Plus fort que le diable (1953) 7/10 John Huston

(Beat the Devil)

Du bon vieux cinéma classique noir et blanc de qualité.

Voilà un titre qui fait peur ! Alors que ce n’est une comédie brillante.

Cette réalisation de John Huston est une belle satire de film d’aventures, un opus très deuxième degré.

Le truc réside dans le fait que cette affaire loufoque est jouée très « sérieusement », par un vaste panel de grands acteurs : Humphrey Bogart, Gina Lollobrigida, Jennifer Jones, Robert Morley, Peter Lorre…

Ce n’est sans doute pas la meilleure comédie de tous les temps. Mais vraiment cela se défend.

En tout cas, c’est bien mieux travaillé et efficace, que bon nombre de nos films « drôles » contemporains, à succès. Il semblerait que l’on prenait les spectateurs de cette époque révolue pour moins bêtes qu’ils n’étaient. Cela n’a pas été un grand succès au box office.

Le scénario est tendu et efficace. On ne s’ennuie pas.

En gros, c’est l’histoire de 4 pieds nickelés qui veulent faire main basse sur une mine en Afrique. Le propriétaire ne sait pas qu’elle contient un gros magot d’uranium. Il faut se hâter de faire l’achat avant que le coup ne s’ébruite.

Mais le principal de ces aventures se passe en Italie, car le bateau a du mal à partir. Le capitaine est toujours bourré.

Le gros Robert Morley est le chef. Il joue de tout son poids, tout en nous faisait une interprétation plutôt finaude.

Il est accompagné du célèbre Peter Lorre, bien moins inquiétant ici, que dans M le Maudit. Il conserve pourtant son look et son attitude, toujours aussi maboules. Les deux autres acolytes jouent chacun dans un registre le plus dissemblable possible, l’histoire d’assurer la diversité.

La bande d’escroc s’appuie sur un cinquième lascar. Un homme de main qui s’avère intelligent et efficace. Et ce gaillard séduisant, n’est rien de moins que Humphrey Bogart. Et bien qu’il soit un peu dans les mêmes eaux, il ne nous refait pas Casablanca.

C’est le point fixe du film. Bien que ses récits semblent des légendes, c’est en fait le seul qu’on peut croire sur parole. Beau paradoxe voulu de scénario.

Les dialogues sont de qualité, en tout cas en anglais. Les répliques, calibrées au millimètre, servent un humour souvent subtil. Le plus souvent le registre est très british, à base d’understatement et de double sens.

A noter que le récit est largement inspiré d’un livre, dans lequel figurent déjà de belles phrases, et qui a été remanié par John Huston et Truman Capote. On sent qu’ils se sont bien fait plaisir, sur ce coup là.

Le film se veut cosmopolite. Outre le so english, on a par exemple, des gammes très italiennes, avec des bras sémaphores et ainsi de suite. Mais d’autres pays et d’autres peuples sont aussi pas mal caricaturés. Les Arabes, les Allemands… Ce n’est jamais de la farce, car ce qu’ils disent a toujours un sens.

Et puis il y a les deux femmes.

D’abord bien sûr la troublante Gina Lollobrigida, dont l’interprétation est plutôt effacée et mesurée. On ne voit que la moitié de sa poitrine.
Dans un premier temps, elle accompagne le beau Humphrey. Mais, elle va rapidement se rapprocher du très anglais Edward Underdown. Elle apprécie son lustre et ses manières, bien qu’elle n’en soit pas dupe du personnage.

La belle Jennifer Jones fera la démarche inverse, passant d’Edward à Humphrey. La blondasse qu’on pensait naïve, est persuasive et plutôt raffinée. On sent qu’elle en a sous le capot. Dans la vraie vie, c’est la femme du grand producteur David O. Selznick ! En général, ces gars là, se gardent les beaux morceaux.

Les approches amoureuses sont croustillantes. Les femmes sont très femmes. Elles donnent le meilleur d’elles mêmes. Elles ont de bonnes manières, de la douceur, de la délicatesse et ce qu’il faut de passion. Elle sont attirés par le pouvoir et manifestent une singulière absence d’états d’âmes. Intelligentes, elles savent se taire.

A en croire le scénario, ce sont les panthères qui prennent les devants. A l’homme de faire son choix, selon ses moyens (au figuré). Heureuse époque !

Dans le film, tout le monde raconte des bobards, sauf Bogart. Chacun cherche à cacher quelque chose, D’où des quiproquos et des rebondissements.

Ainsi, l’Anglais qui porte beau et se vante, se révèle désargenté.

Chacun fait tôt ou tard son Aria. Cela varie en fonction des nécessités et des circonstances. De beaux numéros d’acteurs.

Tout est question de confiance, méfiance, bluff et alliances. The big game.

Oui vraiment, du bon vieux cinéma classique noir et blanc de qualité.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Plus_fort_que_le_diable

Humphrey Bogart
Jennifer Jones
Gina Lollobrigida

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