Marie-Antoinette, ils ont jugé la reine (2018) 7/10

Autant que je puisse en juger, cette reconstitution du procès de l’ex-Reine de France est assez bien documentée. Ce téléfilm a la courtoisie de montrer plusieurs angles de vue. Et les acteurs tiennent bien leur rôle. Maud Wyler est cette Marie-Antoinette qui garde la tête haute (hum!), qu’on a rendu pas trop pétasse pour une fois, et qui sait louvoyer assez habilement malgré le peu de moyens dont elle dispose. Les grandes figures révolutionnaires sont bien crédibles également. Le récit est vivant.

Je ne me souvenais pas qu’il y ait eu tant de tentatives d’évasion de l’Autrichienne. D’autant plus qu’en pleine terreur, pour l’aider et s’agiter dans la gueule du loup, il fallait vraiment avoir des convictions. Rien que cela prouve que l’esprit de sacrifice contre-révolutionnaire était encore puissant et dangereux. Cela plaide pour la « sainte antipathie pour la royauté ».

Il y a une certaine indulgence des auteurs pour la pauvre femme.

C’est humain, juridiquement défendable et c’est télégénique.

Il y a bien entendu un procès à la va vite et nos âmes distinguées actuelles n’aiment pas cela. Les révolutionnaires bon teint, animés des « meilleures » intentions, n’ont pas eu le temps d’accumuler des preuves formelles de sa conspiration et de son entente avec l’étranger. Lesquelles étaient pourtant bien réelles. En tout cas je le suppose.

La reine déchue entretenait des relations coupables avec l’ennemi autrichien. Qui peut prétendre qu’elle n’espérait pas une pleine restauration. On lui reproche aussi ses dépenses extravagantes, alors que le peuple avait faim. C’est vrai. Elle aurait eu une mauvaise influence sur Louis XVI ce qui a occasionné plusieurs de ses erreurs (le banquet orgiaque du 1er octobre 1789 en pleine disette, la fuite de Varennes, le massacre des Tuileries en août 1792, avec 300 victimes de chaque côté…)

Il y aurait eu des coups bas internes pour ne pas faciliter l’instruction de Fouquier-Tinville. Des documents compromettants et qui justifiaient la condamnation ont été captés par un clan de la convention, juste pour mettre des bâtons dans les roues.

Et en bons donneurs de leçon que nous sommes devenus, il est tentant d’épouser la cause de ceux qui subissent une mascarade judiciaire et qui croupissent dans de dégoûtants cachots. C’est cependant un réflexe individualiste, à fleur de peau, très dans l’air du temps, et qui ne tient pas compte de la raison d’état et de la dynamique émancipatrice. La cause est juste mais les méthodes expéditives sont pour le moins contestables (*)

A ce moment de la révolution « la veuve Capet »n’était plus négociable. Les forces qui enserraient la France n’en voulaient pas. Brandir sa tête sur une pique permettait de montrer aux monarques étrangers menaçants qu’on ne les craignait pas. En tout cas ce fut la théorie de Robespierre. L’histoire montre que cela n’a pas servi à grand-chose. Mais on ne peut pas gagner à chaque fois.

Coups bas.

– Le Père Duchesne est une publication pamphlétaire bien vulgaire mais diablement efficace. Il s’en est déjà pris au « cocu royal », « le cochon du Temple ». La tête de Louis le serrurier est tombée.

Les deux tiers de la France en rit mais la craigne. Les provocations délirantes et les appels au meurtre d’Hébert sont bien plus suivis que n’importe quel support Internet actuel. Mais c’est dans le même esprit « décomplexé ». Foutre, il sait manier les foules !

Il va quand même se casser les dents avec son colportage d’accusation d’inceste contre la Marie Antoinette. La « garce autrichienne » aura beau jeu de tracasser la conscience des mères de l’auditoire pour rejeter les vils soupçons : « J’en appelle à toutes les mères ! »

– Fouquier-Tinville se permet d’emprisonner les avocats de la « guenon » immédiatement après leurs plaidoiries. Pas trop respectueux des droits de la défense.

– Robespierre qui pressentait un procès difficile, se garde bien de s’en mêler directement.

Hébert, Fouquier-Tinville et Robespierre finiront trucidés par cette machine révolutionnaire infernale « qui dévore ses enfants ». Comme pas mal des jurés, pourtant sélectionnés pour s’assurer de l’issue du procès.

Marie-Antoinette n’est ni une foutue salope, ni une Jeanne d’Arc innocente et injustement exécutée. Mais vaut-elle vraiment la peine qu’on étudie son cas plus avant ? Elle a payé pour sa classe, paix à son âme (cela ne coûte rien à un mécréant de dire cela) – on peut passer à autre chose.

(*) Notre époque tend à refaire l’histoire avec nos présupposés d’aujourd’hui. Si l’on n’y prend pas garde, il y aura bientôt aussi des combattantes féministes qui vont nous faire les gros yeux, pour tenter de réhabiliter cette supposée pauvre femme. Car bien entendu elle a été écrabouillée par un système judiciaire exclusivement masculin. Vous voyez où l’anachronisme nous mène.

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/10/26/marie-antoinette-ils-ont-juge-la-reine-detricoter-la-legende-de-la-veuve-capet_6017049_3246.html

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