Pathologie mentale Louis II Bavière, neurologie, psychiatrie, psychologie. Crépuscule des dieux. 8/10

Dans un premier temps, nous avons tenté de suivre les partis-pris explicatifs de Luchino Visconti quant aux sérieux problèmes psychiques de Louis II de Bavière.

Ce pourrait-il que le brillant réalisateur ait été assez malin, pour énumérer ce qui lui semblent des causes, sans jamais vouloir trancher ?

Cette prudente indétermination est saine, mais elle laisse un goût d’inachevé.

Et puis, cela se passe chaque fois, comme si notre « couple » interprête / réalisateur, remettait les compteurs à zéro, pour passer radicalement à une autre version.

Ce relativisme, qui met les supposés déterminants avec un coefficient égal, n’est pas satisfaisant, cliniquement parlant.

Mais cela passe au cinéma où il faut surprendre et retenir l’attention. Nos deux amants roublards le savent, mais en un sens, ils n’ont pas été assez « fous ».

Helmut Berger, qui incarne Louis avec la complicité de Visconti, nous montre pas mal de facettes de la « maladie ». Je me suis permis d’en rajouter quelques autres, plus médicales cette fois :

https://link.springer.com/article/10.1007/s00406-020-01161-8/tables/1

  • Une éducation rigide et peu encline à prendre en compte sa « sensibilité ». C’est implicite, car le récit ne commence qu’à ses 18 ans.
  • De l’alcoolisme, du petit verre de Champagne qui calme les nerfs, au binge-drinking avec ses « amis » lascifs.
  • Une sexualité naissante assez particulière, avec ce qui pourrait passer pour une union scabreuse avec sa cousine directe Sissi.
  • Cela se passe après une chasteté « chrétienne », pleine et suspecte. Curieux pour un jeune homme de son temps, avec les opportunités de la cour, d’être un vrai puceau.
  • De l’homosexualité plus ou moins refoulée, tout d’abord découragée par son confesseur dans sa jeunesse, dans un siècle où cela est non seulement mal vu, mais est considéré comme une maladie. Cela la fout mal quand on a des responsabilités de continuation dynastique. Il faut coucher pour engendrer et non pas briser ses fiançailles, comme il l’a fait. Et quand son homophilie est assumée, sur le tard, on peut y voir aussi des bravades asociales. Dans le film en tout cas.
  • Des rapports embarrassants avec Wagner. Il le voit comme un dieu infaillible mais le musicien prend le roi pour un jeune crétin « idéalisant ». Lui est Cosima ne pensent qu’à leurs profits.
  • Un atavisme malsain, en raison de la consanguinité monarchique qui sévit largement en Europe. Avec à la clef, un jeune frère Othon dont la démence précoce pourrait en être la conséquence (sa tante Alexandra est également touchée). En tout cas si l’on cède aux allusions de Visconti.
  • Divers troubles du comportement, qui se majorent quand il doit affronter les tempêtes politiques ou qu’il est au centre des attentions.
  • Des constructions « insensées », basées sur un monde fantasque. Dépenses sans compter, sans se soucier des conséquences sur les équilibres budgétaires. Braderie de son Etat souverain à Bismarck…
  • De l’isolement suspect. Dont ce repas des sièges vides, ses sorties par les fenêtres plutôt que par les portes. Évitement systématique de tous les contacts hors ses valets de cœur. Au risque de problèmes diplomatiques et du rejet par son peuple de sa monarchie.
  • Une parenté fantasque où il se voit comme descendant direct de la lignée Bourbon, dont il n’était pas vraiment. Cela deviendra une idée fixe, un délire en coin.
  • Dialogues imaginaires avec Louis XIV, Marie-Antoinette… Monde halluciné avec un franc délire systématisé.
  • Une identification exagérée à des héros wagnériens dont « Tannhäuser » et « Lohengrin ».
  • Sa volonté de transformer la très conservatrice Bavière en une sorte de fief de la religion de l’art. Lui-même s’enferme franchement là-dedans au point de se désintéresser totalement des affaires courantes.
  • D’autres manifestations d’une idéalisation forcenée. Une pensée politique adolescente, avec ce qu’il pensait être des accointances politico-sociales avec Marx et Engels, tout en maintenant sa conviction qu’il fallait une monarchie absolument absolue, à la Louis XIV. Peu conciliable, non ?
  • Des fantasmes exprimés de violence extrême.
  • Dépendance médicamenteuse avec de l’hydrate de chloral, et d’autres hypnotiques.
  • Des poussées suicidaires, un vrai passage à l’acte… et un crime (von_Gudden ) ?
  • Des propositions diagnostics de « folie » par un panel de psychiatres de l’époque qui ont réellement examiné le « patient » et ont fini par l’interner d’un commun accord. Dont le fameux Bernhard_von_Gudden. On parle alors de « paranoïa », mais c’est un faux ami.

