Peppermint frappé (1967) 6.5/10

Avec Cría cuervos (1976) Carlos Saura aura sa Madame Bovary.

Cette œuvre étant en effet tout aussi révolutionnaire. Mais Saura n’est pas Flaubert et donc il n’a pas su maintenir un flux créatif aussi soutenu.
Toutes les réalisations de ce réalisateur ne sont pas du même envergure. Loin s’en faut.

Saura a cru bon dédier son Peppermint frappé à Luis Buñuel. On retrouve en effet des emprunts à ce génial façonnier, ici ou là. Comme pour cette délectation de la frustration amoureuse, ou cette mise en abîme des relations d’un vieux coincé et d’une jeune femme libérée, le jeu du sacré et du fantasme.

Pourtant le film est loin d’avoir autant de puissance que La Voie lactée, Tristana, Le Charme discret de la bourgeoisie, Le Fantôme de la liberté, Cet obscur objet du désir. Pour ne citer que quelques œuvres de son ami, à la même époque. Il manque à Saura une vraie perversité. Il met en scène plus cérébralement et ne jouit pas autant de ce jeu sadique du chat et de la souris.

Et les inspirations de Saura sont plus multiples et surtout moins bien maîtrisées. On y retrouve du Hitchcock dans ce jeu de miroir entre la blonde et la brune, soit deux ou trois personnes différentes mais jouées par la même actrice, son égérie Geraldine Chaplin.

J’y vois aussi des idées qui sont dans l’air du temps et qui trouveront leur aboutissement chez Jacques Deray dans La Piscine, pile en 1967 comme ici. L’insolence du parvenu branché qui tétanise le petit, le discret. Et cette étalage de son aisance financière et sociale, avec sa voiture de luxe et ses succès faciles. Et la revanche meurtrière de celui qui est écrasé.

Je laisse à d’autres le soin de se complaire dans une explication strictement anti-franquiste et anti-bourgeoise. Le metteur s’affiche clairement « de gauche, socialiste et républicain », mais qu’est-ce que cela change ? Ce ne sont pas ces courbettes au nouveau courant dominant (à l’époque) qui font de lui un grand artiste ou non.

Les travers de ces personnages ne sont pas des « maladies politiques » ou alors « tout est politique » et par voie de conséquence rien ne l’est vraiment.

Reste ces bons acteurs : Geraldine Chaplin, José Luis López Vázquez, Alfredo Mayo. Ils ne sauvent pas le film mais assurent un bon divertissement.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Peppermint_frapp%C3%A9

Geraldine Chaplin
José Luis López Vázquez
Alfredo Mayo
Emiliano Redondo

Peppermint frappé (1967) 6.5/10
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