Milou en mai… 68 (1990). 6.5/10

Il est évident que des acteurs comme Michel Piccoli, Miou-Miou, Dominique Blanc, Michel Duchaussoy, François Berléand, sont capables par leur talent d’assurer un bon spectacle.

Et avec Louis Malle aux manettes, on est en droit d’espérer une bonne maîtrise de la caméra et un savoir faire solide pour raconter une histoire.

On ne devrait pas avoir à se plaindre non plus, quand le grand Jean-Claude Carrière travaille sur le scénario.

Pourtant quelque chose cloche dans ce film. Réalisé plus de 20 ans après 1968, on s’attend à plus de recul, plus de pertinence, plus de clairvoyance et plus d’intelligence.

En voulant opposer de manière si caricaturale la panique de droite devant de ce monde en ébullition de mai 68 et l’insouciance de gauche, les créateurs ont pris le risque d’un film hybride et daté. On est à la limite de la simplification puérile à la René Clair.

La division politique entre adultes possédants craintifs et jeunes idéalistes à l’enthousiasme naïf s’avère on ne peut plus réductrice. Mais l’époque combien d’entre nous étaient capables de penser en d’autres termes, finalement ?

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En province, des gens d’une même famille, toutes générations confondues, sont réunis pour le partage des biens, suite au décès de la grand-mère. On compte trois héritiers directs.

Il y a d’abord Piccoli. C’est lui Milou. Il occupe la maison et ne veut pas de cette sortie de l’indivision qui le mettrait à la rue. C’est un écologiste sans le savoir. Sa vie jusque là était douce et tranquille. Il est très triste du départ de sa mère. C’est une sorte de poète dans l’âme, qui ne fait que de se laisser vivre. Cet homme d’un certain âge entretient une relation discrète avec la bonne. Laquelle se verra attribuer un quart de l’héritage, ce qui changera sa façon d’être. Les autres l’accepteront à contrecœur.

Miou-Miou est une petite bourgeoise intéressée, mariée à un médecin qui n’est guère présent. C’est la fille de Piccoli et elle veille à soutirer le maximum de la succession. Alors qu’elle n’y a pas droit directement. Elle est pragmatique et très sûre d’elle. Elle profite de son séjour pour coucher en douce avec le notaire François Berléand.

Dominique Blanc est la sœur de Piccoli. Elle hérite donc aussi. Elle ne se laissera pas faire. Elle a ramené avec elle son amante. Une jeune fille qu’elle va perdre car elle va être séduite par le fils de famille. C’est le petit fils. Il manie à tout bout de champ, le bréviaire du révolutionnaire en herbe. Pour lui l’ennemi c’est le travail avec tout ce qui nous y oblige et le but constant c’est la satisfaction des plaisirs immédiats. Ce comédie joue assez mal d’ailleurs.

Le troisième héritier est joué par Michel Duchaussoy. Un journaliste du journal « Le Monde » qui est en panne et qui a amené avec lui sa jeune femme américaine. Il est ennuyeux et étriqué. L’Américaine qui se moque un peu de lui, aura une petite aventure avec un autre « vieux », en la personne de Piccoli.

Ce qui va unir et désunir ces personnes, outre les liens de famille, c’est le sexe. C’est l’époque où l’apparition de la pilule contraceptive est vécue comme une totale libération. Ou en tout cas cela ouvre un nouveau champ de possibilités avec pas mal de fantasmes sur « l’amour libre ». A un moment, alors qu’à travers les émissions de la radio, ils penseront que le monde a basculé dans la chienlit, ils seront à deux doigts d’une fête orgiaque collective.

Bruno Carette (Les Nuls – Canal Plus) qui joue un camionneur de passage, brut de décoffrage, est sollicité. Bande-t-il ne bande-t-il pas est la grande question posée publiquement.

Lui c’est donc le camion. Mais ce n’est pas le seul qui est déterminé par son véhicule. Dans ces temps là, c’était très important d’afficher son statut par son moyen de locomotion. Le médecin et sa femme roule dans une DS haut de gamme. Le journaliste a acheté une décapotable Alfa-Roméo rouge, très au dessus des ses moyens. L’homosexuelle atypique se ballade en 2 CV. Milou ne peut pas se passer de son vélo, modèle « course ».

Le film se transforme en conte vers la fin. C’est la grève générale. De Gaulle est aux abonnés absents. Tout ce petit monde, déjà passablement ébranlé, prend peur. La grande maison isolée ne le protège plus. Ils se persuadent que les révolutionnaires ont pris le pouvoir et veulent leur peau. Ils se réfugient dans les montagnes.

Ils sont accompagnée d’une voisine très collet monté (affectée, bégueule, engoncée, guindée, prude, pudibonde, revêche), Valérie Lemercier. Le côté vieille France est lourdement souligné. Quasi une parodie qu’on dirait tout droit sortie du cinéma « engagé » des années 30 !

Et quand ils comprennent que tout est rentré dans l’ordre, ils reprennent leur rôle d’avant. La grand-mère qui était restée exposée dans la maison jusque là est alors inhumée dans le respects des règles les plus conventionnelles.

Bien entendu nos scénaristes ne prennent pas tout cela au pied de la lettre. Et quand certains proclament la fin du travail, l’arrivée de l’ère hédoniste sans contrainte, nos auteurs prennent soin de montrer un pauvre vieux qui est chargé de creuser une tombe. Les belles paroles laissent certains sur le carreau. Les travaux indispensables ne se font pas tout seuls.

J’avoue que je suis assez déçu, et par le film et par l’unanimisme très convenu de la critique ; encore de nos jours. Sans doute faut-il y voir un reste de prévalence de certains concepts attrape-mouche de gauche. Un prêt à penser, qui a surtout valeur de signes de reconnaissance, qui a encombré pendant de longues décennies, les médias.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Milou_en_mai

Michel Piccoli
Miou-Miou
Dominique Blanc
Michel Duchaussoy
François Berléand

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