Quatre mariages et un enterrement (Four Weddings and a Funeral) (1994) 6.5/10

Un film que les célibataires endurcis doivent considérer comme un supplice sadique. Un dévorant Sisyphe à répétition.

Cette multiplicité des mariages est l’occasion de nous infliger présenter la cérémonie sous toutes ses formes, du grandiose au cocasse. Et pour faire dans le bon ton, le tout est emballé dans une atmosphère faussement libertaire, avec tous les a priori du non-conventionnel le plus formaté.

On a mis le paquet sur les cérémonies elles-mêmes. L’action ne se passe pas chez les mendiants. On peut se permettre de louer la prestigieuse église de St Martin-in-the-Fields (Londres). Les bouquets de fleurs sont luxuriants, les costumes viennent de meilleurs tailleurs (my taylor is rich). Et je ne parle pas des bagnoles.

Il s’agit d’en mettre plein la vue. Vivre heureux, ce n’est pas vivre caché, bien au contraire. Il s’agit d’un bonheur insolent, au sein d’un attroupement de jaloux et d’envieux.

Et bien entendu, il y a l’inévitable pincée de laissés-pour-compte, d’aigris, de blasés, de mal assortis, et d’indifférents qui regardent leur montre. Mais aussi la table maudite des célibataires…

Et le contraste comique est du à un curé débutant et approximatif. Un rôle de prêtre maladroit, obligatoirement attribué à notre Mister Bean (Rowan Atkinson).

Un air de déjà vu aussi, pour les mille regrets, à peine cachés, pour ceux qui convoitaient secrètement l’un ou l’autre conjoint, avec ces inclinations inavouables et désormais coupables.

Ils se retrouvent à présent le bec dans l’eau, dans la nasse, et bien martyrisés par le spectacle du bonheur officiel. T’avais qu’à pas venir ! Ou bien, pourquoi ne pas se saisir de cet étrange rite anglican : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à ce mariage, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais » ?

Les agapes qui suivent, ne sont pas en reste. Tout est bon à prendre dans cette figure imposée. Et bien entendu certains dépasseront les bornes, principalement les plus beurrés. On a aussi droit aux danseurs maladroits et qui font rire tout le monde. Étant un piètre danseur, cela me touche toujours.

Il y a bien entendu l’inévitable couplet du best man – le témoin, meilleur pote du marié – qui se doit d’être faussement cynique et gentiment larmoyant, et qui donne l’occasion de variations classiques. Malgré les efforts de vrais scénaristes, il me semble qu’on a déjà entendu ces airs maintes fois. Pas de chance pour moi qui a deux fils en âge de se marier. Si je dois m’exprimer devant une telle assemblée, je n’aurais pas grand-chose d’original à dire.

En fait, si l’on se donne la peine d’y réfléchir, les variations sur le thème de la cérémonie du mariage, sont loin d’être innombrables. Dur de faire dans l’originalité, après un siècle et quart de cinéma. Ce n’est pas l’infinie (ou presque) matrice combinatoire de la Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges. Dans le matrimonial, on a clairement fait le tour de la question.

Et c’est peut-être mieux de condenser cela en une seule œuvre, à la manière d’un film à sketchs. Ce sera peut-être l’occasion d’en finir, une bonne fois pour toutes.


Ce qui sous-tend cet exercice imposé, c’est une mystique, un conte, où chacun in fine va trouver sa chacune, le (la) partenaire pour la vie. Il y a de l’immanence là derrière. Peu importe les péripéties (juste utiles pour maintenir l’attention), le destin et pas mal de concours de circonstance vont unir définitivement les promis… en tout cas jusqu’au divorce.

Et si ce film là procure un petit soulagement final, à ceux qui redoutent l’engagement contractuel, il ne déroge pas à la règle. Le oui des amants à leur union dans un non-mariage volontaire est quand même un choix pour toute la vie… en tout cas jusqu’à la séparation. Extension du domaine de la lutte.

