Prince des ténèbres (Prince of Darkness) (1987) 4/10

John Carpenter avait déjà fait ses gammes dans l’horreur, avec en 1978 : Halloween, la nuit des masques (Halloween), en 1980 : Fog (The Fog), en 1982 : The Thing et en 1983 : Christine. Il n’avait donc aucune excuse pour réaliser ce produit bâclé de 1987.

• J’avoue ne jamais avoir été vraiment convaincu par ces œuvres. J’ai juste un peu d’enthousiasme pour l’originalité de Christine. Mais l’acclamé (par qui?) Fog, pour ne citer que lui, est pour moi un désastre. Je lui ai attribué la note de 3/10.

Ce film est un prétexte à en finir une fois pour toute avec le traitement complaisant de l’irrationnel au cinéma.

C’est toujours la même équation.

D’abord les manifestations de l’au-delà sont clairement limitées par la technique cinématographique du moment. Ici on en est encore à Méliès. Il faudra attendre les images de synthèse pour que les « apparitions » prennent du galon. Ce qui prouve que nos incubes et succubes suivent simplement les modes du moment avec les moyens du bord. Cela relativise pas mal la supposée permanence de ces entités. Et ici on n’hésite pas à les faire remonter à des millions d’années. Mouais !

Et donc le catalogue des effets est très limité. Quelques portes qui claquent « bizarrement », des individus qui sont là et instantanément plus là (n’importe qui peut faire ce trucage maintenant). Des zombies et/ou schizophrènes, dont Alice Cooper, qui marchent toujours lentement (ce qui permet aux gentils de s’échapper). Des masques, du ketchup et autres produits de remplissage qui font des gueules atroces. Des poignées d’insectes et autres vermines (des figurants qui ne coutent pas cher). Des gueules effrayées. De la musique autant frigorifique qu’envahissante. Des immeubles délabrés qui sont des archétypes de la maison hantée. Voilà pour le fond d’écran.

Pour « prouver » que la « chose » existe, il y a une classique distributions des rôles et des scènes. Cela commence toujours par une exposition bonhomme de personnages sympathiques. Il y a bien entendu ici une opposition obligatoire entre des scientifiques mécréants et des personnages plus indulgents, prêts à gober n’importe quel étrangeté à la mode.

Et le spectateur ne peut que « constater » que ces horreurs venues d’une autre dimension sont bien là, à l’écran. Qui peut contester une certification aussi forte que le « vue à la télé » ? Toute la science doit s’incliner et ceux qui ont payé leur billet avec. C’est comme cela.

Et pour aider la prise de décision, on dispose un tas de machines « dernier cri » pour analyser le phénomène. C’est du pêle-mêle, sans réelle justification : des oscilloscopes, car à l’époque les courbes agitées cela faisait bien. Des microscopes, au cas où le Mal rétrécirait aux environs du micron. Des ordinateurs, qui à l’époque en étaient au niveau de l’Amstrad mode texte et grosses disquettes. Ce qui importe c’est que des données défilent à toute vitesse sur le cathodique monochrome. Ce sont des « équations différentielles » qui seraient un « langage » d’il y a 20 siècles.
La « preuve » est bien là et elle est donnée par ce qui ressemble bougrement à de la science, en tout cas celle que les profanes se figuraient à l’époque.

Et les manipulateurs ont des mines effarées en voyant ce qu’ils interprètent, avec leurs petits outils, comme l’évidence d’un autre monde, hors de la raison pure. Vous repasserez si vous voulez une vraie démonstration.

Je trouvais cela davantage convaincant, et surtout plus drôle, avec la quincaillerie des Ghostbusters et le slime (1984)

Le coup de l’écran n’a toujours pas dit son dernier mot au 21è siècle.

L’adversaire a un gros cylindre vert très « technologique » et qui daterait de millions d’années. Pas la peine de vous faire un dessin, c’est le genre de truc qui ne peut pas être fait par un humain – c’est un axiome. Et donc circulez, déjà avec cela on est forcé d’y croire. Cela clôt le débat.

Ici la religion est quand même appelée à la rescousse. On ne sait jamais. Pleasence en curé est à « l’évidence » un puissant récepteur. Et comme il y a un émetteur spatio-temporel qui tente de les aider, cela tombe bien. Ce « message médiumnique » se « concrétise » dans un rêve commun à tous, et qui tient de la mauvaise vidéo. Il va falloir changer le présent pour préserver l’avenir. Le coup classique qui ne s’embarrasse pas de tous les paradoxes que cela présuppose.

