Miss Oyu (1951) 6/10

Dans la filmographie que j’avais pu visionné jusque là, Kenji Mizoguchi avait réalisé un impressionnant sans faute.

Mais avec ce Miss Oyu, je suis déçu.

Cette histoire d’amour empêché entre deux êtres est assez peu crédible, même si on accepte les conventions du genre. On est loin de l’esprit néoréaliste de plusieurs de ses œuvres.

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Dans ce Japon quasi légendaire, un beau jeune homme passe pour un noceur. Mais il doit se ranger. Il repousse toutes les candidates au mariage. Sa tante lui met dans les pattes une dernière belle prétendante. Une fille de bonne famille et qui n’est pas moche.

Manque de pot, il se trompe de cible. Il tombe fou amoureux de sa sœur. C’est une veuve. C’est une union impossible puisqu’elle ne doit s’occuper que de son jeune garçon. Le remariage lui est interdit. C’est la règle. Faute de quoi le couple potentiel perdrait tout « crédit social ». Et elle aurait « peur de l’au-delà ». On les met en garde contre « l’enfer de la lubricité ». Tout cela est dit dans le film.

Sa jeune sœur veut se sacrifier pour elle, sans que personne ne soit au courant. Voilà son plan. Elle épouse le gars, mais lui impose de ne pas consommer l’union. Et elle l’incite à coucher avec l’autre.

Elle met clairement les cartes sur table. Elle a compris que ces deux là s’aiment et qu’ils sont promis l’un à l’autre. Elle s’est donc mariée pour que les deux soient plus proches, et trouvent leur salut à travers elle. Ça c’est de l’abnégation !

Les trois se fréquentent de plus en plus. Cela fait jaser. Et pourtant rien ne se passe, ni avec l’une, ni avec l’autre. Étonnant !

Le jeune garçon de la veuve meurt opportunément (scénaristiquement parlant). Cette femme devient donc théoriquement disponible. Mais enfermée dans ses devoirs et les pressions familiales, elle en marie un autre qui est riche et surtout éloigné. Loin des yeux mais toujours proche du coeur ?

Tout le monde est bien malheureux. Et mon dieu, que cela dure ! Moi-même je suis assez désespéré.

Le couple officiel initial rompt son vœu d’abstinence. Ouf ! Cela devait commencer à les gratter tout partout, ce célibat forcé de plusieurs années. Ils ont un enfant.

C’est là que la jeune femme sacrificielle meurt opportunément (bis). Ce qui aurait pu laisser le champ libre si l’autre ne s’était pas mariée entre temps.

L’amour inoxydable demeure entre les deux qui s’aimaient dès le premier jour, et ce malgré les longues années passées.

Le jeune père veuf qui pleurniche en permanence finit par déposer l’enfant au domicile de la sœur restante, son amour de toujours. Elle prend cet enfant pour elle, comme une concrétisation de la relation qu’elle aurait tant souhaitée elle aussi et qui n’a jamais eu lieu.

Tout le monde pleure tout le temps. Un triptyque si rigide, qui combine si lourdement amour devoir et sacrifice, n’est pas gai. Ces sentiments sont « surhumains » et n’ont de consistance que dans les livres ou les serments du moment. Le je t’aime pour toujours signifiant juste qu’à l’instant je t’aime plus que tout. On en reparlera le lendemain ou le surlendemain.

Ces histoires de destinés obligatoires et d’amour éternel qui transcendent les ans et les aléas de la vie, me font doucement bailler. Surtout que je ne trouve pas Kinuyo Tanaka si craquante que cela.

Je demande aux rêveurs et rêveuses de bien vouloir m’excuser de ne pas marcher dans ce scénario alambiqué aux rebondissements faciles.

Les romantiques indécrottables, qui arrivent à supporter la guimauve lyrique, les torrents verbeux, les envolées emphatiques, le joli blabla qui flirte avec l’insignifiance crasse, peuvent se référer à cette analyse (je n’ai pas tenu plus d’une minute de lecture)

https://www.rayonvertcinema.org/miss-oyu-kenji-mizoguchi/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Miss_Oyu

inuyo Tanaka
Nobuko Otowa

Envoi
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