Problemos (2017) 7/10 Éric Judor

L’ami Judor passait pour un gros naze dans la série H et c’était très bien comme cela. Le contraste abyssal entre la technicité échevelée de l’hôpital et la bêtise des soignants, donnait lieu à des morceaux d’anthologie. De l’humour potache, mais soigné.

Et bien ce Judor est capable de subtilités, tout en continuant à nous jouer les gammes du commun.

Pour cela, il faut bien comprendre que l’ordinaire de maintenant, ce n’est pas le petit monde de don Camillo, ou le style bourvilesque.

Le risible se cache ci-dessous :

  • dans les aspirations rousseauistes communautaires « anti-système », qui résistent malgré les 50 ans et plus passés depuis 68. Et qui reprennent même de la vigueur sur le terreau des ZAD.
  • dans ce leitmotiv assez creux du « vivre autrement ».
  • dans « l’interdit d’interdire », qui est de la même date.
  • dans la tradition de « la propriété c’est le vol », que l’on prête aux archéo-communistes de type Proudhon. L’important pour nos petites têtes, c’est qu’on puisse résumer une pensée complexe à un seul petit slogan. «la vraie richesse est dans le coeur »
  • dans des pseudo-médecines reconnues sans efficacité, et qui sont plus « criminelles » qu’on ne le croit.
  • dans le recours aux plantes plutôt qu’à des médicaments, qui eux isolent le principe et soustraient les impuretés.
  • Dans l’anti-chimisme et les vertus surfaites qu’on prête au « naturel » (le NaCl de tous les jours est chimique en soi, difficile de s’en passer !)
  • dans ce « bio » qui par essence serait de meilleur goût, alors que rien que sur le chapitre de la palatabilité, il cache des différences notables. Et on ne parle pas ici des conditions d’hygiène. « graines germées bio comme source de l’épidémie de diarrhée qui a fait 33 morts en Europe » en 2011.
  • dans les suicidaires dogmes antivax et autres obscurantismes anti-progrès. « le vaccin c’est mauvais pour la santé » point barre. Encore la force du slogan, qui veut terrasser la pensée.
  • dans les croyances à certaines ondes néfastes, alors que la plupart n’ont pas d’incidence. Et que les autres sont contrôlés par les autorités compétentes.
  • dans une supposée électro-sensibilité, sans qu’on puisse démontrer l’existence d’un récepteur humain en rapport.
  • dans le survivalisme de pacotille.
  • dans le féminisme obtus et revanchard.
  • dans la prétendue force de montrer ses seins en guise de réprobation. J’ai essayé de faire ma Femen mais cela ne marche pas.
  • dans l’égalitarisme forcené et coercitif, qui est une véritable insulte à la méritocratie.
  • dans une anti-violence castratrice. « La violence ne résout rien »
  • dans la position de principe anti-répressive et surtout anti-flic. ça aussi cela commence à sentir la naphtaline.
  • dans les théories du genre pour les nuls. « L’enfant choisira son genre ».
  • dans la religion écologique et tous ses mantras.
  • dans le recours à du Yoga pour conforter un individualisme de plus en plus étroit.
  • dans une décroissance en excès de vitesse.
  • dans le retour à la force motrice humaine (vélo…)
  • dans l’animalisme infantile avec la disneysation de la faune.
  • dans les aspirations végélaniennes et végan. (Je cesserai d’être omnivore, quand mon chien mangera de bon coeur de la salade).
  • dans l’approche télé-réalité du monde qui surinvestit les notoriétés sans fondements, à la Kardashian. On devient célèbre car on se prétend célèbre, Nabilla ne pense pas autrement.
  • … et toutes les autres doxa approximatives basées sur les intuitions basiques et non pas sur la réflexion. Bientôt on retournera à l’idée d’une terre plate. Divers gourous, bien entendu incultes, sont en embuscade.

Les péquenauds ont muté. Il y a toujours la même proportion d’imbéciles dans la population, simplement il faut savoir les démasquer. D’autres ont déjà épinglé ce qu’ils résument dans la posture BoBo.

Eric Judor s’en est bien rendu compte lui et il va plus loin. Sans en avoir l’air, il donne de belles baffes à pas mal de tenants de ces concepts frelatés. Effet comique assuré dans ce film, car le propos discrètement incendiaire est basé sur des réalités de terrain. Il ne cherche pas à faire mal, mais à faire vrai, en utilisant laune forme actualisée du conte. Et forcément toutes ces démonstrations se concentrent sur une communauté ; unité de lieu.

Les dialogues sont super. Je ne dévoile pas tout ici, car c’est le sel du film.

Il faut entendre la justification d’appeler son enfant « l’enfant », la mise en cause de la prééminence de l’homme sur l’animal « le chien est arrivé sur terre avant nous, c’est donc à nous de lui demander la permission de manger à ses côtés ».

Un chapitre vaut à lui seul le détour. C’est celui sur le « cercle de parole libre » qui traite des « serviettes hygiéniques », qui seraient une catastrophe écologique, mais pas seulement. C’est aussi la volonté du mâle de « mettre des couches aux femmes comme si c’étaient des enfants ».

Et ils reprennent le « j’aime mes règles » en chœur.

Dit comme cela cela fait complètement crétin. Mais comme c’est amené par petites touches destructrices dans le scénario, c’est intelligemment borderline à chaque fois.

Mais bien entendu les outsiders comme les insiders sont titillés par leur libido. Judor n’est pas insensible aux sirènes du « poly-amour » (amour libre). Il vise l’avenante fille du chef ? Une gamine teen-ager qui est imprégnée de lofts et autres télé-réalités. Ce sera une belle démonstration de la manipulation possible de cette nouvelle stupidité.

Gaya est la forte personnalité du groupe, c’est pour ainsi dire la chef spirituelle. Celle qui est très bien jouée par Blanche Gardin, aimerait qu’on l’honore davantage, car ce serait son droit. Mais elle est ici hommasse et pas très chouette. Les gars se défilent.

Le néo-langage ne s’arrête pas là. Souvenez-vous, si vous deviez atterrir là, que le pire est d’être « Babylone ». Et je passe sur le calendrier du nouveau monde à bâtir « 1er jour de notre nouveau monde » un nom tartempion, décliné aussi sur le mois et l’année.

La communauté est remise en cause par une pandémie, qui semble les laisser seuls au monde. D’une part ils y voient le ressourcement possible de l’humanité à partir de multiples « eux ». Mais rapidement le monde pénurique d’après, les fera chercher le nécessaires dans les poubelles.

C’est une loi de la nature, que certains s’en sortiront mieux que d’autres. Un gars ostracisé finira par récréer un petit univers tout confort. Nos hippies de circonstance sont partagés. D’un côté il leur apporte un confort élémentaire (douche chaude) mais d’autre part il réintroduit l’économie primaire, sous la forme de troc.

Nos obscurantistes seront bien contents que ce havre technique « individualiste »soit brûlé de manière « non violente »

Plus tard ils rencontreront un autre groupe bien moins bonobo qu’eux. La légitime violence défensive mutera en une belle attaque meurtrière sous la bannière du nouveau chef de clan Judor 1er.

Les acteurs sont vraiment à la hauteur des personnages sentencieux et/ou conscientisés qu’ils incarnent. Judor a mis à contribution des amis humoristes. Du bon boulot. On s’y croirait.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Problemos

Blanche Gardin excellente dans ce rôle.
arme fatale des Femen
Envoi
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