Le film doit être bien plus élégant dans sa version anglaise. Car pas mal de choses reposent sur les mots et les petites phrases. Un certain classicisme UK est contenu dans ces sentences qui flirtent avec l’understatement. Et puis ces fauves encagés, qui paradent dans leurs beaux atours, qui persiflent mais qui obéissent quand même, in fine, à leurs conventions rigides, c’est british en diable.

Ce n’est pas pour rien que ce peuple a pris le Lion comme mascotte officielle. Il en a même disposé plusieurs sur le blason royal. On est jamais trop prudent.

Quelques phrases ont été plus ou moins bien ajustées en français, mais on sent que ce n’est pas raccord. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, d’avoir pris la mauvaise option VF.

Dans la même veine d’une possible incompréhension, cet humour transatlantique, qui joue le jeu de l’entre-soi, est un code qui concerne plus les Anglais et leurs colonisés, que notre sensibilité républicaine.

  • On a déjà vu cela dans bien d’autres films anglo-saxons romantiques, comme dans The Holiday (2006) avec le quatuor fameux : Cameron Diaz, Jude Law, Kate Winslet et Jack Black.

A part quelques séquences « mortelles » dont bien entendu les funérailles, le scénario est riche et dynamique. A priori, même si ce film a déjà plus de 25 ans, on ne s’ennuie pas.

Les plus rusés seront tentés d’utiliser sa calculette. Premier, deuxième, troisième mariage, il ne reste plus qu’une opportunité et donc il serait bien venu que l’enterrement concerne ce personnage là. Cela libérerait la place pour tel autre. Mais les auteurs nous font un pied de nez. Non, fausse piste, cette mort subite, c’était juste pour dévoiler une idylle gay. Déjà en ce temps là, il y avait des quotas pour les minorités, semble-t-il. Simon Callow a d’ailleurs fait son coming-out en vrai. Son présumé compagnon John Hannah est par contre un homme marié exemplaire. Pas de divorce et donc pas de remariage ou autre.

Les personnages sont crédibles. Ils sont incarnés par des pointures.

On oublie que dans la vraie vie Hugh Grant est moins lisse que dans le film. Ce qui a rendu célèbre la prostituée, Divine Brown, qui lui a fait une turlutte « en public ». Chacun a droit à son quart d’heure de notoriété.

Cet ex-mari de la séduisante Liz Hurley, ex-compagnon de Sandra Bullock et de quelques autres, doit être un vrai célibataire dans l’âme. Pas mal de ses rôles tournent autour de cela. On compte chez lui pas mal de mariages et donc autant de divorces moins un.

Fondamentalement, je n’aime pas la promise incarnée par Andie MacDowell et ses minauderies. C’est aussi physique, je suppose. Mais personne ne peut lui contester son statut de grande artiste. Et là elle fait le job. Et comme elle est toute fraîche et appliquée, elle est convaincante. A la ville, à peine deux mariages à son actif !

Elle a eu un coup de génie en préférant un pourcentage sur les recettes à un fixe. Elle a empoché ainsi 20 fois plus que Grant ! Je savais qu’elle avait des arrières pensées, que c’était une calculatrice.

Pour Kristin Scott Thomas, second rôle, c’est l’inverse. Je suis prêt à lui pardonner beaucoup. Ici elle joue étonnamment en retrait. Il s’agit de ne pas écraser l’héroïne principale. Un classique dans les mariages, où les autres femmes se doivent, déjà par leurs vêtements, de ne pas faire d’ombre à la vedette du jour.

D’ailleurs d’après le générique final, qui distribue généreusement le bonheur à tous et à toutes, elle n’est pas perdante. On la voit à côté du Prince Charles. Ah l’humour britannique ! La vraie Kristin, a vécu en couple puis s’est séparée. On l’imagine bien en bourreau de travail, toute dévouée à son art. Une sainte laïque qui n’a pas hésité à prononcer ses vœux.

Le film multiplie par 50 la mise initiale. Un beau cadeau de mariage(s) pour les producteurs !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quatre_mariages_et_un_enterrement

Hugh Grant
Andie MacDowell
James Fleet
Simon Callow
John Hannah
Kristin Scott Thomas

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