Il y a du Jésus dans l’air, bien qu’il soit suggéré à un moment qu’il ait été « un malade mental ». Et s’il est là, c’est qu’il doit livrer un combat avec l’ange déchu. Donc l’un et l’autre existent. CQFD.

• Au diable le libre arbitre. On a le même problème avec les miracles. Si le miracle est « visible » et « démontré » alors celui qui y assiste, est « forcé » d’y croire. C’est assez injuste pour ceux qui n’étaient pas là et un peu trop comminatoire pour les participants. 

Une fois que les fauves sont lâchés, et que le spectateur sidéré est en condition, les créateurs ne se gênent plus dans la surenchère. Et on nous balance des allusions à de « l’antimatière », des extra-terrestres, de l’influence de la pensée sur la matière, des « intelligences supérieures », que bien entendu on ne verra jamais.

A noter quand même que sur ce dernier point, les « intelligences supérieures », il y a quand même une grosse contradiction. Car les entités « bien plus avancées que nous » n’arrivent jamais à leurs fins. Elles se contentent d’investir des « gens normaux » par des crachats contaminateurs (mode transmission vampirique de proche en proche). Et ce avec de maigres résultats puisque les nouveaux élus sont très maladroits, avec leurs petits couteaux. Et le côté crucifixion de corbeaux reste peu efficace et assez moyenâgeux. C’est du domaine de « l’Ombre qui marche doucement en silence » et des prémonitions ; pas de quoi fouetter un chat (noir).

Pour nous aider à gober ce fameux présupposé qu’il y aurait « autre chose » en dehors de la logique et du monde tangible, on nous sert des pseudos discussions philosophiques et du gloubiboulga mal digéré des dernières tendances du moment. Dans les années 50 et 60, on en était au « tout atomique » et aux « soucoupes volantes ». Dans les années 70 et 80, comme ici, on charcutait toujours la Relativité mais on s’attaquait aussi aux Super Nova. Il était bien vu d’aller « plus vite que la lumière ». Un bon véhicule pour remonter dans le temps.
Il y a eu Uri Geller et donc une prime à la thèse télékinésiste.
Il y aura par la suite les Trous noirs puis les Multivers etc.

L’argumentation pseudo rationnelle en faveur de l’anti-rationnel est uniquement conjoncturelle. Il s’agit d’entortiller les consciences avec le buzz du moment associé au fatras du paranormal. J’ai bien aimé l’ellipse suivante : « chaque particule a son anti-particule, donc dieu à son anti-dieu. »

En dehors du fait que le film soit mauvais, j’ai été déçu car je me suis attendu tout le long à ce que le ténébreux Donald Pleasence finisse par être habité par le Malin. Or il reste un cureton basique qui ne fait que lire sa Bible. Un sous emploi manifeste.

Tourmenté dans sa chair par le Diable, il aurait été plus à la hauteur que cette actrice déguisée en plaie vivante, grimée de manière grotesque. La voilà qui gonfle et qui dégonfle. Elle n’arrive même pas à faire peur alors qu’elle s’efforce de rouler les yeux. Elle nous fera même un numéro à la Lewis Carroll à travers le miroir. Décidément on n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent à l’époque.

Dans ces films tordus, c’est la « foi » en la science qui est menacée. Avec justement cette conviction que la science soit également du domaine de la « croyance ». Bien sûr on peut prendre cela à la légère et juste se laisser porter par les émotions primaires que donnent de tels films. Mais en dehors de cela, ils sont assez révélateurs de l’inconscient collectif et de la doxa. Une sorte de thermomètre de la société. Et moi je n’ai donc rien à redire, à moins qu’on ne cherche à me glisser l’appareil dans le fondement.

La première scientifique « contaminée » à une tête de Miou-Miou. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui jouait aussi mal le zombie. On a presque envie de rire. Le rire est d’ailleurs la meilleure parade contre les « êtres maléfiques ». Cela marche mieux que la balle en or, le pieux dans le coeur, le crucifix ou l’ail.

La fin cathartique est très classique avec un retour à la normale, après un climax de l’horreur et un sauvetage in extremis. La police veille au dehors et les molosses intersidéraux sont à la niche.

La morale déconnante est toute entière contenue dans ce propos sentencieux énoncé dans le film : « la plus infime particule ne peut vivre qu’avec la force de l’homme » – On va difficilement plus loin dans l’obscurantisme benêt et l’animisme de pacotille.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Prince_des_t%C3%A9n%C3%A8bres_(film)

Donald Pleasence
Victor Wong
Jameson Parker
Lisa Blount

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire