Missing (porté disparu) (1982) 8/10 Costa-Gavras

Le courage et l’héroïsme discret de gens ordinaires, face aux pires adversités.

Costa-Gavras sait raconter les histoires vraies. Il explique les choses simplement et le propos est parfaitement démonstratif. Certains jugeront même que c’est un peu trop linéaire. Il a clairement choisi son côté. Avec l’histoire de la répression de la junte chilienne, on peut difficilement lui donner tort. Même si le paradis supposé d’Allende, qui s’est transformé en naufrage économique, mériterait pas mal de critiques. Mais le film commence avec les méfaits des sbires de Pinochet qui s’abattent sur le pays et donc restons-en là.

Deux jeunes Américains, vivent une romance bohème au Chili. Ce couple marié vivote, mais est parfaitement heureux dans cette ambiance libérale de la fin du printemps chilien. Ils ont de nombreux amis de gauche, dont certains sont des activistes. Eux ne le sont pas. Ils sont bien intégrés dans cette humble partie de la population.

Lui fait des poèmes et des livres qui ne se vendent pas. Celui qui est joué par le sympathique John Shea, survit grâce à des traductions d’articles de grands quotidiens US.

Ils ne se prennent pas la tête pour ces questions d’argent. La « réussite » et la compétition, façon american way of life, ne les intéressent pas.

Ses parents sont de bons citoyens américano-centrés, friqués et rigoristes. Le père a des convictions profondes. Il croit dans son église, sa patrie et les institutions. Depuis les States, il voit d’un mauvais œil son enfant expatrié, qu’il considère comme gros bêta, oisif et immature. D’ailleurs il ne l’a jamais vraiment bien compris. Il n’a pas trop de sympathie non plus pour sa bru, qu’il pense être une écervelée.

Juste avant le coup d’État, le jeune homme a du se déplacer dans une petite ville périphérique,Viña del Mar près de Valparaíso. Dans son hôtel, il croise de curieux compatriotes. Ce sont des militaires américains clairement identifiables. Un d’entre eux, en civil, se confie a demi-mot sur la mission qui l’a appelé ici. On croit comprendre qu’ils apportent leur soutien et leurs connaissances à leurs homologues sud-américains. Sur le moment tout cela paraît sans grande signification. Mais le jeune prend des notes fidèles de ce qu’il a entendu.

Juste à ce moment, le 11 septembre 1973, Pinochet prend le pouvoir. C’est d’abord le tristement célèbre siège mortel du Palacio de la Moneda, la résidence officielle du président de la République Allende. Celui-ci va se suicider pour ne pas être fait prisonnier : « Le président de la République élu par le peuple ne se rend pas »

Santiago est immédiatement quadrillé et une gigantesque chasse à l’homme est organisée. Il s’agit de remettre de l’ordre et d’emprisonner ou liquider tous les opposants potentiels. L’armée ne fait pas vraiment le tri et tire presque sur tout ce qui ose de déplacer. C’est un mouvement authentiquement réactionnaire : « désormais on tire contre tout ce qui pense ». On va jusqu’à déchirer les pantalons des femmes, car l’ordre nouveau a décrété qu’une dame devait être en jupe. Il y a des autodafés pour les livres jugés pernicieux.

La folie meurtrière est partout. Sur fond de revanche mais aussi par la libération des plus bas instincts. Il faut aller vite et la torture est la règle. C’est l’horreur absolue. Des milliers d’opposants sont enfermés dans le stade de Santiago. Les cadavres jonchent le sol. On ne sait plus où les mettre. Tout est fait pour qu’on ne les retrouve pas. Ce sont les fameux « disparus ». Plus tard on découvrira de nombreux charniers.

Les résidents américains semblent protégés. Mais ce n’est pas si net que cela. Ceux qui ont fréquenté les milieux de gauche sont aussi dans le collimateur. Et tout particulièrement notre jeune homme, alors qu’il est très peu impliqué politiquement. Mais voilà, il a entendu certaines choses. Et il n’est pas bon de laisser en liberté quelqu’un qui peut mettre en évidence une collusion des USA et de Pinochet. Il est de plus en plus clair qu’il a assisté, bien involontairement, à ce qui pourrait être la fin des derniers préparatifs du coup d’état.