Entre chaque angle de vue, le roi est montré comme assez normal finalement. Cette discontinuité affichée est étrange. On voit bien que Visconti n’a pas la solution.

Un rapide tour sur le web francophone sérieux, montre que personne n’ose se mouiller encore maintenant. Pourtant il y a une solution.

Sortons à présent du cinéma pour basculer dans la médecine.

Voilà c’est parti :

Nous affirmons ceci. Louis II est avant tout un malade mental. Mais sa pathologie évolutive est plus complexe qu’il n’y paraît. D’où cette difficulté de classification à laquelle tous se sont heurtés.

1) Bernhard_von_Gudden est un vrai psychiatre et neuro-anatomiste de surcroit, pas une sorte de brute malcomprenante qui cherche à satisfaire un clan ou qui prêche un enfermement à tout prix. Il faut donc le lire, sans commettre d’anachronismes.

C’est lui qui est à la tête du comité qui a statué sur le sort du roi fantasque. Il savait ce qu’il faisait, même si ses « instruments » n’étaient pas aussi précis que maintenant. Il n’a pas agi à la légère ou sous contrainte.

Il a conclu à une « paranoïa », qui voulait dire alors « folie », tout simplement. Aujourd’hui, avec ces descriptions, on irait sans doute jusqu’à l’affirmation d’une psychose dont une composante de schizophrénie.

Il fut aussi le psychiatre référent de Othon atteint de cette démence précoce.

Selon toutes vraisemblances, von_Gudden a été étranglé et noyé par son patient Louis, qui s’est ensuite suicidé. Il a donc minimisé la dangerosité du roi. A moins que dans une sorte de clémence « amicale », il ait voulu atténuer l’impact de l’internement, pour cette sortie en bateau malencontreuse.

2) Le psy Gerster qui avait examiné le monarque en 1884, « décrit avec une compétence psychopathologique la rencontre nocturne de 4 heures avec Ludwig. Il a déterminé que Ludwig avait un flux accéléré d’idées, une fuite de pensées, un enchaînement alogique de pensées, des délires et des phénomènes illusoires et hallucinatoires. » – C’est du lourd et de l’intriqué !

3) Démence fronto-temporale :

Il est essentiel de prendre en compte sa très sérieuse méningite purulente, contractée à l’âge de 7 mois. Diagnostic confirmé à l’autopsie, avec mise en avant de lésions cérébrales cicatricielles. On a noté aussi une atrophie fronto-temporale, comme il en existe dans certaines schizophrénies.

Pourquoi chercher plus loin ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludwig_:_Le_Cr%C3%A9puscule_des_dieux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Luchino_Visconti

https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_II_(roi_de_Bavi%C3%A8re)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Condottiere

https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Wagner

https://link.springer.com/article/10.1007/s00406-020-01161-8

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernhard_von_Gudden

https://fr.wikipedia.org/wiki/Emil_Kraepelin

https://fr.wikisource.org/wiki/Louis_II_de_Bavi%C3%A8re/Texte_entier

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