Nos souvenirs brûlés (2007) 8/10 Halle Berry, Del Toro

(Things We Lost in the Fire)

Deux heures intenses, sur un sujet pas facile.

L’histoire met d’abord en scène, un beau couple sympathique, à qui tout réussit. Leur histoire d’amour est toujours vibrante, malgré les années. Ils sont beaux. Ils ont une belle maison, deux charmants enfants.

Le mari part un soir acheter des glaces pour la famille. Il ne reviendra pas. Il s’est interposé dans un drame familial. Un mari violent battait sa femme dans un square. Ivre de colère le mari tue sa femme, mais aussi ce gêneur, et se suicide.

Dès lors la veuve se retrouve toute seule, en manque affectif, et presque sans arme pour gérer la situation. Quasi à la dérive.

  • Halle Berry qui n’a pas toujours des rôles à la hauteur, nous fait ici une prestation imprévisible, toujours sur les nerfs, et assez remarquable de justesse.

C’est là qu’intervient l’ami d’enfance du mari. Ce monsieur ne va visiblement pas bien, lui non plus. C’est un ancien avocat qui a tout perdu, qui squatte un appartement dégueulasse et qui n’arrive pas à se débarrasser d’une violente addiction aux drogues dures. Il tient à peine sur ses guibolles.

Mais cet homme est aussi une énigme, qui le relie à son défunt mari. Un des rares ancrages qui lui reste.

Elle ne le connaissait pas, mais elle a toujours considéré que son conjoint avait tort de garder ce lien, avec celui qu’elle estimait être une dangereuse épave.

Un peu à contrecœur, elle l’invite à l’enterrement de son époux.

Il est là comme un chien perdu. Il suscite autant le rejet, que l’envie qu’on l’aide. Et la veuve a besoin d’un bras viril pour l’aider à remettre en état la maison. Elle l’invite à habiter chez elle, en posant ses conditions.

L’addiction à l’héroïne est un sujet inconfortable et difficile à traiter.

La triste réalité est juste pathétique et l’issue est le plus souvent atroce. La personne prise au piège souffre et fait souffrir son entourage. Cette drogue impérieuse tue toute morale, toute approche raisonnée.

Comment rendre acceptable le récit de ce grand naufrage ?

  • Benicio Del Toro est vraiment l’acteur qu’il fallait pour cette interprétation. D’un bout à l’autre du film, il est dans un registre contenu mais expressif, alors qu’il endure les pires tortures. C’est du grand art.

Ici, c’est une femme réalisatrice qui traite ce sujet. Ce qui lui donne une dimension inhabituelle.

  • Dans un passage intéressant, la veuve complètement perdue, va jusqu’à demander au junkie, qui cherche à s’en sortir, ce qu’il ressent en se droguant. Comme si elle voulait faire de même, pour combler le vide, pour faire taire sa douleur.

Celui-ci lui parle du « baiser de l’ange », de ce plaisir toujours recherché mais qui ne sera plus jamais retrouvé, puis de l’affreuse dépendance et de la descente aux enfers.

Cet homme, avec un sursaut de lucidité et une profonde humanité, admoneste avec force, celle qui est sur le point de tomber.

  • Autre temps, autres mœurs : J’ai vu ce genre de situation de mes propres yeux. Et je peux dire que c’est rendu avec un profond réalisme.

Une autre fois, n’arrivant pas à dormir, la femme demande à l’ami de la rejoindre dans son lit. Non pas pour une coucherie, mais pour qu’il se love contre elle comme le faisait son mari, en lui titillant l’oreille. Elle s’endort. C’est fort et beau. C’est une vision féminine.

L’ami a des hauts et des bas. Il parvient à se faire aimer des enfants. Au point que la veuve sente ses souvenirs menacés (dont « les souvenirs brûlés »).

Comme elle ne voudrait pas que l’image de ce passager, se substitue à celle de leur père, voire qu’il aille plus loin encore et dépasse le premier, elle finit par le foutre dehors. Juste pour cela.

C’est également une approche qui ne serait pas venue à l’esprit d’un réalisateur masculin. Un homme aurait trouvé cela irrationnel. Mais cela se tient.

La belle scène qui s’en suit, montre la petite fille qui questionne l’invité, manifestement en train de subtiliser l’argenterie, avant de fuir. Elle le sermonne : repose cela, tu ne vas pas t’acheter de la drogue avec.

Du haut de ses 10 ans, c’est la bienveillance céleste, le message venu d’en haut, incompréhensible des simples humains, comme pour la miséricorde de l’évêque avec Jean Valjean, alors qu’il vient de voler les chandeliers.

  • Les deux enfants jouent très bien. Et c’est suffisamment rare au cinéma, pour que cela mérite d’être signalé.

Mais cela ne suffit pas. Les conséquences de ce rejet sont redoutables. L’ami replonge dans la drogue à un point qu’il n’a jamais atteint. Les yeux révulsés, agité de tremblements inquiétants, pré mortem.

Il revient. Au début on assiste à une terrible désintoxication. Benicio est aux limites de ce que peut endurer l’être humain. Ces scènes sont jouées admirablement.

Et comme le film n’est pas bête, il n’en ressort pas miraculeusement guéri, par les vertus de ce seul soutien amical. Il acceptera la sage décision de compléter tout cela dans un institut spécialisé. Et l’on ne saura jamais s’il sera totalement sorti d’affaire ou non, ou s’il reviendra. Juste un encourageant message d’espoir.

Il aura une phrase terrible devant un soignant, dans laquelle il exprimera toute la détresse de ces dépendants aux drogues dures : une dose dans une main et de quoi acheter la dose du lendemain dans l’autre. Ma vie ne va pas au-delà, d’un jour à l’autre.

Bien que l’on note une certaine sobriété et de l’élégance, dans cette belle réalisation de la Danoise Susanne Bier, il reste quand même un tout petit peu de pathos. Mais compte tenu de la belle tenue de l’ensemble, on lui pardonne aisément.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nos_souvenirs_br%C3%BBl%C3%A9s

Halle Berry
Benicio del Toro
David Duchovny

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