Ma (2019) 5.5/10 Octavia Spencer

Le film est destiné à une clientèle peu exigeante, tant ce thriller, qui espère nous surprendre, est fondamentalement classique.

Le procédé est simple.

1) « Ma » n’est pas la gentille grosse qu’elle paraît être à première vue. Et pour rendre le choc plus terrible, la bienveillante actrice Octavia Spencer met dans la balance tout son capital de sympathie. C’est du lourd.

Plus dure sera la chute.

Si elle aide cette bande d’ados à se bitturer, presque à contrecoeur, c’est qu’elle a une idée derrière la tête.

Les manipulations mentales sont diverses et variées. Yeux doux, chantage affectif au cancer, permissivité, faux conseils d’adulte… il y en a pour tous les goûts. Et ça marche !

Cet édifice en pain d’épices et bons sentiments, située en lisière de forêt, cache de lourds secrets. Les petits égarés sont tombés sur la maison de la sorcière.

2) La vengeance, toujours la vengeance (*)
En général c’est sous sa forme la plus « légitime » qu’elle nous est proposée, celle qui meut à juste titre le gentil qui a été spolié.
Mais ici c’est un poison pervers qui ronge une ex-victime dépassée par la haine… et future (très) méchante.

3) Ah la famille ! Juliette Lewis campe une maman monoparentale qui tire le diable par la queue. Elle tente de veiller au grain. Mais ce n’est pas si facile avec d’une part une fille de 17 ans qui ne rêve que de s’émanciper et d’autre part un travail subalterne mais accaparant dans une maison de jeu. Elle a pris un coup de vieux la Juliette. Sa fille qui a 17 ans dans le film est jouée par une Diana Silvers de 22 ans en vrai et qui en paraît même davantage… La différence se voit.

4) Il faut de pauvres innocents qui se laissent prendre au piège, tout en laissant croire aux spectateurs, que eux ils voient venir le danger. C’est du banal teasing. On les fait d’abord mijoter à petit feu, mais rassurez-vous ils auront droit à des lacérations, un fer à repasser sur le ventre, un couteau planté ici ou là, des pendaisons, des coups sur la tête, des lèvres cousues, et j’en passe. La castration est évitée de justesse. Toute la panoplie du thriller.

Ça fait bobo, d’autant plus que les gamins sont attachants et jouent plutôt finement leur contemporanéité (2019).

5) Et puis grâce à cette spirale ascensionnelle et exponentielle de l’horreur, à un moment, le « too much » fait qu’on ne réfléchit même plus à la totale absurdité du scénario. Cyclone dans les têtes. C’est fait pour.

6) Enfin survient la résolution cathartique. Les gentils sont sauvés in extremis. Les méchants sont copieusement châtiés. Musique du bonheur. La fin ne peut pas être autrement. Il doit y avoir un code Hays caché.

Au total, avec ce film, on se croirait dans un message de la prévention de la délinquance. Respectez les règles, vos parents et les autorités. Ne buvez pas avant l’âge légal et méfiez vous des petits services sexuels lors de la puberté. Sinon vous encourrez bien davantage que la fessée.

Le public décomplexé aime quand même bien qu’on lui fasse la leçon. Il veut bien s’aventurer dans l’extrême mais sous réserve qu’on range tout bien à la fin.

Il n’est pas rancunier. Le film a raflé plus de dix fois la mise initiale.

Petite mention tout de même pour la sympathique actrice noire Octavia Spencer, qui joue très bien ce contre-rôle.

(*) Un plat de cantine hollywoodienne qui se mange froid… mais peut se réchauffer si de besoin.

Il y a peu de mauvais films américains main-stream, sans que la vengeance en soit le moteur premier. Cette haine primaire semble être dans leurs gènes, ou au moins dans leur histoire. Elle est le plus souvent habillée avec une certaine civilité. Mais quel que soit le déguisement, cette logique primitive de western est bien là.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma_(film)

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