Opération Walkyrie (2008) 6.5/10

Malheureusement Hitler ne fut jamais assassiné.

Un film historique assez méticuleux et qui sait ménager un certain suspense. Bien qu’en réalité, il doit y avoir bien peu de monde qui ne connaissent pas la triste fin de cette aventure.

On sent bien les atermoiements et les obstacles qui se dressent, quand on veut réaliser un plan aussi risqué et d’une telle envergure.

Toutes sortes de personnes contribuent au succès ou à l’échec d’une telle entreprise. Et les destins sont croisés.

– Il y a bien entendu des personnages qui sont prêts à donner leur vie pour la cause.

– On les retrouve dans les deux camps. Avec bien sûr le fameux colonel allemand Claus von Stauffenberg, comme chef réel du complot contre Hitler.

Mais dans le fond, ils ne sont pas si nombreux que cela. Mais qu’importe, l’histoire est souvent écrite par une poignée de leaders. Quelques grandes figures sont en mesure d’entraîner tous les autres. C’est un principe éminemment pyramidal mais qu’il est difficile de nier. Et pour une fois dans un film américain, on ne va pas trop nous bassiner avec la force de la volonté et de l’héroïsme légendaire. Sans être parfait, loin de là, le film est plus précis et plus fin que cela. Surtout parce qu’il cherche à être factuel.

– On parlera davantage de fanatisme, de l’autre côté, chez ceux qui vont risquer leur vie pour protéger le Chancelier. A noter aussi l’importance quasi religieuse du serment d’allégeance qui les lie au dictateur.

– D’autres figures déterminantes, sont des opportunistes. Ils ont leur importance pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Ce sont bien entendu les plus difficiles à convaincre et ceux qui au final seront les moins sûrs. Une bonne partie du film joue là dessus. Et c’est bien vu.

– En bas de la pyramide se trouve une marée humaine de soldats, de policiers, qui vont faire ce que l’on demande. Ce peuple est désormais aux ordres. Juste au dessus on trouve des corps intermédiaires, sans marge d’interprétation, et qui se contentent de transmettre les ordres. L’information et la communication, mais aussi la désinformation, sont les vecteurs qui sont en mesure de faire tout basculer.

– De plus, la situation générale doit rendre le putsch possible. Nous sommes à la fin de la guerre et il y a un profond ras le bol. Les massacres de la « guerre totale » apparaissent de plus en plus comme inutiles. Malgré la confiance souvent inébranlable dans le Führer, l’idée qu’il puisse être fou commence à gagner du terrain. Les indécis basculeront facilement si l’affaire est bien menée. D’autant plus qu’on ne leur demande pas vraiment de supprimer l’esprit du national socialisme, mais plutôt de remplacer son chef !

Tom Cruise, auquel je n’apporte pas forcément un regard laudateur, se débrouille assez bien dans ce rôle de Stauffenberg. Déjà il lui ressemble. Et il a lui aussi une certaine raideur d’officier prussien (ou de la Scientologie). Mais il est capable de tempérer cela, un peu, pour se rendre plus humain et acceptable. Et le rôle est assez bien mis en valeur avec jusqu’il faut de démonstrativité. Il s’est aussi débarrassé de son regard moqueur, qui y aurait été malvenu ici.

Il n’en fait pas trop, on n’est vraiment pas dans Mission Impossible. Il parait presque sur le pôle intellectuel, ce qui surprend chez cet artiste saltimbanque.

Mais peut-être qu’il n’en fait pas assez non plus, lui qui est acteur mais aussi coproducteur.

En stylisant Stauffenberg, en cachant sous le tapis qu’il a lui aussi été adepte de la pureté de la race et autres sujets à la mode de l’époque, il en fait un personnage trop lisse.

Et ce résistancialisme allemand est sans doute un peu trop mis en exergue, en face d’une population qui n’en avait pas du tout l’esprit, dans son immense majorité. Il s’agirait donc d’un effort de réhabilitation posthume très exagérée mais qui a plu aux Allemands.

Ce film polarisé a pour mérite de nous rappeler avec précision cet épisode historique plein d’enseignements. Il met les évènements en perspective, tout en nous donnant un tempo réaliste. Ce qui serait plus difficile à réaliser dans un froid documentaire.

Il sait s’effacer devant son sujet. Et c’est tout ce qu’on lui demande.

Bien entendu les historiens ne peuvent pas être satisfaits. Et la famille Stauffenberg n’a pas vu d’un bon œil ce général de la scientologie incarner leur emblème. Mais il faut voir ce film, sur le devoir de désobéissance, comme une introduction. Une incitation à réfléchir et à en savoir davantage.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Walkyrie_(film)


Tom Cruise

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