Il rentre à Santiago. Il est immédiatement enlevé. Sa femme, qui n’était pas là à ce moment, est épargnée. Elle part à la recherche de son mari et fait le siège de son ambassade. Devant une certaine inertie, elle proteste ouvertement, comme le feront plus tard les mères de la place de Mai.Elle se rend compte rapidement que les dés sont pipés et qu’on lui raconte n’importe quoi. Il serait juste en fuite, caché quelque part.

Apprenant la nouvelle, le père, joué admirablement par Jack Lemmon, prend l’avion. Engoncé dans tous ses a priori, il se montre d’emblée hostile à sa belle-fille, finement interprétée par Sissy Spacek.

Il la trouve trop irrespectueuse vis à vis des autorités US et pense sincèrement que cela va nuire aux recherches. Il voit en elle tous les travers qu’il prète à son fils. Le personnel haut placé de l’ambassade, qui paraît de bonne volonté, joue de cela. Un agacement qui se veut discret mais qui pointe le doigt clairement d’abord sur cette fille, empêcheuse de tourner en rond.

Jack Lemmon reste calme et veut juste tout faire pour qu’on retrouve son fils unique. Il va être amené à réviser son jugement. Il semble s’apercevoir en effet qu’on les mène en bateau. Les indices s’accumulent.

D’abord il est clair que certains jeunes américains qui se trouvent à présent du mauvais côté ne sont pas si épargnés que cela. C’est une grande surprise pour Lemmon qui pensait encore qu’il y avait un devoir sacré de protections de ces citoyens là.

Le ton monte un peu. Et Jack exige du concret. Il va finir par obtenir certaines concessions. Avec des laissez-passer, il pourra lui et sa bru (les 2 « Horman »), se déplacer assez librement dans les hôpitaux et même dans le fameux stade. Le fils ne sera pas retrouvé. Mais un Américain, dont on raconte officiellement qu’il est retourné dans son pays, sera découvert criblé de balles dans une morgue improvisée. Une morgue terrifiante où il y a littéralement partout des cadavres amochés (l’Histoire reconnaît plus de 3000 morts et/ou « disparus » et 38 000 torturés).

Il est donc clair à présent qu’on leur ment. En consultant les notes du fils, on confirme le clair mobile de sa disparition. Il savait trop de choses sur le déroulé du processus anti-démocratique et il aurait été impossible de le faire taire autrement.

D’ailleurs le staff américain excédé finit par laisser échapper son ressentiment. S’il est arrivé quelque chose au jeune homme, c’est sans doute parce qu’il l’avait cherché. Et de très gros intérêts américains, politiques et financiers, sont en jeu. Sous entendu : que vaut la vie d’un gamin incontrôlable face à cela ?

Jack qui vient de comprendre toute l’étendue de son erreur initiale, se confond en excuse vis à vis de Sissy. Il lui avoue qu’il la trouve même admirable : « la femme la plus courageuse qu’il n’ait jamais vu ». C’est un moment intense.

Les deux finissent par se sentir menacés eux aussi, il est bientôt temps de partir. Deux sources concordantes finissent par établir que le fils a été torturé et supprimé, quelques jours après son enlèvement et son parcage dans le stade.

Après une « explication » à l’ambassade, ils rentreront aux états-unis. Le corps ne leur sera rendu que de nombreux mois après. Impossible de pratiquer une autopsie sérieuse à partir de ces restes. Ce n’est pas dit dans le film, mais un test ADN a démontré par la suite, que ce n’était même pas le fils.

Le père entamera une longue procédure contre le personnel agissant de l’ambassade, mais cela n’aboutira pas car les éléments de preuves sont classés secret défense.

La vraie « justice » dans cette affaire, sera donnée par les consciences internationales qui se sont levées et se sont exprimées, par le tribunal médiatique et dans une certaine mesure par ce film célèbre. Il a amené les autorités US à répondre… en cherchant à dégager leur responsabilité bien sûr.

Vous noterez que le parcours du combattant de ces deux là est épique et mérite le respect. Mais ce n’est rien par rapport à ceux qui ont enduré la torture et la mort, et sans doute pas grand-chose comparé à ces familles chiliennes de disparus, qui n’avaient elles pratiquement aucun moyen de connaître la vérité. Si elles la ramenaient, les militaires pouvaient continuer à les intimider et/ou les persécuter.

Cannes : Palme d’or et Prix d’interprétation masculine pour Jack Lemmon.

Un film d’une belle tenue, qu’on peut voir et revoir à tout moment, tant il touche à l’intemporel.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Missing_(film,_1982)

Jack Lemmon
Sissy Spacek
Melanie Mayron
John Shea
Charles Cioffi

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