Pour une nuit d’amour (2009) 8/10 Maupassant au meilleur.

Contes et nouvelles du XIXe siècle (« Au siècle de Maupassant »)

Vraiment jouissif – Et cela n’est pas une allusion salace à cette nuit d’amour du titre. D’ailleurs elle n’aura pas lieu.

La nouvelle de Zola est lumineuse, pathétique et drôle. L’adaptation se révèle particulièrement bien menée. Les acteurs principaux sont exceptionnels. La musique de Bach et Schubert est bien choisie.

« le Boiteux » est un personnage très modeste et introverti. Il est interprété divinement par Thierry Frémont. Il incarne à lui seul toute la résignation tranquille de l’innocent que la vie n’a pas gâté et qui se réfugie dans ses rêves. Les calamités lui tombent sur la bout du nez. Il est moqué par ces « copains ». Mais il poursuit en solitaire son petit bonhomme de chemin, déjà content d’avoir le droit de vivre.

Notre handicapé est un flûtiste amateur. Il se reconstitue grâce à sa belle musique. Il laisse glisser les affronts, car il est secrètement amoureux de la veuve jolie et racée Thérèse de Marsanne. Mais celle qui est si bien jouée par Mathilda May ne lui accorde aucune importance. Il lui écrit des poèmes enflammés. Elle et son amant se marrent en les lisant.

Les « potes » montent un bateau à l’handicapé, avec une fausse lettre qui laisse deviner que sa dulcinée cachée est favorable à ses avances. Elle bien sûr pour l’instant n’en sait rien.

Mathilda est une amante torride, elle aime vraiment cela. Elle entretient une relation un peu sado-maso avec un beau gars de son âge. Il la veut pour lui tout seul. Mais sur les conseils de sa tante madrée, elle est sur le point de se remarier avec un vieux comte plein aux as. La vieille tante jouée par Tsilla Chelton, en aristocrate autoritaire, avec un passé amoureux torride, et qui bouillonne d’intelligence sociale, nous fait une show remarquable. Elle a là 90 ans ! On est dans le registre de Maggie Smith pour Downton Abbey, mais en version franco-ottomane. Une grande dame comme on dit (*). Qui ne rêverait d’avoir des ascendants de ce calibre.

Le jeune étalon s’oppose obstinément à cette union. Elle lui propose de le garder comme amant et de lui donner une somme importante pour l’apaiser. Il n’en veut pas. Alors qu’il est attaché pour un rodéo sexuel, elle lui colle un oreiller sur la tête pour le faire taire. Il va mourir « accidentellement ».

Faisant preuve de réactivité, la belle cynique appelle à l’aide le boiteux pour qu’il la débarrasse du corps. Elle risque gros, mais elle connaît son pouvoir. Et en effet cet amoureux transi, et qui de toute façon n’a pas trop à attendre de la vie, fait tout ce qu’elle lui demande. Il est trop chamboulé pour profiter de la nuit d’amour qu’elle lui a promis pour le soir même.

Il va se faire attraper et sera considéré à tort comme l’assassin. Il se tait pour protéger la femme de son coeur. Tout finira mal pour lui.

Mais pour Mathilda et sa tante protectrice « tout est bien qui finit bien »

Je revois cet épisode toujours avec autant de plaisir. La télé c’était vraiment mieux avant. Et cette merveilleuse finesse française, faite de raison, de passion fougueuse mais maîtrisée et de psychologie agissante, semble être restée bloquée au XIXe siècle. Mais peut-être n’a-t-elle existé que dans les livres.

(*) Wikipédia : Tsilla Chelton « Elle a enseigné la comédie et a été le professeur des acteurs de la future troupe du Splendid : Gérard Jugnot, Michel Blanc, Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, ou encore Thierry Lhermitte »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Contes_et_nouvelles_du_XIXe_si%C3%A8cle#Pour_une_nuit_d’amour

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