobinent et les force à jouer des rôles pour amuser ce garçon, devenu encore plus triste avec cette déconvenue sur sa mère. Là, Takeshi Kitano l’artiste polyvalent reprend le dessus. Les motards devront se déguiser en poulpe et en poisson et on voit bien que ce sont en soi des œuvres d’art détournées.

Plusieurs jeux sont organisés qui procèdent de cette virtuosité.

Un passage dans une foire, toujours pour distraire le petit, donnera l’occasion à Takeshi Kitano d’exposer une autre facette bien connue de son talent. C’est l’art de montrer l’extrême violence avec en particulier les conséquences sanglantes d’une provocation ultra dangereuse adressée à des yakuzas.

Son monde fondamentalement infantile se prend dans le pif la plus dure réalité.

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La première partie du film est étonnamment désabusée. Le monde des adultes est pourri, il n’y a rien à espérer. La deuxième partie est une sorte de comptine lénifiante. Derrière l’apparente dureté des hommes, se cache encore quelque chose qui ressemble à une humanité.

L’ensemble est riche et dense mais on peut se demander si certains passages n’auraient pas pu être plus ramassés encore. On en est tout de même à presque deux heures en tout.

Quoiqu’il en soit c’est un film choc. Une œuvre originale et de qualité qui m’a permis de commencer à connaître ce grand artiste.

(voir à présent : Citizen KITANO (2020) 7/10)

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89t%C3%A9_de_Kikujiro

L’été de Kikujiro (1999) 8/10 Kitano
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